AU FIL DES HOMELIES

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HOMME ET FEMME IL LES CRÉA

1 Co 1, 26-31 ; Mt 19, 3-12
Ste Agathe - (5 février 1981XXX)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Tongres : béguinage
Fresque du XIVème siècle
Le martyre de Sainte Agathe

C

eux qui ont écrit sur sainte Agathe ont plus parlé du charisme de la virginité qu'elle a vécue que de son martyre. D'ailleurs, il est vraisemblable qu'elle fut martyre pour conserver cette virginité, qu'elle avait vouée au Seigneur, dès son plus jeune âge. Et c'est bien pour cela que nous avons entendu cette controverse que nous rapporte saint Matthieu entre les pharisiens et Jésus, à propos du mariage. C'est pour nous l'occasion de nous replacer, sous la lumière de la parole de Dieu, devant notre vocation à laquelle le Seigneur nous a appelés, ou bien dans le mariage, ou bien dans le célibat d'une virginité toute consacrée à lui. 

La première vocation, celle du mariage, est de l'ordre de la création et quand Jésus en parle, il ne dit rien d'autre que de renvoyer à l'Écriture : "N'avez-vous pas lu que le créateur les fit homme et femme ?" Homme et femme, dans cette différence essentielle qui est appelée à devenir une communion, aussi essentielle, car "ils ne feront qu'une seule chair." Une seule chair, une union parfaite des cœurs, c'est vrai, mais aussi des corps. Une seule chair, et cette union, c'est Dieu lui-même qui l'a voulue. Oui, le mariage, cette vie ensemble dans l'union la plus totale, est voulu par Dieu, dans l'ordre même de sa création. La Genèse ajoute :"A son image, et à sa ressemblance, homme et femme il les créa."

L'image de Dieu dans notre monde, l'icône de Dieu dans notre monde, c'est d'abord et avant tout, le couple dans son unité, dans son amour à jamais donné. Ce n'est pas d'abord le moine, le prêtre célibataire qui est image de Dieu en ce monde, qui est son icône, mais c'est le couple, en son unité. En effet, et saint Jean le redira, Dieu est amour et c'est l'amour, et cet amour conjugal qui, en notre monde est le signe de Dieu. Voilà la vocation du mariage pour notre monde, à travers les siècles. 

L'autre vocation, elle est de l'ordre du régime de la Rédemption, du salut. C'est Jésus lui-même qui y appelle. Jésus lui-même qui a vécu cette condition de solitaire. Il y a, dit-il des eunuques pour le royaume. Et n'ayons pas peur des mots, l'eunuque, c'est celui qui ne peut s'unir à quelqu'un de l'autre sexe. C'est quelqu'un qui est appelé, à jamais, à rester seul, solitaire et là c'est la vocation monastique. Non pas monastique au sens d'une vocation bénédictine, cartusienne ou cistercienne Mais la vocation monastique, dans son essence même, le "monos", c'est celui qui est "seul avec Dieu". Et il n'y a pas que les moines qui portent ce titre qui sont ces solitaires, mais d'au­tres personnes qui sont appelées par la vie, ou choisissent cet état de consécration totale au Seigneur, ou acceptent la vie qui leur donne cet état et qui en font don au Seigneur. Même dans le veuvage, on peut être un moine, on peut être une moniale. 

Cette vocation, c'est justement de poser dans le monde ce signe de l'attente du Seigneur, ce signe du vide, ce signe du manque qu'est la solitude fondamentale de celui qui est appelé à cet état. 

Et dans le royaume, dit Jésus, il n'y aura plus ni homme ni femme, il n'y aura plus d'union entre l'homme et la femme, nous serons tous comme les anges, nous serons tout seul, mais unis entre nous dans cet amour immense du Seigneur, dans cette nuptialité que nous vivrons avec lui-même, avec Dieu.

L'une et l'autre vocation ne sont pas plus facile. Toutes les deux, vous vous en rendez compte, vous le savez par expérience, elles ne sont pas faciles à vivre, au chemin de cette vie. Et résonne alors à nos oreilles le passage de saint Paul : "Considérez votre appel, il n'y a pas parmi vous beaucoup de sages selon la chair". Personne ne peut se vanter de sagesse dans sa vie, mais au contraire, ce que Dieu appelle, ce sont des faibles. Et l'une et l'autre vocation, celle du mariage comme celle de la virginité sont vécues, à chaque jour, dans la faiblesse, faiblesse humaine mais renouvelée, sauvée par la force même du Seigneur Jésus. 

Qu'en ce jour nous soyons renouvelés, chacun, dans la vocation qui nous a été donnée et à laquelle nous essayons de répondre. Que ceux parmi nous qui n'ont pas encore choisi soient illuminés pour savoir sur quel chemin le Seigneur les appelle. Ce sera toujours un chemin de faiblesse. Comme le disait un moine : "Il s'agit pour nous, que l'amour qui est une force, une force vitale, devienne en chacun une blessure".

Dieu est amour, c'est vrai, mais il est aussi l'éternel blessé en Jésus. L'eucharistie que nous allons célébrer, ce pain et ce vin partagés, et donnés, ce pain rompu sont les signes de cet amour incroyable du Seigneur qui a épousé l'humanité, de cet amour qui est une force, certes, mais à travers même sa blessure. 

 

AMEN


 

 

 

 
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