AU FIL DES HOMELIES

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L'AMOUR OU LA RÈGLE ?

1 R 8, 22-29 ; Mc 5, 1-20
Ste Scholastique - (10 février 1994)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, c'est un concours de miracles qui a lieu aujourd'hui, c'est une course au mi­racle, d'une part ce miracle effectué par Jésus dans l'évangile et d'autre part, un petit texte rapporté par Grégoire le Grand dont le but est de montrer comment saint Benoît aussi auteur de miracles en Italie de son époque. Ce qui est intéressant, c'est qu'au cœur de ces miracles opérés par saint Benoît, il y a un contre-miracle, comme j'ai envie de l'appeler, opéré par sa sœur, sainte Scolastique.

En effet, Benoît est Scolastique avaient l'ha­bitude de se rencontrer une fois par an, pour discuter et parler de choses très spirituelles. Cette fois-là, la nuit tombe, ils mangent ensemble, et selon la règle, le père abbé ne peut pas dormir en-dehors du monastère. "Saint Benoît dit à sa sœur : je dois te laisser, je dois partir et rentrer chez moi. La moniale, lorsqu'elle entendit le refus de son frère, posa ses mains, les doigts joints sur la table, inclina la tête sur ses mains pour prier Dieu le Tout-Puissant. Quand elle releva la tête au-dessus de la table, les éclairs et le tonnerre éclatèrent avec une telle force, un tel déluge se mit à tomber que, ni le vénérable Benoît, ni les frères ne purent faire un pas hors de la maison où ils étaient réunis. Alors, l'homme de Dieu tout triste se mit à se plaindre : que Dieu tout-Puissant te pardonne, ma sœur, qu'est-ce que tu as fait ? Elle répondit : je t'ai prié et tu n'as pas voulu m'entendre, j'ai prié mon Dieu, et Il m'a entendu. Maintenant, sors si tu peux, quitte-moi et retourne au monastère. Lui qui n'avait pas voulu rester demeura là malgré lui, et c'est ainsi qu'ils passèrent toute la nuit à veiller et ils se rassa­sièrent de leurs entretiens et de leurs échanges sur la vie spirituelle". Le texte conclut : "Il n'est pas éton­nant qu'une femme l'ait emporté sur lui, car selon la parole de saint Jean Dieu est amour, et par un juste jugement, celle qui a aimé davantage a été la plus puissante".

Je crois que c'est un texte qui a le mérite de contrebalancer la vie monastique et la règle monasti­que. C'est vrai que très souvent, la règle monastique est vue comme un lieu d'approche dans le sens du permis et du défendu. Ce qui est très beau, c'est que la perfection féminine qui ressort de cette femme, sainte Scholastique, vient en quelque sorte redresser la sainte règle pour rappeler que l'on ne suit pas la règle pour suivre la règle. La règle est là pour nous aider à aimer. Cette rencontre entre Benoît et sainte Scolasti­que, me fait penser à ce récit du péché originel. Dans le péché originel, la faute de l'homme est d'exclure la femme après le péché. C'est la facilité avec laquelle nous avons nous, les hommes, de nous abriter derrière la règle afin de vivre ce que nous voulons vivre. Ce que nous rappelle sainte Scolastique, c'est que ce que nous demande le Seigneur, ce n'est pas d'utiliser la règle pour notre propre bien, pour notre propre faci­lité, mais au contraire, que cette règle est là pour faire grandir l'amour. Et par conséquent je crois que cette petite phrase dite sur sainte Scolastique, de rappeler que si elle a été exaucée, c'est parce qu'elle a beau­coup aimé. Cela remet en lumière le fait que toute règle qui devrait éclairer l'agir de tout chrétien, de toute moniale, de tout moine, est la seule règle de l'amour, et que cette règle de l'amour n'est jamais arrêtée par une simple règle humaine. D'autre part, cette parole dite sur sainte Scholastique nous renvoie d'une certaine manière à cette pécheresse qui est venu aux pieds de Jésus, qui est venue pleurer ses péchés.

Je crois qu'effectivement, au-delà de la vie de sainte Scholastique, cela nous rappelle que dans le projet que Dieu a sur nous-même et dans la manière dont nous organisons notre vie, rien n'est jamais étranger à ce projet de vie et tout peut être intégré dans le projet de vie que Dieu a sur nous et peut être aussi intégré dans la règle de vie chrétienne.

Alors, frères et sœurs, sainte Scholastique n'a pas beaucoup parlé, elle n'a pas laissé de règle, elle n'a pas laissé d'écrits, la seuls qu'on retient d'elle, c'est ce petit miracle. Dans ce petit épisode, elle ne parle pas, elle est assise à une table, elle joint ses mains, elle prie, et elle est écoutée par le Seigneur Dieu. Que notre prière soit aussi purifiée par l'amour de Dieu et qu'à l'image de l'amour de Dieu, nous sachions être audacieux dans notre vie pour nous faire écouter à la fois de ceux qui nous entourent et à la fois de Dieu, afin que la règle qui puisse primer dans notre vie soit la règle de l'amour tout entier.

 

 

AMEN

 

 
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