AU FIL DES HOMELIES

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SAINT FRANCOIS DE SALES

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 2004)
Samedi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saugues : Saint François de Sales

S

aint François de Sales est une personnalité tellement riche que vous me permettrez d'en évoquer simplement trois aspects mais qui sont très importants.

Le premier aspect de sa figure de sainteté, c'est qu'il est européen. Nous autres, français, nous n'avons aucun scrupule à attribuer à note culture française un certain nombre de personnes qui ne sont pas tout à fait du patrimoine, car, contrairement à ce qu'on pense, saint François de Sales n'est pas français. Il est savoyard, c'est-à-dire qu'il appartient à la royauté de Piémont-Savoie, c'est-à-dire le royaume qui est à cheval sur les Alpes. D'autre part, il est évêque de Genève, et ce serait un anachronisme de dire que Genève était Suisse à l'époque parce que je crois que même encore aujourd'hui, elle ne l'est pas vraiment. Donc, c'est tout dire : évêque de Genève, savoyard, parlant français. Je crois qu'on ne peut pas imaginer une plus riche diversité. C'est la première chose.

Le génie de saint François de Sales, c'est d'avoir bien vécu tout cela. Il y a des gens qui sont étonnés qu'on puisse appartenir à l'Europe, parce que cela semble l'appartenance à sa patrie, or, pour saint François de Sales, ce n'était pas du tout cela, au contraire, il vivait déjà dans cette pluralité d'échanges qui n'était pas très facile, parce que chaque fois, il fallait franchir les Alpes, et c'est d'ailleurs en Italie que François de Sales quand il était jeune juriste, a fait une grande partie de ses études à Turin. C'est là qu'il a trouvé les principes d'inspiration et de son humanisme, et également qu'il a vu les premiers modèles pastoraux réalisés de l'autre côté à Turin, il a été le bénéficiaire direct de saint Charles Borromée qui avait été à cette époque-là la figure de proue de la réforme du Concile de Trente. Donc, contrairement à ce qu'on pense, c'est plus la langue française et la culture française qui doivent à saint François de Sales, que François de Sales ne doit à la culture française. Il est précisément un pont jeté par-dessus les Alpes, et il faut avoir du coffre pour faire un pont par-dessus les Apes, et il a fait un pont à la fois de culture, de spiritualité, d'échanges, d'humanisme, et tout ce qu'il a apporté, il l'a échangé, et il a fait que cela rayonne à partir de lui. C'est la première chose.

La deuxième chose qui en découle directement, c'est qu'il a eu une pastorale très originale. Il faut dire qu'il n'avait pas été gâté quand on l'avait choisi comme évêque de Genève. D'une part, ce n'est pas toujours très sympathique d'être nommé évêque d'une ville qui n'existe plus, en tout cas comme ville catholique, parce que Genève était complètement contrôlée par les héritiers de Calvin, et j'aime autant vous dire que c'était l'Inquisition version calviniste. Il n'était pas question de vouloir réclamer son siège d'épiscopal. François de Sales aurait très bien pu dire : je n'ai plus ma ville épiscopale, que vais-je faire ? Or, cet homme a eu une pastorale adaptée en fonction des situations. C'est le premier saint moderne de ce point de vue-là, du point de vue des pasteurs, un peu comme saint Charles Borromée, son prédécesseur, qui ont compris qu'on ne pouvait plus perpétuer les modèles du Moyen-Age. Donc, la figuration géographique, religieuse du pays ayant changé, il serait évêque à Annecy (faute de grives, on mange des merles), le paysage était tout à fait charmant aussi parce qu'il y a le lac, les montagnes, tout ce qu'il faut, mais il fallait aussi faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Par conséquent, saint François de Sales s'attachera à inventer une nouvelle pastorale extrêmement courageuse. C'est une pastorale très physique parce qu'il faut aller dans les villages de montagne, or ce n'est pas un pays plat, comme vous pouvez imaginer, c'est avec la mule ou le cheval, faire les tournées de confirmation, etc … réinventer de nouveaux modèles pastoraux en fonction de la situation.

C'est tellement original qu'il est tombé sur cette jeune veuve, la baronne Jeanne de Chantal de Frémiot, pour laquelle il a eu un petit coup de cœur spirituel, et il l'a trouvée très bien, mais elle était très complexée, très compliquée, la baronne de Chantal. Il a réussi à faire de cette jeune femme, jeune veuve tout éplorée de la mort de son époux dont elle était follement amoureuse, il a réussi à en faire la fondatrice des visitandines, même à lui faire trouver une forme de voie apostolique, de présence au milieu de la ville d'Annecy qui était tout à fait originale. Plus tard, l'évêque de Lyon qui était un peu plus "réac" a complètement transformé le modèle des visitandines que l'on connaît actuellement. Mais à l'époque il faut imaginer les visitandines en plein vent de la ville d'Annecy qui n'était d'ailleurs qu'un petit village, ce n'était pas grand-chose. C'est l'homme qui a le sens d'une pastorale des situations.

La troisième chose que je trouve admirable chez lui, c'est qu'il avait à la fois un tempérament qui était de feu, parce que rien ne lui résistait, vraiment, quand il voulait quelque chose, il fallait que cela se passe, mais avec une douceur extraordinaire. C'est généralement une grande qualité des doux que d'être têtu. Je crois qu'il a vraiment cette extraordinaire douceur, mais qui ne cède sur rien. Donc, à cause de cette douceur, il est capable de faire passer véritablement le message dont il est investi comme évêque. Je pense que c'est précisément cette grande douceur et cette grande proximité qui lui ont permis d'être l'auteur de ce qu'on appelle "L'introduction à la vie dévote". Qu'est-ce que c'est que cette "introduction à la vie dévote" ? C'est un des très grands manuels de vie spirituelle, non pas pour des figures idéales de sainteté, style "cape et épée", mais c'est la sainteté quotidienne, simple, vécue dans la douceur et la confiance. C'est à juste titre que le mouvement moderne fondé par le Père Caffarel, les équipes Notre-Dame, a comme références la spiritualité de saint François de Sales. On peut le dire, il est le premier qui explicite, dans ce traité de la vie dévote, comment on peut vivre pour Dieu.

Aujourd'hui, il est vrai que le terme de "dévot" a une connotation un peu niaise, il y a la cabale des dévots, cela nous fait un peu sourire, cela fait penser à de la spiritualité sucre d'orge, mais en fait, la dévotion c'est le fait d'être totalement consacré à Dieu. L'intuition profonde de saint François de Sales, c'est qu'il faut que tous les chrétiens, parce que baptisés, soient totalement consacrés à Dieu. C'est cela la vie dévote, c'est le fait de pouvoir la vivre aussi dans l'état de mariage. Et ce livre est truffé de réflexions tout à fait savoureuses, qui sont le résultat de sa réflexion pastorale. Je vous en livre une, simplement, que j'ai toujours trouvé absolument excellente et pour ma part, que j'essaie de mettre comme critère de ma propre vie, et je pense que vous pourriez faire la même chose. A un moment donné, il explique que les gens ne sont jamais contents de l'état dans lequel ils se trouvent. S'ils sont mariés, ils disent que la vie des prêtres doit être plus facile, s'ils sont prêtres, ils pensent que la vie des gens mariés est plus facile. Saint François de Sales dit que c'est la pire des illusions que de croire qu'on serait toujours heureux ailleurs. Précisément, il développe à ce moment-là tout le thème que puisque c'est Dieu qui nous a voulu "là", c'est là qu'on peut trouver notre bonheur. C'est une des grandes clés du bonheur des chrétiens, car les chrétiens sont ceux qui croient que le bonheur que Dieu veut donner, c'est Lui-même et qu'il n'y a pas de conditions au bonheur de Dieu. Cette manière très simple, très concrète, très juste d'appréhender ce qu'est la vie avec Dieu, la recherche de Dieu, je crois que c'est saint François de Sales qui l'a trouvé de façon aussi simple. C'est pour cela qu'il y a cette légendaire douceur de saint François de Sales, car je crois que c'était un homme profondément heureux, même si il pouvait avoir les situations les plus délicates et du point de vue pastoral et du point de vue de la gestion concrète de son diocèse.

Je pense que nous pouvons le prier aujourd'hui pour lui demander de nous faire la grâce de ce qui a été la grâce de sa vie : celle de savoir trouver Dieu là où Il est, c'est-à-dire là où nous nous trouvons. Au fond, je pense que c'est là le secret de ce qu'il appelait lui, la vie dévote, c'est de pouvoir trouver Dieu là où Il veut se donner, c'est-à-dire là où Il nous a mis.

 

AMEN

 

 

 

 
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