AU FIL DES HOMELIES

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QUE DOIS-JE FAIRE DE BON ?

Ep 6, 10-18 ; Mt 19, 16-21
St Antoine, ermite - (17 janvier 1991)
Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est en entendant cette même parole de l'évangile :"Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux, puis viens et suis-Moi !" c'est en entendant exactement cette parole que vers 280 un jeune homme Antoine s'est converti et entra dans la vie monastique sous une forme d'érémi­tisme absolu.

Ce texte, nous le connaissons fort bien. Il est capital pour que nous puissions le saisir et vivre ce qui est une des articulations fondamentales de notre vie chrétienne. Le jeune homme qui pose à Jésus la question : "Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ?" pose une question d'une très grande justesse. Ce qu'il dit est absolument vrai. Et cette vérité, je crois que nous ne l'avons pas encore tous bien découverte. A la question : "A quoi sert la morale ?" que répondriez-vous immédiatement ? Lui, il a répondu : "A la vie éternelle !" Il n'y a que cette réponse qui est juste, il n'y a que la vie éternelle qui soit une raison et un motif de la morale chrétienne. Il n'y en a pas d'autre. Tout autre raison, tout autre explication, tout autre argumentation est fausse et l'histoire d'une certaine vie chrétienne moralisante nous le prouve.

"Que dois-je faire de bon ?" Il s'agit donc de "faire" quelque chose. Il s'agit d'une action, il s'agit d'un agir et pas simplement d'une conviction inté­rieure, d'une foi religieuse. Il ne s'agit pas simplement d'une adhésion à des principes, même s'ils sont par­faitement formulés. Il s'agit de "faire". Et Jésus ré­pond : "Observe les commandements !" Mais avant d'exiger cette observation des commandements, il y a ces trois mots : "Si tu veux !" Il n'y a pas de comman­dement sans liberté. Il n'y a pas de principes moraux qui ne s'adressent d'abord à notre liberté. Ce qui veut dire que, dans la foi chrétienne, la morale ce n'est pas d'abord un ensemble de prescriptions extérieures qui nous tomberaient dessus. C'est d'abord une conviction intérieure adressée à notre liberté : "Si tu veux !" Et hors de ce "Si tu veux !" il n'y a pas de morale dans l'Église, il n'y a pas de morale vraie dans la vie hu­maine, même en dehors de la foi religieuse.

La vie éternelle et la liberté, ce sont les deux termes essentiels de la morale, c'est-à-dire ce sont les deux dynamismes qui doivent se retrouver pour nous conduire au bonheur. La vie éternelle est un don, elle vient de Dieu. La liberté est une disposition que nous avons. Et la conjonction des deux, c'est la morale. Il y vient des commandements qui viennent de Dieu, que nous n'avons pas à choisir, nous n'avons pas à faire notre morale, ni à choisir nos valeurs, mais nous avons à choisir de les recevoir de Dieu dans la liberté ce qui veut dire dans la connaissance, ce qui veut dire dans l'appréciation, ce qui veut dire dans l'estime c'est-à-dire dans la reconnaissance que ces principes sont un chemin intérieur à notre vie et à notre cœur, un chemin que trace en nous la venue de la vie éter­nelle et la venue du bonheur.

Et il y a une troisième étape de la liberté. C'est que non seulement elle est faite pour recevoir la formulation du commandement, mais ensuite pour recevoir Quelqu'un ce qui est l'étape absolument nécessaire. "Si tu veux !" observe les commandements. "Si tu veux viens et Suis-Moi !" car les commandements, c'est Moi, le Christ, Parole de vie, Parole de vie éternelle, Parole de vie humaine, Parole de valeur humaine, c'est-à-dire un commandement : "Ce que je vous commande, c'est de vous aimer !" mais c'est Moi l'amour. Dans le cœur de Dieu, dans le cœur du Christ, il n'y a pas de différence entre le commandement et Lui-même. Simplement, il y a une distinction pédagogique pour que nous puissions, dans notre raison, dans notre sagesse, reconnaître et accepter comme compréhensible ce que Dieu nous demande.

"Si tu veux, Suis-Moi !" Voilà la seule vérité de toute morale, voilà dans quelle conscience chré­tienne doit être reçu tout commandement. Un com­mandement, qu'il soit de Dieu ou de l'Église, s'il n'est pas reçu dans une conscience libre, et c'est le Christ qui est notre liberté, ne nous conduira jamais ni à la perfection humaine, ni à la sainteté chrétienne. Nous faisons fausse route et ceci est un des grands obstacles à notre avancée vers le bonheur de Dieu.

Un autre élément : "Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres !" Toute décision libre d'ac­ceptation et de réception du commandement, toute rencontre libre avec Dieu ne peut jamais se faire dans une relation individualiste de Lui à moi, mais toujours dans la relation communautaire. La morale chrétienne nous met immédiatement en relation avec la personne de Jésus c'est-à-dire de ses frères. Toute vie morale qui reste dans notre propre conscience, dans les pro­pres limites de notre raisonnement ou de nos choix personnels ou individuels, ne peut pas trouver l'ex­pansion évangélique qui lui est nécessaire.

Que ces quelques propos nous rappellent cette exigence fondamentale de toute vie, que tout agir, intérieur ou extérieur, vient de Dieu, qu'il nous est donné par Lui sous la forme de commandement parce qu'Il s'adresse à notre raison, à notre capacité de com­préhension, à notre intelligence, mais que la réponse vraie c'est celle du cœur. "Suis-Moi !" Et c'est dans cet accord, toujours renouvelé, toujours approfondi c'est-à-dire toujours plus heureux, entre le commandement et sa conscience, c'est dans cet accord que résonne déjà en nous le bonheur de la vie éternelle.

Que saint Antoine puisse nous aider, dans sa prière et son exemple, à mieux comprendre que ces chemins parfois exigeants, durs, douloureux ne sont pas faits pour nous écraser ne sont pas faits pour nous diminuer ou nous humilier mais, au contraire, qu'ils sont les voies par lesquelles Dieu infiltre, lentement, douloureusement parfois, son bonheur et sa vie éter­nelle en nous. Alors nous serons capables d'avoir par rapport aux commandements non pas un rejet immé­diat, non pas une critique, non pas une grande interro­gation pour savoir si nous en sommes capables ou pas, mais simplement d'accueillir ces paroles comme étant la vie même de Dieu que nous accueillons dans une conscience libre, dans une conscience heureuse. Que Dieu vienne Lui-même à notre rencontre et ré­alise ce bonheur qui n'est rien d'autre que de le suivre.

 

 

AMEN

 

 
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