AU FIL DES HOMELIES

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LA FEMME PARFAITE, IMAGE DE L'ÉGLISE

Pv 31, 10-31 ; Lc 10, 1-9
SS. Cyrille et Méthode - (14 février 2012)
Obsèques de Lucie BRANTHOMME
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'Église (Massay)

C

her Michel, chère Mérina, chers Nicolas et Thierry, vous tous chers amis, qui êtes là pour prier pour Lucie, vous me permettrez de faire une interprétation du texte que vous avez choisi pour cette célébration, le texte de l'éloge de la femme parfaite du livre des Proverbes. Je la ferai à deux niveaux.

Je commence par le premier.

Une femme parfaite ou une maîtresse femme (on peut dire les deux choses ), qui la trouvera ? On peut deviner une pointe de scepticisme sous la plume de l'écrivain sacré. Comme s'il voulait dire : allez-y, cherchez bien ! En réalité, la réponse est claire. La femme parfaite, la maîtresse femme, c'est l'Église. L'Église est une figure féminine et je la trouve admirablement décrite dans le texte que vous avez choisi. Car en plus on fête aujourd'hui deux saints, Cyrille et Méthode, et l'on s'aperçoit que l'Église n'est pas simplement une société de gens qui proposent des grandes idées qui nous passent par-dessus la tête. L'Église est cette femme, en fait, cette maîtresse femme qui sait gérer la maison de l'humanité et qui sait prendre soin, c'est la spécificité féminine de toutes les femmes, qui sait prendre soin dans le moindre détail du bonheur des autres et plus spécialement de ceux qui lui sont confiés. C'est pour cela que l'Église est la femme parfaite parce que quand elle a découvert, il y a plus de mille ans qu'il y avait tout un ensemble de peuplades qu'on appelait les slaves, qu'on connaissait à peine parce qu'on faisait du trafic de peaux et de fourrures d'animaux pour se vêtir à la cour de Constantinople, l'Église a pensé que les slaves n'étaient pas simplement des chasseurs et des trappeurs, mais que c'étaient des hommes et des femmes dont il fallait s'occuper. De là est partie l'évangélisation des peuples slaves depuis Kiev jusque dans les profondeurs de la Russie et vers le Nord.

Le génie de la femme parfaite de l'Église a été de se dire : bien sûr, sur les bords de la Méditerranée, je peux vivre une vie parfaite, tranquille … non, je ne peux pas garder cela pour moi. Toute la richesse d'amour de Dieu que j'ai dans le cœur, il faut que je la partage, que je la donne, il faut que je la fasse goûter à ces peuples qui n'en ont jamais entendu parler et qui peut-être, en sont assoiffés au fond de leur cœur. C'est pour cela qu'aujourd'hui, on fête Cyrille et Méthode, parce qu'ils ont compris qu'on ne peut pas annoncer directement l'évangile, mais il fallait commencer par consigner les langues slaves, leur trouver un alphabet, prendre soin de ces populations, leur donner les moyens de s'exprimer, et ensuite de grandir à la fois en humanité et dans la vie chrétienne.

Et maintenant, venons-en à Lucie. Je crois que vous avez trouvé la femme parfaite. Je sais, vous étiez aussi lucide de certains petits défauts, ce n'est pas le moment de les évoquer. Mais ce que vous savez, c'est qu'elle était une maîtresse femme parce que pour vous et pour ses élèves, elle était comme l'Église. Elle avait le souci de détail le souci du bonheur personnel de chacun, le souci de savoir traduire dans les gestes les pus humbles et les plus simples, toute l'affection qu'elle avait pour chacun de ceux et de celles qui lui étaient confiés. Je pense qu'aujourd'hui, il nous manque les deux meilleurs témoins, c'est Gaspard et Adèle, les petits-enfants qui pourraient nous en dire long sur la merveilleuse grand-mère qu'ils avaient.

En fait, c'est la vocation chrétienne. Ce que Lucie a vécu, elle qui avait quand même vécu une enfance difficile, elle a compris au fur et à mesure qu'elle grandissait qu'elle portait des trésors dans son cœur et qu'il fallait les partager. Ces trésors-là ce n'était pas simplement filer la quenouille comme l'auteur sacré le dit, parce que comme vous l'avez entendu il a une conception un tout petit peu utilitariste de son épouse, c'est elle qui est rentable et qui tire parti de toutes les ressources de la maison, ce qui n'est déjà pas si mal. Mais pour Lucie, c'était beaucoup plus. Elle avait conscience qu'elle portait à la fois un trésor humain et spirituel. Ce trésor humain, c'était sa capacité, et sans doute que les élèves de Sainte Catherine pourraient en parler le mieux, c'était sa capacité de faire comprendre à travers une autre langue que c'était l'humanité qui avait parlé. Quand on apprenait le latin, ce que peu de gens comprennent aujourd'hui, on apprenait à grandir en humanité. C'est vrai qu'au début quand on fait des gammes avec rosa, rosam, c'est pas drôle, mais au fur et à mesure qu'on découvre la grandeur et la beauté de ces textes anciens, on devient plus humain. Lucie l'avait compris et si elle a voulu être professeur, c'était précisément pour cette raison. Elle sentait que ce qu'il fallait partager, il fallait le partager du plus profond de toute l'humanité qu'elle portait dans son coeur, et qu'on avait reçu comme un héritage. Chaque génération était là comme une sorte de "faire valoir" de tout ce qu'on avait reçu pour le donner aux autres.

Mais il y avait plus. C'est vous la famille qui le savez, il y avait en elle cette capacité de deviner par l'affection et la tendresse ce qu'était le cœur de l'autre. A ce moment-là il ne s'agissait plus de transmission de la culture, même si c'est déjà très grand, elle savait que son mari, que ses enfants lui étaient confiés comme cette maîtresse femme du texte des Proverbes que nous avons entendu tout à l'heure, il fallait qu'elle fasse grandir chacun par le sens du service, par la proximité, et qu'elle donne à chacun la chance d'être au maximum de lui-même. Elle qui avait connu dans son enfance une émancipation difficile, et émanciper ne veut pas dire faire n'importe quoi, cela veut dire trouver sa stature, trouver sa personnalité, elle savait que désormais le secret de la vie, c'était de trouver ce chemin et qu'il fallait le faire découvrir d'abord à ses enfants, à ses petits-enfants, et même d'une certaine manière à son mari. Car qu'est-ce que c'est que la grâce du mariage, sinon de faire trouver à celui ou à celle que l'on aime, son véritable chemin dans lequel il devient plus grand que lui même ou qu'elle même.

Si nous célébrons aujourd'hui les obsèques de Lucie c'est évidemment dans le deuil et la souffrance de la séparation aussi brutale, mais il faut le dire, mais il faut le dire, c'est aussi dans la reconnaissance, et l'émerveillement de ce qu'elle a été pour nous. De ce qu'elle a été si humblement, avec son petit sourire en coin, si merveilleusement tout le temps là, prête à faire grandir, à donner à chacun sa véritable stature pour que chacun devienne homme et femme à sa place à la fois dans l'humanité, et aussi dans le regard de l'Église. Au fond, c'est vrai qu'aujourd'hui si nous sommes plus ou moins croyants ou très croyants (on ne passe pas d'examen), si nous sommes là aujourd'hui, c'est parce que nous croyons qu'effectivement la vraie vie d'un homme et d'une femme c'est cette vie que l'Église nous propose : être les témoins d'une Nouvelle, d'un évangile qui nous grandit le cœur et qui nous aide à grandir les uns par les autres. C'est cela le secret de la vie, et finalement, de pouvoir dire au moment où l'on remet sa vie entre les mains de Dieu : moi je passe par la mort, mais il faut que ceux qui restent soient vraiment des vivants.

C'est son véritable testament et c'est de cela que nous devons être maintenant les témoins à notre tour.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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