AU FIL DES HOMELIES

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LE MESSAGE DE LOURDES

Ap 11, 19 - Ap 12,10; Lc 1, 26-31
ND de Lourdes - (11 février 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Retrouver le mystère de l'Église …

 

F

rères et sœurs, au risque de vous étonner un peu, s'il fallait essayer de déterminer ce qui fait la nouveauté des apparitions de Lourdes, qui a été sans doute un des phénomènes religieux les plus marquant en France au dix-neuvième siècle, je dirais qu'il y a deux choses qui vont vous paraître bizarres, la première c'est le jansénisme, et la deuxième, c'est le chemin de fer ! Je m'explique.

Le jansénisme. Ce qu'on comprend difficilement c'est lorsque l'Église sous Napoléon s'est relevée de la crise révolutionnaire, la théologie, la spiritualité qui marquait l'Église ce qui arrangeait d'ailleurs beaucoup le premier consul puis l'empereur, c'était qu'on avait développé une vision romantique et intimiste de la religion. En fait, être catholique en France c'était "n'avoir qu'une âme qu'il fallait sauver". C'est-à-dire une religion tellement personnalisée, tellement centrée, tellement égocentrique sur son salut personnel et surtout tellement contrôlée de l'extérieur, car les différents régimes ne se sont pas gênés pour essayer de faire tenir, surtout les catholiques libéraux qui ruaient un peu dans les brancards, que le catholicisme français des années 1850, et cela allait s'aggraver encore pendant tout le second empire, le catholicisme français était obsédé par l'idée du salut personnel. Est-ce que je serai sauvé ? le meilleur témoin de cette affaire est indubitablement le ministère de confession du curé d'Ars, qui, lui-même très angoissé, a désangoissé des milliers et des milliers de pénitents qui venaient chercher une sorte de perspective un peu plus ouverte à travers le pardon de Dieu que celui que pouvait afficher l'Église officielle si profondément marquée par le jansénisme.

Lourdes représente ce moment où le catholicisme français au lieu d'être complètement centré sur le salut personnel s'est tout d'un coup posé la question de savoir si au fond, la dimension de l'Église comme communion et comme communauté, comme rassemblement n'était pas finalement aussi essentiel et vital pour la vérité de l'Église. C'est en ce sens que j'interprète les vœux de la Vierge Marie à Bernadette : d'une part bâtir une chapelle, c'est-à-dire objectiver un lieu de rassemblement, et deuxièmement, faire des processions. Faire des processions, c'était redonner à l'establishment catholique dans tous les sens du terme une idée d'itinérance ensemble, d'un chemin ensemble, d'un pèlerinage qui allait donner une nouvelle tonalité au pèlerinage moderne. Lourdes, c'est d'abord le réveil d'une conscience ecclésiale catholique. Je subodore même qu'à certains moments, quand les protestants nous en veulent tellement d'avoir de la dévotion pour la Vierge Marie, qu'en réalité, c'est leur manque de sens ecclésial qui réapparaît sur le mode de l'amertume et de la déception, mais c'est un autre chapitre. C'est la première chose.

Mais pour réaliser cette possibilité de rassemblement de l'Église comme communion, comme rassemblement, il fallait l'outillage. Evidemment, il y avait eu des apparitions de la Vierge bien avant Lourdes. Une des plus célèbres maintenant que Monseigneur Di Falco a remis en piste, est celle de Notre Dame du Laus, mais il y en avait d'autres. Pourquoi Lourdes a-t-elle si bien réussi ? Je crois que là tous les sociologues des religions et surtout de la religion catholique en France sont d'accord, il y a eu la logistique, c'est-à-dire le chemin de fer. Tous les catholiques de France, impératrice en tête, ont eu la possibilité de se rendre à Lourdes par un nouveau moyen qu'on n'aurait pas eu auparavant. Même si maintenant les autobus sont en voie de supplanter les trains de pèlerinage, il n'empêche que sur le moment, ce qui a marqué et rendu possible cet afflux incroyable de monde à Lourdes, c'était parce qu'il y avait les moyens. Cela n'a pas beaucoup changé la mentalité de la CGT, de la SNCF et de Sud Rail, mais cela a changé beaucoup la mentalité de l'Église de France. Il y a un lieu où on peut se rassembler, et vous l'avez remarqué, pour les évêques de France, il n'y a pas eu d'hésitations, quand ils ont voulu trouver un lieu typique pour le rassemblement de la conférence épiscopale, ils ont choisi Lourdes. Je pense que tous les évêques ont une très grande dévotion à la Vierge Marie, mais je ne pense pas que ce soit cela qui les a d'abord motivés. C'est le fait que Lourdes est devenu le symbole d'une communion ecclésiale très simple, très spontanée, très naturelle et qui finalement ravive chez nombre de chrétiens qui ne mettraient jamais les pieds dans une église de leur paroisse qui est à deux pas de chez eux, finalement, le sens d'une appartenance qui ne va peut-être pas toujours très loin, c'est une autre affaire, car nul ne peut juger les consciences, mais qui donne une sorte de sens d'appartenance au mystère de l'Église précisément comme communion. C'est le mouvement même de la démarche, de la rupture, du pèlerinage, du dépaysement, qui fait que quand on arrive sur l'esplanade, on rencontre ces gens qui ont sans doute des tas de soucis, de souffrances, des tas de maux à porter, et qui viennent là très simplement déposer tout cela aux pieds du Seigneur par l'intercession de Marie.

La théologie de Lourdes, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, c'est un peu la théologie de la souffrance humaine, c'est la théologie de l'Église, vécue très simplement, presque de façon banale, mais qui est vécue précisément parce qu'on redécouvre l'être même de son appartenance au mystère de l'Église. C'est pour cela que je crois qu'on peut invoquer la Vierge Marie sous le vocable de Notre Dame de Lourdes, pas simplement pour toutes les guérisons et les cas désespérés, il y en a d'autres, il y a sainte Rita, et saint Antoine. Mais je pense qu'elle, il faut la prier plus précisément, plus spécialement sous l'aspect d'une sorte de conversion au mystère de l'Église qui est quand même le grand problème de l'Église aujourd'hui dans le monde, c'est comment doit-elle se manifester comme peuple de Dieu, comme communion, non pas simplement dans une démarche individuelle, intellectuelle, spirituelle, vocation, tout ce que vous voudrez, mais comme appartenance fondamentale au peuple de Dieu dont Marie est le premier des membres.

Frères et sœurs, demandons à la Vierge Marie qu'elle éclaire notre sens ecclésial et qu'elle l'approfondisse dans notre vie.

 

 

AMEN

 

 
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