AU FIL DES HOMELIES

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LA SPIRITUALITÉ, C'EST SI SIMPLE !

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous fêtons aujourd'hui un oiseau rare sur la terre !" Ce mot est attribué à Henri IV. Peut-être est-il un de ces mots historiques qui n'ont jamais été prononcés. Cependant il est permis de croire qu'Henri IV l'a dit vu l'estime en laquelle il tenait l'évêque de Genève. "Un oiseau rare sur la terre" et je crois que saint François de Sales le fut. Mais je préférerais plutôt cette autre comparaison : "Il fut une sphère complète dans une seule étoile !"

Saint François de Sales est un homme com­plet à tous points de vue, au plan de la beauté physi­que, au plan de l'épanouissement affectif, au plan de la sensibilité humaine, de la connaissance des scien­ces, spécialement du droit, également achevé dans sa qualité relationnelle avec tous les hommes. Il ne faut pas croire qu'il a fréquenté uniquement que des Fré­miat, de Chantal, des De Granier, des demoiselles de Chauchy ou des dames de Charmoisy, saint François de Sales a eu une relation humaine et spirituelle et pastorale avec tout le monde. Dans une lettre à son frère Jean-François devenu son successeur à l'évêché de Genève il dit que l'expérience la plus grande de sa vie a été un contact très court mais extrêmement profond avec une paysanne du Chablais.

"Oiseau rare" oui. "Sphère complète dans une seule étoile" oui. Alors je vous propose de retenir un seul aspect qui fut celui à la fois de sa vie et de sa prédication. C'est celui de la simplicité. Saint François de Sales a lu l'évangile avec une très grande humanité de façon beaucoup moins spiritualiste ou abstraite que nous le faisons souvent. Il a considéré le Christ en son humanité, dans ses gestes, dans ses paroles, dans ses démarches, dans ses sentiments et dans ses affections. Ce qui lui a permis de lire la vie des hommes avec une très grande qualité spirituelle. Je crois que c'est cela, au fond, "cet oiseau rare sur la terre". Lire ce qui est le plus spirituel comme l'évangile avec beau­coup d'humanité pour comprendre l'humanité dans sa beauté et dans ses exigences les plus évangéliques Et c'est probablement là que réside la racine de cette simplicité.

Il a été, en son époque, initiateur de la vie spi­rituelle des fidèle du Christ. Et à ce sujet-là, beaucoup de nos mouvements apostoliques ou autres, voulant engager les fidèles dans la vie de l'Église, feraient mieux de se référer à saint François de Sales qu'à d'autres sources contemporaines. Mais cela c'est un autre débat.

Pour saint François de Sales, cette simplicité était comme il le définit lui-même, ce qu'il y a de plus simple. A propos de l'amour de Dieu, il disait que bien des fidèles passaient leur temps "à se picoter leur chère conscience", c'est-à-dire ils se demandaient comment on pouvait aimer Dieu. Ils cherchaient des astuces, des méthodes. Saint François de Sales leur disait : "Aimez Dieu ! Tout simplement !" A ce pro­pos-là, dans sa correspondance il y a beaucoup de paragraphes, de touches qui sont à la fois d'une très grande simplicité et d'une très grande difficulté pour nous. Je vais en lire une. Nous prendrons pour chacun de nous ce qui nous concerne. Il écrivait à une de ses dirigées : "Les petites charités quotidiennes, ce mal de tête, ce mal aux dents, cette génuflexion, cette bizarrerie du mari ou de la femme, ce cassement d'un verre, ce mépris ou cette moue, cette perte d'un gant, d'une bague, d'un mouchoir, cette petite incommodité que l'on se fait d'aller coucher de bonne heure ou de se le ver matin pour prier, bref, toutes ces petites souffrances, étant prises et embrassées avec amour, contentent extrêmement la bonté divine, laquelle, pour un seul verre d'eau, a promis la mer de toute félicité."

Alors on peut sourire. Je crois qu'il ne faut pas sourire, parce que la qualité et la sainteté de saint François de Sales a été justement de dire aux fidèles que la vie chrétienne ne se rêve pas, mais se vit. Et qu'elle se vit là où nous sommes, et avec ce qui fait cette vie, à condition, et il le disait très souvent, de tout faire ou de tout accepter "par amour et jamais, jamais par force". Et il ajoutait : "Toute chose est signe d'amour, le temps seul est perdu dont l'amour est absent."

Et comme il y a parmi vous des mères de fa­mille, je lis ceci : "Vous voilà donc dans le ménage, il n'y a pas de remède. Il faut que vous soyez ce que vous êtes, mère de famille puisque vous avez un mari et des enfants. Et il le faut être de bon cœur et avec l'amour de Dieu, et aussi pour l'amour de Dieu." C'est ainsi que saint François de Sales s'adressa de façon extrêmement simple, peut-être parfois naïve à nos intelligences modernes et cultivées, et il l'a fait pour tous les gens, sans les mettre dans des catégo­ries, sans vouloir privilégier n'importe quel auditoire auquel il s'adressait et l'on sait qu'il a fréquenté Ver­sailles et la cour de Paris et toutes les chaumières de son diocèse.

Je crois qu'il nous faut demander à saint François de Sales cette brillance, cette nuance, ce scintillement qui l'a tant marqué dans sa propre vie et dont il a voulu que la vie chrétienne elle-même soit marquée, non pas la recherche des choses extraordi­naires ou merveilleuses, mais cette simplicité dont il disait "qu'elle n'est autre chose qu'un acte de charité pur et simple qui n'a qu'une seule fin qui est d'acqué­rir l'amour de Dieu. Et notre âme est simple lorsque nous n'avons d'autre prétention en tout ce que nous faisons."

 

AMEN

 

 

 
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