AU FIL DES HOMELIES

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L'OFFRANDE DE LA FOI

2 Co 4, 1-7 ; Lc 10, 1-9
SS. Cyrille et Méthode - (14 février 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette époque des années huit cent cinquante, huit cent quatre-vingt, est une époque sur laquelle nous n'avons pas beaucoup d'idée. Chez nous, en Europe de l'ouest, ce sont les succes­seurs de Charlemagne, on ne peut pas dire que ce soient des princes ou des gouvernants particulière­ment brillants. On voit que le génie politique n'a ja­mais été vraiment héréditaire.

En revanche, en Orient, c'est une époque dif­ficile, parce que Constantinople déjà, s'est déjà beau­coup battue contre l'invasion arabe, c'est donc un royaume terriblement épuisé sur ses frontières orien­tales, mais c'est un empire qui est aussi très menacé sur ses frontières du nord. Et le grand compresseur qui presse sur l'empire byzantin au nord, ce sont les slaves. Donc l'empire byzantin est pris en étau entre d'une part la peau de chagrin qui commence à se ré­aliser du côté de l'orient, et d'autre part, la menace et la pression des slaves au nord. A cette époque-là, on ne se l'imagine plus aujourd'hui, mais les relations de Byzance avec le nord, même le grand nord, sont très fréquentes. On va chercher jusqu'en Scandinavie les fourrures des animaux sauvages, l'ambre pour les bijoux et aussi les métaux précieux ? Par conséquent, les byzantins, pour des raisons économiques ont be­soin de sauvegarder cette voie qui va vers le nord, parce qu'elle est source de grande richesse. Evidem­ment, il y a sans cesse cette menace politique, sociale d'un monde inconnu et d'un monde ennemi.

Or, c'est précisément dans ce contexte-là que le patriarche, pas l'empereur, mais le patriarche de Constantinople aura l'idée qu'on peut annoncer l'évangile à ceux qui passent pour être un des ennemis redoutables de l'empire. Et c'est ainsi qu'il va envoyer ces deux personnages qui ne sont encore ni religieux, ni moines, ni prêtres, Cyrille (qui s'appelait d'abord Constantin), et Méthode, dans la région de Moravie, c'est-à-dire le sud de la Tchéquie actuelle, pour aller évangéliser ces peuplades, sans doute parce qu'il avait eu des appels du pied de la part de certains roitelets de ces populations. Donc, l'évangélisation de Constantin et Méthode est une évangélisation extraordinaire, parce que c'est un évangélisation de ses ennemis. Il n'y a pas de liens politiques, il n'y a pas de liens cultu­rels, il n'y a pas de liens sociaux, il n'y a même pas vraiment de liens économiques. Et l'empire byzantin à cette époque-là a eu l'idée qu'on pouvait évangéliser ces gens-là. au fond, c'est l'équivalent de ce que nous avons connu, nous à peu près trois cents ans plus tôt, lorsque saint Grégoire premier avait eu l'idée d'en­voyer des missionnaires en Angleterre et en Irlande. Simplement là, l'hostilité était beaucoup plus forte, beaucoup plus déclarée, et plus menaçante.

Chose étonnante, ils ont réussi. Et Constantin et Méthode ont réussi d'une manière extraordinaire, car ils se sont aperçus qu'en évangélisant les slaves, ils évangélisaient des peuples sans écriture. Et là en­cor, ils ne leur ont imposé ni la langue grecque, ni l'écriture grecque, mais ils ont voulu à la fois com­prendre cette langue, la parler et donner aux slaves les moyens de l'écrire. C'est ce fameux alphabet "cyrilli­que" du nom de saint Cyrille qui a permis effective­ment à ces peuples-là de prendre un véritable essor à partir du neuvième siècle, et petit à petit de devenir des cultures et des civilisations tout de même assez brillantes, quoiqu'en disent certains.

Donc vous voyez, ces deux hommes, Cyrille et Méthode ont réussi vraiment une percée, et je crois, ils l'ont réussi parce qu'ils n'ont pas voulu baptiser au jet d'eau, c'est-à-dire imposer la foi sans que les gens y comprennent rien, mais ils ont pris le parti en même temps d'aider ces gens à comprendre leur propre hé­ritage culturel, et à voir comment l'évangile pouvait s'y insérer, y prendre sa place, et finalement être vé­ritablement signe de salut. C'est cela que signifie au fond, cette invention de l'alphabet cyrillique.

Je voudrais ajouter une dernière chose, c'est que Constantin et Méthode ont compris que le travail d'évangélisation qu'ils faisaient parmi les slaves ne dépendant pas seulement du patriarche de Constantinople. Ils ont voulu aussi l'appui de Rome. C'est pour cette raison que tout grecs qu'ils étaient, dépendants du patriarche de Constantinople, ils ont voulu aller à Rome pour rendre compte au pape de leur travail. Et je crois que c'est assez merveilleux, le pape a assez bien compris. D'abord ils ont voulu prendre l'habit monastique, et Constantin qui devait mourir là à Rome a pris l'habit monastique pratique­ment cinquante jours avant sa mort. Quand il est mort, le pape a invité tous les grecs de la ville de Rome et des alentours, à venir célébrer avec lui les obsèques de Cyrille. Donc, il a demandé aussi que les obsèques soient aussi solennelles que pour celles d'un pape, ce qui veut dire que Rome, qui ressemblait plus à un village en ruine qu'à ce qu'on en imagine de l'époque impériale, Rome avait compris la profondeur du tra­vail missionnaire de Cyrille et Méthode. Mais cela veut dire aussi que Cyrille et Méthode avaient com­pris que toute évangélisation doit être un œuvre de l'Église tout entière, et ils avaient voulu, Méthode repaira et continuera d'évangéliser les slaves, ils avaient voulu y associer l'Église de Rome. Ce n'était pas de la récupération, c'était simplement le sens de l'évangélisation fondé dans l'unité et la communion de toutes les Églises.

Je crois que Cyrille et Méthode sont par cer­tains côtés de grandes figures de moines apostoliques. Moines, même s'ils l'ont été peu de temps, mais je crois de façon significative, parce qu'en tout cas, s'ils sont devenus moines, c'est parce qu'ils ont compris l'urgence d'évangéliser, pas simplement par des tra­vaux extérieurs, mais par une attitude du cœur, et cela, c'est très grand, et puis, apostoliques, parce qu'ils font partie des plus grands apôtres de toute l'histoire chrétienne.

On comprend qu'en 1985, Jean-Paul II ait voulu rendre un hommage particulier à ces deux grandes figures. Paul VI l'avait déjà précédé, mais Jean-Paul II a écrit un beau texte qui s'appelle "slavo­rum apostoli",( les apôtres des slaves), dans lequel il utilise pour la première fois que l'Europe, et 1985, c'était tout juste le début de la "perestroïka", Jean-Paul II avait dit : "l'Europe doit respirer à deux pou­mons, le poumon occidental et le poumon oriental". Et donc, Jean-Paul II reprenait la même attitude que le pape qui avait encouragé les travaux de Cyrille et Méthode, et il disait simplement qu'on ne retrouverait pas le véritable sens de l'Europe si tout ce monde slave n'y trouvait pas d'une manière ou d'une autre sa place.

A l'heure actuelle, où nous, les pays occiden­taux, nous mettons tellement de barrages économi­ques surtout, pour essayer de protéger nos avantages acquis, je pense que le fait de célébrer Cyrille et Mé­thode, nous repose comme chrétiens la question de savoir comment nous concevons la vie des peuples ensemble. Est-ce qu'on fera l'Europe uniquement sur des questions économiques et de business, dans ce cas-là, on risque de devenir de véritables insensés, des fous de richesse et de pouvoir et nous en voyons quelques exemples consternants actuellement, ou bien au contraire, allons-nous fonder l'Europe sur une vé­ritable unité spirituelle, à la fois humaine et chré­tienne ?

 

 

AMEN

 

 
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