AU FIL DES HOMELIES

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UNE ÉVANGÉLISATION NOVATRICE

2 Co 4, 1-7 ; Lc 10, 1-9
SS. Cyrille et Méthode - (14 février 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


D

ans l'épître aux Corinthiens que nous venons d'entendre il est dit que, chrétiens dans une Église, "nous sommes serviteurs les uns des autres" et cela parce que nous nous manifestons les uns aux autres la vérité, la puissance de la vérité de Dieu. Et Paul a soin d'ajouter que "nous transportons ce trésor dans des vases d'argile pour que cet excès soit de Dieu et ne vienne pas de nous." C'est là, en effet, notre condition de chrétiens que d'être réellement ceux qui transportent dans le monde, là où nous allons, cette "gloire de Dieu". Mais nous la transportons en des vases fragiles, afin de manifester que ce que nous transportons ne vient pas de nous ni de nos mérites ni de nos valeurs mais vient de plus loin, d'une force même de Dieu, de sa puissance qui seule peut convertir, et cela pour affirmer une nouvelle qui touche tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Vases d'argile, voilà ce que nous sommes, et nous transportons cette gloire, nous la rendons comme mobile, à travers les siècles, à travers les pays.

        C'est ce qu'on fait Cyrille et Méthode dans les pays slaves où ils ont été envoyés par Photius évêque de Constantinople. Ils sont partis avec force, courage et foi, annoncer dans un pays qu'ils ne connaissaient pas, dans une langue qu'ils ont appris sur place, cette gloire de Dieu. La gloire de Dieu, si nous la transportons, c'est pour qu'elle paraisse différente de nous, c'est-à-dire que notre propre faiblesse ne pourra pas témoigner en tant que telle, de la gloire de Dieu. Mais au contraire, nous signifions que, transportant cette gloire, nous sommes faibles par rapport à elle. Et c'est bien là l'œuvre du missionnaire que de témoigner par sa propre faiblesse, et c'est là un refrain permanent chez saint Paul, que nous professons, confessons une victoire, nous confessons une gloire plus forte que le monde, plus forte que la mort et plus forte que la souffrance.

        C'est ainsi que se construit l'Église, c'est ainsi qu'elle s'est construite, au cours des siècles, comme une contagion de communion et de confiance que les hommes ont vécue les uns avec les autres, réalisant que ce qu'ils transportaient ne venait pas d'eux mais venait de quelque chose de plus fort qu'eux qui les habitait et dont ils étaient, pour un temps, témoins et comme transporteurs.

       C'est aussi notre vocation à nous, dans notre vie de tous les jours, que de dire, en essayant d'être transparents par rapport à cette gloire, à la fois que nous sommes limités et faibles quant-à l'annonce de l'évangile qui est en nous, mais que nous avons aussi capacité de le transporter et de l'emmener au-delà des mers, dans nos vies, en proclamant et confessant à tous ceux que nous rencontrons que cette Nouvelle nous a donné la vie et qu'elle est plus forte que notre mort. Ainsi, paradoxalement, tout en reconnaissant que nous sommes faibles, notre mission est de transporter cette force de la puissance de la vérité de Dieu. C'est ce qui explique pourquoi nous "sommes serviteurs les uns des autres" parce que nous nous manifestons les uns aux autres la vérité de Dieu.

       Mais l'exemple de Cyrille et Méthode nous pousse à pousser plus loin cette analyse de l'activité missionnaire du chrétien. En effet, il ne s'agit pas d'être passifs et de transporter tout bêtement cette gloire et cette vérité, en essayant de dire que nous sommes bien faibles par rapport à elle. Il s'agit aussi d'y mettre toute son intelligence et toute sa volonté. Cyrille et Méthode ont compris que la foi qu'ils transportaient n'avait pas simplement à être célébrée en grec, ou en hébreu, ou en latin, mais qu'il fallait qu'elle soit célébrée dans les langues de ceux qui devaient l'entendre, la lire et aussi la conserver de génération en génération. C'est ainsi que Cyrille et Méthode ont été amenés à traduire l'Écriture puis la liturgie en slavon, ce qui nécessitait d'abord d'inventer un alphabet. Ils ont donc employé toute leur intelligence, toute leur valeur à signifier, à proclamer cette gloire par-delà leur propre faiblesse, par-delà les vases d'argile que nous sommes. C'est donc un exemple de mise en œuvre d'extraordinaire intelligence, de dévouement, de courage, car ils savaient que cette foi qu'ils portaient, qui dépassait infiniment ce qu'ils étaient, était destinée, avait comme vocation d'épouser chaque culture.

       Et c'est bien là un second aspect de l'évangélisation. Si le premier est de transporter humblement "comme en des vases d'argile" la gloire de Dieu, le second est de savoir que cette évangélisation est faite pour rencontrer les cultures, et donc pour civiliser. L'œuvre de Cyrille et Méthode a été aussi de civiliser, car la foi et la proclamation de la foi épousant chaque culture amène cette culture à davantage se civiliser, car la foi en Jésus-Christ amène l'homme à être plus homme.

       C'est ainsi que Cyrille et Méthode étaient tenaillés par le désir d'annoncer cet évangile dans la langue même où les gens pouvaient le comprendre afin d'amener cette civilisation slavonne de la Moravie à être davantage ce qu'ils étaient destinés à être.

       Ainsi deux mouvements : le premier est, paradoxalement, de transporter humblement cette puissance dans notre faiblesse, le second est de mettre en œuvre toute notre intelligence, toutes nos capacités intellectuelles et spirituelles, à proclamer, à faire adhérer, à faire comprendre, à rejoindre les hommes dans leur culture, afin de leur annoncer dans leur langage cette promesse de vie, cette parole de la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

Suivons les traces de Cyrille et Méthode. Nous aussi, nous avons à continuer cette œuvre de l'Église, cette construction de l'Église qui est de promouvoir cette confiance, cette communion les uns aux autres, d'abord entre nous car nous n'avons jamais fini d'être évangélisés, mais aussi au front de l'Église où nous avons à signifier, à témoigner de cette gloire de Dieu, tout en mettant en  œuvre notre intelligence pour rejoindre les gens là où ils sont, dans leur culture, pour que cette foi prenne racine et puisse épouser d'autres civilisations et les amener ainsi à la rencontre de la lumière du Christ.

       Puissions-nous, à la suite de Cyrille et Méthode, prendre conscience de notre mission de chrétiens qui est non seulement de transporter le message, mais aussi d'évangéliser en tenant compte de ces différentes cultures qui ont besoin, qui ont le désir de rencontrer le Christ.

       AMEN

 
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