AU FIL DES HOMELIES

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PAROLE ET LITURGIE

2 Co 4, 1-7 ; Lc 10, 1-9
SS. Cyrille et Méthode - (14 février 2005)
Lundi de la première semaine de carême
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons donc aujourd'hui des saints Cyrille et Méthode. Fils d'un fonctionnaire de Byzance, ils naissent en 825 à Thessalonique en Grèce. Ils vont poursuivre leurs études à Constantinople et vont s'embarquer tous les deux dans l'évangélisation.

Pour évangéliser, ils vont saisir que si l'on entre dans une maison, si on mange et boit avec des personnes, ou que l'on doit saluer des gens, il faut parler leur langue. Il faut que l'évangile soit annoncé dans la langue du peuple. Donc, ils vont traduire la Bible en slavon et aussi célébrer la liturgie en slavon, puisqu'ils vont être envoyés dans ces peuples aux confins de la Moravie. Cela va leur attirer des ennuis. Ils vont devoir se justifier auprès du pape. En partant à Rome, ils ont eu le soin d'emporter avec eux des reliques de saint Clément, pour amadouer le pape et pour ouvrir la porte en quelque sorte. C'est là que Constantin, qui va prendre le nom de Cyrille en revêtant l'habit monastique, va mourir, et son frère Méthode sera ordonné archevêque et continuera l'œuvre d'évangélisation qu'il avait commencé avec Cyrille. En signe de communion, les obsèques de Cyrille seront célébrées en latin, en grec et en slavon.

Cela nous éveille à quelque chose qui nous semble très important, c'est le lien entre la liturgie et la Parole. Ils ont toujours eu ce soin d'articuler ces deux éléments. Cela nous renvoie aussi à la première lecture dans laquelle saint Paul dit : "Ce n'est pas nous que nous prêchons, mais c'est le Christ Seigneur". Ce lien entre la liturgie et la Parole est extrêmement important et la fête de saint Cyrille et saint Méthode nous le rappelle. La Parole que nous prêchons, nous la recevons dans la liturgie. La liturgie est un certain laboratoire où s'opère ce changement entre l'Écriture et la Parole. Un chrétien qui n'aurait que sa Bible, qui ne fréquenterait pas la liturgie risquerait de passer à côté de la musique que fait la Parole. Même un très grand savant comme le Père Garrigou Lagrange, grand exégète, avait soin aussi de porter ses intuitions jusque dans les liturgies, et ses intuitions recevaient au milieu de la prière et de l'encens, au milieu de ses frères dans la célébration de l'office, recevaient une sorte de certitude, un poids, recevaient une confirmation. Souvenez-vous aussi quand on a dû fixer le canon des Écritures, on a utilisé, on a pris, on a gardé les textes qui étaient lus dans la liturgie. Quand une communauté a prié des textes, ils peuvent être aussi reçus par toute l'Église. Souvenez-vous aussi ce passage extraordinaire dans Néhémie, au chapitre huitième, où tout le peuple reçoit aussi dans une grande liturgie, le don de la Parole, le Pentateuque.

Liturgie et Parole. Parole que l'on reçoit, non pas dans une sorte d'immédiateté avec le texte, mais Parole que l'on reçoit au cœur de l'Église. L'exigence pour nous qui devons prêcher cette Parole, parce qu'une des grandes illusions aujourd'hui, c'est de croire que la Parole se livre tout d'un coup, comme ça, qu'on peut l'interpréter chacun à sa manière. Non. Un grand savant comme Origène compare la lecture de l'Écriture à l'utilisation d'un casse-noix, parce qu'il nous faut casser la noix pour arriver au fruit. C'est le lent et patient travail de cet apprivoisement avec l'Écriture. On a cette naïveté de penser que l'Écriture nous est révélée d'un seul coup. Il faut au contraire l'approcher, et les possibilités d'approche de l'Écriture sont multiples, aussi multiples que toutes les personnes, aussi multiples que toutes les sciences. L'histoire aussi a servi de manière de décrypter l'Écriture, cette Écriture que l'on a saisi comme l'expression d'une communauté. Cette Écriture que l'on saisit aujourd'hui comme l'expression d'une volonté de communication. Tout cela permet d'approcher ce mystère de l'Écriture pour que dans la liturgie, cette Écriture devienne parole. Et pour nous, prédicateurs, il y a comme un effet boomerang. Cette Écriture que l'on a méditée, que l'on a creusée, avec laquelle on s'est familiarisé, on la reçoit aussi quelquefois en pleine figure. Parfois au cours d'une homélie, on se sent débordé, une idée vient, on n'avait pas trop prévu, elle arrive, mais je crois que c'est toute la vie du prédicateur qui est ainsi saisie quand il doit prêcher cette parole, parce que cela le renvoie à sa propre conversion, à son agir au milieu de la communauté chrétienne, cela le renvoie aussi à ce qu'il est tout simplement.

C'est l'expérience faite par Cyrille et Méthode. Eux aussi, ils ont prêché, eux aussi, ils ont eu cette volonté de traduire cette Écriture, de la traduire jusque dans leur vie, et c'est d'eux que nous devons recevoir ce goût de l'Écriture, entendue, méditée, reçue au cœur de la liturgie et la traduire dans notre vie de tous les jours.

 

 

AMEN

 

 
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