AU FIL DES HOMELIES

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CONVERSION DE SAINT PAUL SELON SAINT LUC

Ac 9, 1-22; Mc 16, 15-18
Conversion de St Paul - (25 janvier 2001)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


L

es exégètes et les spécialistes du Nouveau Testament l'ont souvent noté et souligné, saint Luc est un excellent narrateur, on dirait même presque, un excellent conteur. A la fois, il a des sources historiques, très précises auxquelles il a voulu se référer, mais en même temps, dans sa manière d'écrire, de présenter ces évènements, il y a toujours comme des harmoniques, des accords, des consonances et des résonances avec d'autres épisodes du Nouveau Testament. Un des cas les plus connus c'est le fait qu'Etienne au moment où il meurt, dit les paroles mêmes de Jésus en croix : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". On veut manifester par là que la mort des témoins les assimile au Témoin par excellence qu'est le Christ, et que le Christ en mourant est le témoin du pardon du Père et que les martyrs vont être à la suite d'Etienne les témoins du pardon de Dieu pour le monde au moment du déchaînement de la violence.

      Lorsqu'il s'agit de la conversion de Paul, Luc utilise le même art de la connotation et de l'harmonisation du récit. Je ne sais pas si cela vous a frappé en écoutant tout à l'heure ce très beau récit de la conversion de Paul, en fait, cela ressemble étrangement à la Passion du Christ. Une Passion du Christ dans laquelle un des protagonistes commence du côté de la violence, du côté des bourreaux, c'est ce Saoul, pharisien, totalement persuadé qu'il faut persécuter les chrétiens, c'est ce pharisien qui n'hésite pas à recourir à la violence, à la condamnation, à l'approbation du meurtre pour sauvegarder la vérité de la Loi et la vérité du Judaïsme dont il se sent l'héritier et le propagateur. Or, indépendamment de la manière dont on l'a représenté ensuite, tombant de son cheval, terrassé, en réalité le moment même de l'apparition de Jésus, de la conversion c'est : "Je suis Jésus que tu persécutes". Le Christ qui lui apparaît, c'est le Christ souffrant, c'est le Christ de la Croix. Je crois que le moment même où Paul est terrassé c'est le moment du calvaire. C'est le calvaire que Jésus rappelle à Paul, calvaire que Paul continue dans la persécution des témoins et des disciples de Jésus. Le moment même où Jésus ressuscité, Jésus exalté, Jésus Seigneur, Il choisit d'apparaître à ses disciples comme le crucifié, comme le persécuté, comme Celui qui continue à souffrir dans la personne des disciples que Paul poursuit, veut emprisonner et veut mettre à mort.

       Et après trois jours, dans l'aveuglement, le silence, ce sont les trois jours du tombeau. Paul va passer, basculer de l'autre côté, là il était du côté du persécuteur, et tout d'un coup, il est littéralement mis au tombeau. Pendant ces trois jours, il ne voit plus, il n'entend plus, il ne mange plus, il est complètement assimilé à ce moment de silence qui sépare le moment de la mort du moment de la résurrection. C'est alors qu'intervient Ananie, qui intervient exactement comme les saintes femmes au tombeau. Ananie vient lui annoncer la nouvelle de la Résurrection. Paul est un nouveau témoin, mais d'une autre manière, il entre dans le chœur des témoins par les témoins. Il entre dans la proclamation de la Bonne Nouvelle de l'évangile par l'Église. Et c'est à partir de cet instant qu'il va pouvoir être totalement configuré au Christ, non pas par lui-même, non pas indépendamment par un chemin parallèle, mais par l'Église. Il reçoit son matin de Pâques, Paul, et au lieu que ce soient Marie-Madeleine et les saintes femmes, c'est Ananie.

       Le baptême de Paul, ce n'est pas simplement le moment où Ananie vient le baptiser, ce n'est que l'achèvement, mais le baptême de Paul, c'est la grâce que lui fait Jésus de lui apparaître comme le Christ persécuté, le Christ quasiment crucifié, de le faire entrer dans le mystère de sa mort, et de le faire passer de sa mort à sa Résurrection par le mystère de l'Église. C'est vraiment cela que Paul a vécu. Il peut donc se prévaloir d'avoir vécu à sa manière, d'une façon tout à fait originale et singulière que le Christ a voulu pour lui, son mystère pascal.

       Evidemment, nous ne serons jamais vraiment terrassés sur le chemin de Damas, j'espère que nous n'aurons pas trois jours d'aveuglement ni de surdité totale. Il n'empêche que notre vie a quelque chose de cela. Il n'empêche que chaque jour, nous sommes remis en face du Seigneur de la Gloire, mort et ressuscité pour nous. Il n'empêche que dans nos itinéraires de foi, il y a ces moments de silence et de tombeau, dans lesquels on ne comprend plus, et dans lesquels on n'entend plus la voix du Christ, et puis, il y a ces moments de résurrection, il y a ces moments où nous nous retrouvons dans le communauté ecclésiale, et que ce n'est pas à nous-mêmes que nous nous annonçons le salut du Christ ressuscité, mais nous le serons de tous les Ananie, les Marie-Madeleine, des apôtres, des témoins de l'Église qui nous annoncent ce témoignage et qui nous portent chacun d'entre nous dans ce témoignage.

       AMEN


 

 
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