AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI EST UN TRAVAIL

2 Co 4, 1-7 ; Lc 10, 1-9
SS. Cyrille et Méthode - (14 février 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l ne faut pas confondre l'effort de l'Église pour annoncer le salut et l'immobilité insolente du monde qui continue à rouler sur lui-même dans sa violence, dans ses haines. Une sorte de conspira­tion semble planer sur nos têtes, nous citoyens du vingtième siècle et nous sommes là comme des petites fourmis à invoquer notre Dieu, demandant que la paix, le bonheur, la grâce nous touche. Au-dessus de nous l'histoire du monde, parfois aussi notre histoire personnelle, se fracasse nous fracassant de même et atteint notre foi ou du moins la crédibilité de notre relation avec Dieu. Difficile de faire un rapport exact entre ma démarche personnelle d'homme croyant et le déchaînement du mal. Je prends évidemment comme exemple celui qui nous touche plus spécialement en ce moment, à Sarajevo. Et en comparant les discours d'inauguration des dix-septièmes Olympiades qui annonçaient, réclamaient, hurlaient, suppliaient la paix et l'espérance pour le monde, alors que dix ans auparavant s'ouvraient d'autres Jeux Olympiques d'Hiver en cette ville et l'émotion qui devait étreindre le cœur des millions de personnes présentes de fait ou par télévision à Lillehammer, ne touchent-ils pas les hommes, les femmes objets de cette supplication, de cette prière ? Sur un autre plan encore, lorsque le malheur nous touche, nous rattrape, nous fait trébu­cher, nous avons l'impression de la vanité de ces pa­roles de Dieu et pourtant nous n'avons qu'une solu­tion, c'est de nous retourner non pas sur nous, mais en nous pour retrouver la trace d'une vérité de quelque chose qui serait caché même dans ce malheur ou dans cette violence et que nous n'aurions pas encore com­pris, qu'il nous faudrait découvrir, décrypter, sentir, goûter. Ce que je dis là n'est pas une solution, ce se­rait prétentieux de ma part, mais c'est une vision. Certes le mal a toujours une dimension universelle, historique, cosmique qui dépasse notre propre histoire personnelle. Ce mal nous rattrape que nous l'ayons provoqué ou que nous le subissions, peu importe, et nous sommes toujours apparemment comme des vic­times. C'est un fait qu'il y a une vérité propre du mal qui se déroule comme par lui-même, par un enchaî­nement mécanique, mais il y a aussi la coopération des hommes qui permet à ce mal de se développer.

La seule solution, c'est cela que le Christ dit en chaque évangile, c'est qu'en chaque homme s'opère une transformation telle qu'il ne puisse plus être ni victime de ce mal ni coopérateur de ce mal. La solu­tion n'est pas universelle, elle n'est pas à l'échelle mondiale ni à l'échelle historique, mais elle est dans la personne humaine ou plutôt dans ma personne hu­maine. Nous oublions nous les chrétiens que si nous croyons, c'est que nous travaillons et que la foi est une opération intérieure, et c'est un travail. Il ne s'agit pas de se jeter dans la foi lorsque le bateau coule, avec une impression que ça ne tient pas. La foi est une opération de longue haleine, comme un enfant qui apprend à marcher, comme un enfant qui apprend à parler, comme des hommes qui apprennent à aimer, pour la simple raison que nous ne naissons pas homme et qu'il nous faut donc devenir homme et que ce devenir homme est le travail et une coopération entre ce que je suis et Lui. Une harmonisation déli­cate, patiente, amoureuse de Dieu qui prend posses­sion de moi, me modèle, m'attend. Je refuse, j'avance. Et si l'homme que je suis, accepte de rentrer dans cette opération que j'appelle la grâce, alors il devient l'homme capable de Dieu, l'humain qui vient de naître et qui ne sera plus le jouet de ce mal mais qui, comme Dieu, sera capable de le voir du haut de sa croix et de commencer à faire naître dans l'humanité qui l'entoure le bien, le bonheur et la paix.

Mais souvent nous sommes pris de court. Le malheur nous rattrape avant même que nous ayons commencé à travailler en nous-mêmes et nous som­mes comme écartelés, en conflit entre la blessure que nous éprouvons et le travail pas encore fait sur nous-mêmes. Nous sommes toujours appelés à revenir à Celui qui est en nous et qui nous attend et qui ne ré­pondra pas toujours à nos paradoxes métaphysiques de ce monde qui sont bien prégnants. Par contre Il nous convoque à une relation profonde si interne, si urgente, afin que nous puissions devenir des humains de cette terre. Car s'il y a une chose qui est nette c'est que le mal nous présente des figures d'hommes et de femmes qui ne sont ni des hommes ni des femmes mais qui sont défigurés par cette non-humanité qui est en eux et qui a pris possession d'eux.

Cyrille et Méthode que-nous fêtons en ce jour se sont battus justement pour faire accéder tous ces peuples slaves à la Révélation, leur permettant ainsi de lire dans leur langue, le slavon, les Livres sacrés et de célébrer dans leur propre langue. Ils avaient com­pris qu'il fallait que la Révélation pénètre au plus in­time non pas en réglant les différends ethniques qui surgissaient déjà, mais qu'il fallait qu'un homme soit unique et reçoive lui-même, dans sa propre langue, cette Révélation qui est faite pour lui afin qu'il de­vienne vraiment homme de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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