AU FIL DES HOMELIES

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LA FIDÉLITÉ DANS LE MARTYRE

1 Co 1, 26-31 ; Mt 19, 3-12
Ste Agathe - (5 février 1992xxx)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

S

i les partisans ou plutôt les partisanes du Mou­vement Féministe pouvaient être objectifs ou objectives, ce qui n'est pas toujours le cas, re­connaissons-le, il faudrait dire que les premières grandes pages du féminisme nous ont été données par certains épisodes des persécutions. En effet, le fait que, dans l'Église romaine surtout, on ait tenu, jusque dans la prière du Canon, à célébrer un certain nombre de femmes martyres, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie, qui est une sorte de liste absolument cano­nique et il y faut ajouter Félicité à Carthage, est très important dans la tradition chrétienne.

En effet, si on a célébré ces jeunes filles ou ces jeunes femmes n'ayant pas encore eu d'enfants, c'est précisément parce que, par rapport à la mentalité de l'époque deuxième, troisième, quatrième siècles dans l'empire romain, la femme avait indubitablement un statut qui n'était pas public. L'existence publique de la femme n'arrivait que par le mariage, c'est-à-dire littéralement par l'appartenance à son mari. C'est à partir du moment où elle avait été conduite aux noces qu'elle avait une existence publique à un double titre, d'une part l'appartenance à son mari, d'autre part les enfants qu'elle pouvait lui donner. Or ces martyres n'étaient ni mariées ni mères. Et donc, pour la mentalité de l'époque, elles n'avaient pas droit à ce qui constitue normalement l'existence publique d'une femme.

Et c'est précisément, malgré cette absence de statut que, dans le martyre, pour un acte public, com­paraissant devant des tribunaux publics, étant condamnées publiquement et mourant publiquement, elles acquéraient un statut public alors que rien d'hu­main ne venait confirmer ce statut. Elles n'étaient pas épousées, elles n'étaient pas mères. Et si on les a célé­brées comme martyres, c'est pour dire que, dans leur existence de jeunes filles non mariées, non mères, elles avaient cependant, au cœur même de l'Église, manifesté publiquement leur appartenance au Christ au double titre de la virginité, c'est-à-dire en vérité Celui qui les a épousées, c'est le Christ, dans leur mort, et de leur fécondité spirituelle, au sens où comme le disait Tertullien "le sang des martyrs est la semence des chrétiens."

Par conséquent c'est cela qui pratiquement, dans l'Église, a fait petit à petit reconnaître le statut de la femme, non pas d'abord en ce qu'elle appartient à son mari, mais simplement parce qu'elle est capable de témoigner du Christ jusqu'au sang. Ceci était d'au­tant plus intéressant pour les romains que le martyre, le don de sa vie, était toujours assimilé, et Dieu sait qu'il y a des tonnes de sermons en ce sens-là, à un acte de bravoure militaire et que, contrairement à ce que nous pensons aujourd'hui où nous sommes deve­nus des pacifistes, la bravoure militaire était l'acte par lequel un homme affirmait son existence publique au plus haut degré. Il se manifestait vraiment comme homme lorsqu'il avait mis en jeu sa vie pour sauver l'état, la cité, etc. . en mettant sa vie en danger face à un ennemi. Et précisément ces femmes, Agathe, Lu­cie, Agnès, Cécile, Anastasie avaient aussi posé le même acte de bravoure militaire que des hommes courageux étaient capables de poser. Par conséquent elles étaient assimilées à une existence publique mais au plus haut degré, celui du soldat qui combat par fidélité, non plus pour sa patrie de la terre mais pour la patrie céleste, pour le Royaume de Dieu.

Ainsi donc la révolution de mentalités en ce qui concerne le statut de la femme ne s'est pas faite seulement par des décrets, par des combats ou des polémiques, mais d'abord par ces jeunes femmes de Rome, d'Italie ou d'Afrique du Nord, car elles ont manifesté à ce moment-là leur être public de personne appartenant à la cité de Dieu, appartenant totalement au Christ dans la virginité. Et là où on ne discernait que faiblesse et insuffisance, elles ont manifesté que le Christ est capable de se servir de la faiblesse hu­maine pour manifester sa force, comme le rappelait l'épître de ce jour.

Nous pouvons prier le Seigneur, par l'inter­cession de Sainte Agathe, pour que nous retrouvions tous ce qui fait le prix de notre appartenance au peu­ple de Dieu : le sang que le Christ a versé pour nous et le sang par lequel ces martyres ont témoigné de leur appartenance au Christ et donc de notre appartenance au Christ par notre baptême, par notre témoignage et par notre envoi dans le monde.

 

 

AMEN

 

 
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