AU FIL DES HOMELIES

Photos

LES PETITES CHOSES DE LA VIE

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 1986)
Vendredi de a troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Michel MORIN

Mazans : Saint François de Sales

 

S

aint François de Sales est probablement un des plus beaux témoins de l'histoire de la sainteté en France; non pas d'abord à cause de sa beauté physique, spécialement de son visage qui rayonne d'une grande douceur, d'une grande ten­dresse, d'une grande miséricorde; non seulement à cause de son élégance ou de sa distinction naturelle, mais bien plus encore, plus profondément parce que dans sa vie intérieure et son apostolat d'évêque il a parfaitement correspondu à ce que Dieu disait dans le prophète Jérémie : "Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, ils vous conduiront avec intelligence et sagesse."

La sainteté de saint François de Sales a eu un très grand rayonnement et probablement rayonne en­core aujourd'hui, non pas donc à cause de ce qu'il fut ou de ce qu'il a fait extérieurement, lui qu'Henri IV appelait "le phénix des évêques", mais à cause de son cœur, de l'intelligence et de la sagesse divine que Dieu y avait déposées et qu'il a su cultiver, dont il a su récolter les fruits et les partager avec son peuple. Pour nous, aujourd'hui, je développerai un seul aspect de cette sagesse et de cette intelligence qui a rayonné du cœur de ce pasteur, c'est son attention à la vie chré­tienne.

Avec saint François de Sales, c'est un des grands renouveaux de la vie spirituelle de l'Église qui a commencé, et spécialement de la sainteté des laïcs. Il écrivait dans une de ses lettres à ses philothées : "Ne désirez pas les croix, sinon à mesure que vous aurez bien supporté celles qui se seront présentées. Nous combattons les monstres d'Afrique en imagina­tion, et nous nous laissons tuer en effet, aux menus serpents qui sont en notre chemin, faute d'attention."

Contre la tentation de l'orgueil de sculpter sa propre statue, Saint François de Sales propose la déli­catesse de l'amour qu'est le véritable renoncement. Toujours dans la même lettre, il écrit : "Ces petites charités quotidiennes, ce mal de tête, ce mal de dents, cette génuflexion, cette bizarrerie du mari ou de la femme, ce cassement d'un verre, ce mépris ou cette moue, cette perte de gant, d'une bague ou d'un mou­choir, cette petite incommodité que l'on se fait d'aller coucher de bonne heure ou de se lever matin pour prier, bref, toutes ces petites souffrances étant prises et embrassées avec amour, contentent extrêmement la Bonté divine, laquelle pour un seul verre d'eau a promis la mer de toute félicité à ses fidèles."

On pourrait sourire, et vous le faites, mais vous comprenez bien qu'à travers cette parole de saint François de Sales, ce qui est engagé, c'est beaucoup plus que ce qui est ici matériellement décrit. La sain­teté que François a proposée et dont il a été l'initiateur aux laïcs, c'est celle de la délicatesse dans les toutes petites choses de la vie. C'est justement la marque de la grandeur de son âme et de sa sainteté. Et au dix-septième siècle, écrire ceci à des personnes de grande condition, c'était une véritable révolution spirituelle. Cette simplicité, cet équilibre a recentré la sainteté sur le cœur même de ce qu'elle est, c'est-à-dire la pré­sence de Dieu à chaque instant de notre vie. C'est cela d'ailleurs qui sera aussi la sainteté de Thérèse de Li­sieux qui est probablement une des filles spirituelles de cette sainteté proposée par saint François de Sales.

Ainsi, la sainteté n'est plus une affaire héroï­que. Il ne s'agit plus de faire carrière dans les ordres monastiques ou dans la hiérarchie, il s'agit simple­ment d'ouvrir son cœur, à chaque instant de sa vie, à cette présence de Dieu. Ainsi, il écrit encore : "La patience, le pardon, la fidélité sont autant de vertus courantes qui forment le secret de la disponibilité à Dieu et le creuset de la grâce pour recevoir la sain­teté de Dieu."

Saint François de Sales nous invite chacun aujourd'hui à retrouver le sens de chaque instant de notre vie, de chacune des occupations de nos jour­nées, de chaque acte de notre existence. Il écrivait aussi : "Le temps seul est perdu dont l'amour est ab­sent." Il s'agit donc de retrouver l'éternité de l'amour de Dieu dans notre propre vie. Et un penseur contem­porain disait, dans le même sens : "Tout ce qui n'est pas de l'éternité retrouvée, c'est du temps perdu !" Et cette éternité se retrouve, non pas dans les grandes choses, non pas dans une vie mystique extérieure ou très lointaine, mais a l'intérieur même des tous ces événements, extérieurs ou qui viennent de nous-même et qui tissent notre vie d'aujourd'hui, c'est-à-dire où Dieu tisse sa sainteté et sa perfection.

Un témoin disait de saint François de Sales : "Sa parole extérieure n'interrompait jamais sa parole intérieure, c'est une chose rare." Que notre vie extérieure, celle qui compose nos journées, n'inter­rompe jamais notre vie intérieure, parce que notre vie intérieure aura intériorisé tout ce que nous faisons, tout ce que nous pensons, tout ce qui fait notre vie. Alors, vraiment, peut-être beaucoup plus que nous le pensons, la sainteté de Dieu s'imprimera en nous et nous deviendrons, comme saint François de Sales, rayonnants de sa beauté.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public