AU FIL DES HOMELIES

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UN ÉVÊQUE MODERNE

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 1989)
Mardi de a troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Saturnin : Saint François de Sales

 

T

rois mots pour caractériser saint François de Sales. Le premier est "douceur". A une épo­que où les hommes s’entredéchiraient pour des questions de foi, d’appartenance à une Église, où la Réforme s’installait avec Calvin à Genève dont saint François de Sales était évêque, à cette époque où catholiques et réformés, se haïssaient, saint Fran­çois de Sales n’a pas connu d’autre arme que la dou­ceur évangélique. Il n’a jamais voulu ni convaincre de force, ni pourchasser les hérétiques, mais il allait à travers les zones de son diocèse où il pouvait encore se rendre présent, car Genève, sa ville épiscopale lui était interdite, et elle est toujours interdite comme ville épiscopale, aujourd’hui encore il n’y a pas d’évêque à Genève. Il allait à cheval, de paroisse en paroisse, pour prêcher inlassablement, humblement, aux paysans en essayant de leur dévoiler la vrai foi.

Douceur également, parce que saint François de Sales qui a été un grand maître spirituel, un grand "directeur de conscience", un mystique, ne donnait pas de directives strictes et bien précises, mais il ai­dait ceux et celles qu’il conduisait dans les voies du Seigneur, à découvrir ce chemin de tendresse qui s’est résumé dans son Traité sur l’amour de Dieu qui déjà centre toute notre vie sur l’amour que Dieu a pour nous, et l’amour qui jaillit de notre cœur en réponse à cet amour. Douceur car il n’a jamais cessé de prêcher Jésus doux et humble de cœur et non pas le Justicier terrifiant qui était à la mode dans beaucoup de prédications de cette époque.

Le deuxième mot est celui de "fermeté", car cet homme d’une grande tendresse et délicatesse, a été aussi un homme d’une grande obstination et d’une grande ténacité. A l’égard de sa famille, d’abord, qui s’est opposée à sa vocation. Il était d’une famille no­ble qui avait fait beaucoup de rêves à son sujet, sur la carrière qu’il aurait été censé embrasser. Quand Fran­çois est devenu prêtre, ce fut un scandale pour sa fa­mille.

Ténacité dans sa charge d’évêque. Évêque sans diocèse et sans ville épiscopale, il aurait pu comme tant d’évêques de son époque, pour des rai­sons moins valables, se retirer à la cour, ou sur ses terres, se consacrer aux études et aux belles lettres ou aux arts. Il est resté dans son diocèse qui n’en était pas un, sans jamais s’avouer vaincu malgré le peu de succès apparent de sa prédication.

Le troisième mot est celui de "modernité". saint François de Sales a été extrêmement lucide sur son temps, et même sur le temps à venir. Cette capa­cité prophétique de voir s’est manifestée d’abord dans la vie spirituelle des laïcs. A cette époque, où l’on s’occupait surtout de la vie spirituelle des religieux et des religieuses, il a compris que la prière, les voies de l’oraison, la vie mystique et l’approfondissement de la relation personnelle avec Jésus, étaient ouvertes à tous les baptisés. Ce qui est une évidence pour nous main­tenant ne l’était pas à cette époque-là. Il a centré toute son activité apostolique sur l’aide à apporter aux laïcs pour qu’ils entrent toujours plus profondément dans la vie spirituelle, dans la relation personnelle avec le Christ. Un de ses ouvrages les plus connus "L'intro­duction à la vie dévote" est écrit à l’usage des pères et mes mères de famille, des hommes et des femmes qui sont dans le monde en plein vent, en pleine activité. François de Sales était de plusieurs siècles en avance sur ce qui se fera dans l’Église.

Modernité aussi sur le plan de la vie reli­gieuse, mais là, il n’a pas eu de succès. Il voulait, avec sainte Jeanne-Françoise de Chantal, instaurer une vie religieuse ouverte, accueillante, dans le monde. Mais les règles de l’époque étaient trop stric­tes, et on lui a imposé la clôture. Il faudra attendre plusieurs siècles pour que son intuition se réalise.

Nous lui demanderons de nous communiquer quelque chose de sa spiritualité. D’abord, de cette douceur, de ce sens de la tendresse humaine, de la proximité des autres. Qu’il nous apprenne à savoir nous mettre à la place des autres, non pas à avancer, bardés de nos certitudes et de nos affirmations mais à écouter, à comprendre, et à chercher à faire compren­dre.

Nous lui demanderons la fermeté, car douceur ne veut pas dire mollesse, être doux ce n’est pas se laisser tourner à tous vents de doctrines, mais cela peut coexister avec une grande fidélité, une grande fermeté, une grande autorité, et ce fut le cas pour saint François de Sales. Nous lui demanderons aussi d’être totalement de notre temps, sensibles aux interrogations, aux problèmes, aux questions de notre temps, sans rêver à des époques révolues.

Que nous sachions aujourd’hui, percevoir l’appel de Dieu, la grâce de Dieu, la richesse de Dieu pour maintenant, telle qu’elle est désirée, attendue ou peut-être pas assez désirée, pas assez attendue, mais telle qu’elle est vraiment pour les besoins des hom­mes d’aujourd’hui. Que saint François de Sales fasse de nous des êtres d’ouverture à Dieu et à l’appel de nos frères.

 

 

AMEN

 
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