AU FIL DES HOMELIES

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VIVRE POUR DIEU

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Conques : Saint François de Sales

J

 

e ne connais pas de figure plus merveilleuse et plus sympathique dans toute l'Église de France au dix-septième siècle, que celles extrêmement proches de saint François et de saint Vincent de Paul. François de Sales a eu un mot extraordinaire sur Vincent de Paul. Il se trouve que, allant prêcher à Paris, saint François de Sales a voulu rencontrer saint Vincent de Paul qui était alors très malade. Ils ont eu une conversation somme toute assez simple sans s'élever sur des considérations extraordinaires, ils ont prié un peu ensemble, et en sortant, saint François de Sales, et c'est révélateur des deux personnages, saint François de Sales a dit : "Comme Dieu doit être bon pour que le reflet de sa bonté qu'on lit sur le visage de Monsieur Vincent soit si beau et si grand !"

Je crois que cela nous dit ce qu'était la sainteté de Vincent de Paul, le reflet du visage de Dieu, mais cela nous dit aussi toute la spiritualité salésienne, c'est-à-dire que la sainteté se reflète sur le visage. Pour comprendre cela, il faut imaginer l'état extrêmement délabré de la vie spirituelle à la fin du seizième et au début du dix-septième siècle. La Réforme a créé une division profonde à l'intérieur de la chrétienté, et tant du coté catholique que du côté protestant, cela a engendré une sorte de psychose de l'inquiétude religieuse. Qui est dans la vérité ? et par conséquent qui sera sauvé ? Le christianisme de cette époque n'est pas très éclairé parce que les prêtres s'occupent de beaucoup d'autres choses que de prêcher, et c'est aussi un christianisme très angoissé et très inquiet. A tel point que saint François de Sales lui-même, quand il était plus jeune, a eu une sorte de crise d'angoisse extrêmement profonde pour savoir s'il serait sauvé. Et ce que voulait faire le concile de Trente, c'était précisément, par un travail de pastorale, de prédication, de commentaire de la Parole de Dieu, de redonner petit à petit aux catholiques une sorte de confiance, de paix dans la relation avec Dieu. Et il faut bien dire que celui qui y a le mieux réussi, c'est incontestablement saint François de Sales.

Il a eu cette intuition extrêmement profonde que tout ce que nous sommes est pour la gloire de Dieu. Vous me direz : ce n'est pas très original. A l'époque ça l'était beaucoup. A l'époque, on avait très tendance à enfermer le comportement religieux dans un certain nombre de convenances et beaucoup de gens, dans les milieux catholiques, pensaient que la religion, c'était pour les prêtres, que les fidèles faisaient ce qu'ils pouvaient en essayant d'accomplir leur devoir d'état. Or ce que saint François de Sales a voulu pour son diocèse, pour ses fidèles, c'est que le devoir d'état soit la source même, le lieu même de la manifestation de la sainteté de Jésus-Christ. C'est cela qu'il prêchait, c'est pour cela qu'il a donné sa vie à son diocèse, à son Église, et c'est cela qu'il a écrit. Et pour cela par le fameux ouvrage intitulé : "L'introduction à la vie dévote", saint François de Sales introduit ses fidèles, en l'occurrence une jeune dame de la région qui lui demande des conseils spirituels, et c'est la correspondance entre elle et lui qui a formé la base de cet ouvrage, à la vie dévouée à Dieu. Dévot ne veut pas dire comme on l'a cru plus tard, pieux, engoncé dans une sorte de comportement religieux un peu factice, mais au contraire, dévot veut dire dévoué, donné à Dieu.

Précisément ce que saint François de Sales essaie d'expliquer, à longueur de pages, c'est que tous les états de vie, quelles que soient les situations, sont toujours des occasions d'être et de vivre pour Dieu. Cela a été une sorte de rayon de soleil extraordinaire, non seulement dans le diocèse d'Annecy, mais également sur beaucoup de régions de France, notamment le Lyonnais, sur le Dijonnais aussi, où il a trouvé sa grande amie de cœur, Sainte Jeanne de Chantal, puis aussi à Paris où il a prêché de nombreuses fois, et sa parole, son éloquence étaient extrêmement goûtées, mais plus encore la tonalité, le tonus spirituel qu'il y avait dans sa parole. Malheureusement tout cela sera balayé par deux grands fléaux, pardonnez-moi l'expression, d'une part les Jésuites, et d'autre part le Jansénisme.

En effet, je crois que tout ce qu'avait essayé de proposer ce merveilleux personnage qu'était saint François de Sales a été en une génération ressaisi par le phénomène de la direction spirituelle des jésuites qui ont exercé une emprise de plus en plus forte, ce qui a déchaîné Pascal à propos de la casuistique dont les jésuites se faisaient les champions. Ils dissociaient tellement la vie spirituelle d'une part et la vie profane de l'autre qu'ils arrivaient à trouver toutes les combines qui permettaient de respecter l'extérieur de la religion en faisant n'importe quoi dans la vie mondaine ce qui était donc une perversion de ce que saint François de Sales avait perçu de façon si géniale.

D'autre part, plus redoutable encore, la vague janséniste qui, en quelques années, va replonger toute la France catholique dans cette vague d'angoisse sur la prédestination, savoir si on était fait pour le paradis ou pour l'enfer, cette espèce de visage de Dieu extrêmement sévère et vis-à vis-duquel (comme on ne connaît pas le secret de ses desseins) on est terrorisé en attendant le verdict final.

Heureusement, toute la prédication, toute la correspondance de saint François de Sales nous est restée et, peut-être de façon moins efficace qu'on aurait pu le souhaiter, a quand même tracé son sillage, à travers un certain nombre de grandes figures spirituelles tout au long des siècles qui l'ont suivi. Je pense qu'un des cas les plus notoires à notre époque, c'est tout le mouvement des équipes Notre-Dame qui a retrouvé précisément dans ce véritable sens de la vie dévote, c'est-à-dire de la vie dévouée totalement à Dieu, les racines profondes de sa spiritualité de la vie conjugale.

Au cours de cette eucharistie, prions saint François de nous obtenir cette sainteté qui a une couleur très humoristique, très fine, très humaine et presque tendre. Il y a une sorte de tendresse dans l'œuvre de François de Sales. Il ne se fâche jamais, c'était un doux, un doux têtu comme tous les doux, mais un doux. Demandons-lui de réveiller en notre cœur ce sens merveilleux du fait que toute notre vie, quoi qu'il nous arrive, est donnée pour célébrer, pour chanter l'amour de Dieu pour nous, et pour donner à Dieu tout ce qu'Il nous a donné.

 

AMEN

 
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