AU FIL DES HOMELIES

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UNE FÉMINITÉ DONNÉE AU CHRIST

1 Co 1, 26-31 ; Mt 19, 3-12
Ste Agathe - (5 février 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Une féminité soignée pour le Christ

 

F

rères et sœurs, vous me permettrez aujourd'hui de prêcher sur un thème un peu frivole puisque c'est la fête de sainte Agathe parce que la plupart du temps on croit que l'Antiquité chrétienne a profondément méprisé la féminité. On se rappelle un certain nombre d'injonctions, notamment dans l'épître de Pierre, qui dit que les femmes ne doivent pas avoir de bijoux, de coiffures, etc … que la seule beauté c'est la beauté de leur âme ! Bref, tout ce discours extrêmement moralisateur qui à certains moments n'a pas tellement contribué aux industries du luxe.

Pourtant, il y a quand même de temps en temps une petite étincelle qui montre que les auteurs anciens, même si c'étaient de vénérables évêques qui avaient sans doute passé l'âge canonique, étaient quand même sensibles à cet aspect de la féminité qui s'appelle le charme. Précisément pour sainte Agathe, on trouve un petit détail non pas dans un récit de sa passion, dans un écrit d'un évêque originaire de Catane, donc il connaissait toute la tradition concernant le martyre de sainte Agathe, et à un certain moment, quand il fait l'éloge de sainte Agathe le jour de sa fête, il donne ce petit détail que je trouve assez sympathique. Jugez plutôt : "Par la lumière de la connaissance, par la couleur du sang de l'Agneau véritable, cette vierge, Agathe, embellissait et rougissait ses lèvres, ses joues, et sa langue". C'est évidemment une allusion au fait de se maquiller et de se farder. Dans l'Antiquité, les fards étaient l'objet d'horreur de tous les prédicateurs et des moines, mais là on dit : "au moment même où elle entre dans la mort pour être configurée à l'Agneau, c'est le sang de l'Agneau qui lui embellit les joues, les lèvres et la langue", comme si elle se fardait cette partie du visage qui apparaît pour lui donner plus d'éclat et plus de beauté. Ici, ce que Méthode de Catane veut dire, c'est qu'au moment même où cette jeune femme qui va être massacrée dans les arènes, s'avance vers la mort, elle garde le souci de sa féminité.

Il y a un deuxième petit épisode qu'on ne fête pas aujourd'hui, mais bientôt, c'est lorsque Perpétue et Félicité entreront dans l'arène à Carthage cinquante ans plus tard, en 303, une d'entre elles, au moment même où l'on va lâcher un taureau qui va foncer sur elles, elle prend son peigne, et se recoiffe. Là, c'est un récit d'un témoin qui dit : …"car elle avait compris qu'il ne convient pas qu'une jeune femme qui appartient au Christ apparaisse en tenue négligée devant le Christ". Je trouve cela absolument extraordinaire. Cela veut dire que le dernier souci de cette jeune femme, son dernier geste de piété et d'amour du Christ, c'est de se donner un coup de peigne. Rodin, le grand sculpteur, qui s'y connaissait en la matière, parce qu'il a eu pas mal de petites amies, disait que pour lui, il n'y avait jamais eu de geste qui l'avait autant inspiré dans sa sculpture que le geste d'une femme qui se donne un coup de peigne. Il trouvait que c'était le sommet de la féminité.

Ce n'est pas frivole en réalité. C'est le fait que lorsqu'on doit paraître devant Dieu, quand on entre dans cette aventure de la mort, je crois que chez les chrétiens de cette époque-là, surtout les persécutions de Dioclétien qui ont été les plus violentes, ces jeunes femmes très jeunes qui avaient à peine vingt ans, adoptaient une attitude de sorte de défi, comme si leur beauté, parce que c'étaient des jolies jeunes femmes, croyantes, baptisés mais jolies, ce qui ne gâche rien, le dernier souci qu'elles avaient, avant de paraître devant Dieu, c'est d'être aussi femme dans l'entrée du Royaume qu'elles ne l'avaient été durant leur vie. C'est très beau, parce que cela veut dire que même dans le martyre où apparemment la visée des persécuteurs c'est de détruire la personnalité, et apparemment le plus simple et le plus facile c'est de commencer par détruire chez la femme sa beauté, là, elles ont exactement le réflexe qui convient : si ma beauté appartient au Christ, tu ne peux rien contre moi. Comme geste inaugural du martyre, c'est à la fois un geste de défi à toutes les fausses puissances du monde qui s'imaginent pouvoir s'emparer de la personne en l'écrasant par la mort, mais c'est en même temps une sorte de défi à la mort qui consiste à dire : de toute façon, par tout mon être j'appartiens au Christ et je veux paraître devant lui aussi belle que Dieu m'a créée.

Cela peut nous aider à comprendre un peu à la fois le sens du martyre, ce n'est pas d'abord comme on l'a dit parfois ce goût un peu maladif d'autodestruction, mais c'est d'abord le fait que c'est dans le moment même où l'on témoigne du Christ jusque dans la mort, qu'on manifeste la plénitude ce que l'on est. Que ce soit Agathe, que ce soit Félicité ou Perpétue, elles ont eu comme jeunes témoins femmes de l'amour du Christ pour elles, elles ont eu ces gestes extraordinaires qui manifestent précisément leur manière d'aimer le Christ pleinement et totalement.

 

 

AMEN

 

 

 
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