AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA LIBERTÉ DU CHOIX DE VIE

1 Co 1, 26-31 ; Mt 19, 3-12
Ste Agathe - (4 février 2004)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l y a beaucoup de légende et beaucoup de fol­klore autour de la mort de sainte Agathe. Après avoir été attachée la tête en bas à une colonne, son bourreau lui a tordu les seins avec une tenaille avant de les lui arracher. C'est pourquoi l'iconogra­phie la représente portant ses seins sur un plateau, et tenant une tenaille. Ensuite, traînée sur des charbons ardents, elle meurt dans un cri de joie pour remercier Dieu. Elle est devenue la patronne des nourrices, des fondeurs de cloches, et elle est aussi invoquée comme protectrice du feu.

Le fond de la question est moins folklorique, dans l'oraison on dit ceci : "Agathe sut également te plaire par la consécration de sa virginité, et son cou­rage dans le martyre". Cela résume tout ce qu'on veut dire à travers le martyre de sainte Agathe. La plupart du temps, quand on présente l'histoire de l'Église ont dit qu'il y a eu les martyrs et puis, dans la suite, comme il n'y avait plus de martyrs, les moines ont inventé une sorte de martyre volontaire qui serait la continence, le célibat et la pauvreté dans la consécra­tion virginale. On fait ainsi succéder l'institution mo­nastique au martyre. C'est intéressant, parce que ce n'est pas très vrai. Le cas de sainte Agathe le démon­tre, car le peu que l'on connaît de sa vie, c'est que c'était une jolie et charmante jeune fille, originaire de Catane, aux yeux noirs et profonds, extrêmement séduisante. Elle avait décidé très jeune, de consacrer sa vie à Dieu, ce qui montre qu'elle avait l'essentiel du propos de la consécration monastique, c'est-à-dire vivre pour Dieu seul. Ce qui vaut dans l'antiquité, est toujours d'actualité aujourd'hui : seule pour Dieu seul.

C'est précisément parce que eut le malheur de toucher le cœur d'un certain Quintianus, qui est tombé amoureux d'elle, si on peut dire à cette époque-là qu'il est tombé amoureux d'elle, mais il aurait bien voulu l'avoir dans son lit. Ce préfet romain de Sicile a vu qu'elle résistait. Il a profité d'une vague de persécution à l'époque de Dèce pour se venger. On voit ici que les deux choses ne sont pas "ou bien", "ou bien", mais c'est parce que Agathe avait voulu déjà être témoin de son amour pour le Christ et de son amour pour Dieu, par la consécration de sa virginité, en posant ce signe qui était le signe le plus incompréhensible qui soit dans cette société romaine. Les femmes n'avaient qu'une chose à faire, c'était de trouver un bon parti, Quintien lui-même se considérait comme tel, ensuite la femme devait lui faire des enfants, la fécondité de la femme étant le sommet de ce qu'elle avait à être. Mais Agathe pose une sorte de signe d'émancipation, non pas une émancipation au sens un peu banal du féminisme actuel, mais d'émancipation au sens de vouloir revendiquer une liberté absolue de vie pour Dieu, c'est là qu'elle pose le signe de cette consécra­tion à Dieu à travers le signe de sa virginité.

Je crois que cela peut nous aider à réfléchir sur le sens même de ce que petit à petit mûrit dans l'Église, la diversité des vocations. C'est sûr qu'à l'époque, il ne devait pas y avoir beaucoup de jeunes gens ou de jeunes filles qui pensaient à vivre une consécration dans la virginité et dans la solitude pour Dieu seul. Mais c'est intéressant de constater que même à cette époque-là, il y avait déjà ces hommes et ces femmes qui avaient l'idée qu'on pouvait poser ce signe au cœur du monde, et de ce monde romain qui était très sensible à cette apparence, car si une femme disait qu'elle n'appartenait à personne, c'était presque contradictoire dans les termes, c'était inadmissible, il fallait qu'elle qu'une femme soit d'abord sous la tutelle de son père dans la famille, puis passe sous la tutelle de son mari dans le couple et le nouveau foyer. Le mariage était essentiellement un changement de tu­telle, elle passait du père au mari. Or, le projet et la volonté d'Agathe était de manifester que son amour pour le Christ était tellement original et radical pour elle, que cela ne pouvait pas entrer dans le moule, et que par conséquent, elle voulait affirmer cette origi­nalité absolue de la consécration de sa virginité à Dieu.

C'est vrai qu'aujourd'hui, ce genre de signe et de comportement n'est pas toujours perçu de façon toujours aussi radicale, comme une rupture, comme un défi, parfois c'est entaché d'une sorte de sentiment de faiblesse, de recul, de peur, mais on voit bien en tout cas que pour Agathe ce n'était pas du tout le cas. Pour elle, c'était véritablement le fait de ne pas avoir peur d'affirmer même devant l'autorité romaine qui voulait la prendre pour épouse, que non, si elle ap­partenait au Christ, il n'y avait pas de concession pos­sible sur ce point-là.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public