AU FIL DES HOMELIES

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MARIAGE ET CHASTETÉ

1 Co 1, 26-31 ; Mt 19, 3-12
Ste Agathe - (5 février 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

La Ferrière : Le martyre de sainte Agathe

E

 

n cette fête de sainte Agathe, vierge et martyre, l'Église nous propose ce passage de l'évangile de saint Matthieu où Jésus exalte ceux "qui se sont rendus eux-mêmes eunuques à cause du Royaume des cieux," ceux qui se privent volontairement de la procréation, de la vie de la sexualité à cause du Royaume des cieux.

Il est remarquable que ce texte soit jumelé avec le passage qui le précède immédiatement, où Jésus exalte la grandeur du mariage. Ces deux paroles de Jésus sont l'une et l'autre introduites, de façon un peu latérale, par des remarques beaucoup moins profondes des pharisiens ou des disciples de Jésus. Les pharisiens demandent si l'on peut pour n'importe quel motif, répudier sa femme et ce sera pour Jésus l'occasion de donner un enseignement sur la grandeur et la signification profonde du mariage. Les disciples, ne comprenant pas très bien la profondeur de ce que Jésus vient de dire ajoutent : "Dans ce cas-là, il n'est pas très important ou agréable de se marier" et Jésus leur répond en les exhortant à la continence volontaire et en faisant l'apologie de la chasteté pour le Royaume.

C'est dire que l'on ne peut vraiment comprendre le mystère du mariage qu'en le rapprochant de celui de la chasteté pour le Royaume, Et l'on ne peut comprendre la chasteté pour le Royaume qu'en la rapprochant du mystère du mariage. Ces deux mystères sont étroitement connexes et liés l'un à l'autre.

Le mariage, c'est réaliser, dans un amour humain, l'unité, la profondeur qui est celle même de l'amour de Dieu pour les hommes n'être plus deux mais une seule chair, parce que Dieu a créé l'homme à son image et Il l'a créé homme et femme. Et l'unité d'amour que le mariage établit entre l'homme et la femme cette unité si profonde qu'ils ne sont plus deux êtres mais une seule chair, c'est-à-dire une seule personne, un seul être vivant, cette unité si profonde est donc ce que Dieu a voulu en créant l'homme à son image, pour que l'union d'amour de l'homme et de la femme soit l'image de cet amour qui est, en quelque sorte, le secret même de Dieu et qui, le texte de la Genèse ne pouvait pas le révéler de façon explicite, mais le Nouveau Testament nous le manifeste, est cet amour, qui est le lien qui fait que le Père, le Fils et l'Esprit ne sont qu'un.

C'est donc une image, et même plus qu'une image, une participation de l'unité d'amour qui réalise la trinité des personnes. C'est une participation à cette unité d'amour qui nous est donnée dans le mariage pour que ce mariage soit, dans la création, dans l'humanité, comme un écho, un reflet, plus qu'un reflet, comme une participation effective à ce mystère même de Dieu.

Qu'en est-il alors de la chasteté volontaire pour le Royaume de Dieu ? De même que le mariage réalise, ici-bas, une image de l'amour de Dieu, de la même manière la chasteté volontaire pour le Royaume des cieux manifeste que, ici-bas, n'est qu'une étape préliminaire pour la rencontre parfaite ou l'amour même dont Dieu vit nous sera donné réellement dans le ciel. Dans le ciel, dans le paradis, dans le monde nouveau, c'est l'amour de Dieu, l'amour même dont le Père et le Fils s'aiment qui sera communiqué, comme une flamme incandescente, à chacun d'entre nous, pour qu'il soit, en nous la source même de notre vie et de notre bonheur pour toujours. Ici-bas nous ne connaissons pas encore cet amour. Il nous est donné, mais nous ne le voyons pas face à face. C'est pourquoi nous sommes en marche vers cet amour, aimantés par lui, attirés par cet amour de Dieu pour nous y accomplir quand, quittant ce monde, nous parviendrons dans le monde nouveau. La chasteté c'est précisément cette attente du moment où l'amour de Dieu nous sera donné dans sa plénitude, face à face et nous comblera totalement.

Par rapport avec cet amour de Dieu partagé avec nous, il y a, ici-bas, une attitude qui est celle de l'attendre, d'être tendu vers Lui, et par conséquent d'en oublier tout autre possibilité d'amour, tout autre forme d'amour. Ces deux manifestations de l'amour de Dieu sont complémentaires. L'une nous montre que nous pouvons déjà, dans l'amour des autres, dans l'amour de cet autre privilégié qu'est le conjoint dans le mariage, nous pouvons déjà réaliser quelque chose, un commencement, une inauguration de ce qu'est l'amour de Dieu, une participation de ce qu'est l'amour de Dieu. L'autre attitude, celle de la chasteté, nous montre que toute réalisation terrestre et humaine n'est encore qu'un commencement, qu'une ébauche, et qu'il faut toujours attendre la réalisation parfaite qui, seule, sera plénière et totale.

Dans le paradis, l'attente, de ceux qui auront gardé la chasteté à cause du Royaume, sera comblée, et l'amour humain de ceux qui auront vécu dans le mariage une participation à l'amour de Dieu sera, lui aussi comblé et amené à son achèvement. L'un et l'autre ne peuvent se comprendre qu'ensemble : attente de la perfection et, dès maintenant, commencement de la participation à cet amour de Dieu.

La fête de sainte Agathe nous invite à penser que le mariage et la virginité prennent tout leur sens dans le martyre, non pas parce que la chasteté serait un martyre ou la vie conjugale un autre martyre, ce n'est pas ce que je veux dire, mais parce que le martyre c'est précisément l'identification au Christ, l'identification de la vie dans sa totalité, jusqu'à la mort inclusivement, au Christ Jésus. La clé du bonheur dans le mariage, la clé du bonheur dans la chasteté consacrée, c'est cette identification au Christ. C'est dans la mesure ou notre regard est fixé sur le Christ pour que notre vie devienne semblable à la sienne, et c'est dans le martyre que cela se réalise de façon la plus parfaite, c'est dans cette mesure que nous trouverons tout le sens et de la vie conjugale, et de la vie de chasteté.

 

AMEN

 
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