AU FIL DES HOMELIES

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L'INTRODUCTION À LA VIE DÉVOTE

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 1992)
Vendredi de a troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint François de Sales a vécu dans cette deuxième moitié du seizième siècle et le début du dix-septième qui est la période de la divi­sion de l'Église, cette période de la Réforme, ou après Luther Calvin se lève pour séparer une partie du trou­peau de l'Église de Rome qui, il faut bien le reconnaî­tre, n'était pas à l'époque extrêmement reluisante.

Saint François de Sales, évêque de Genève mais lui-même savoyard et résidant à Annecy par la force des choses, aurait pu se dire : puisque mon dio­cèse est passé à l'hérésie, à la Réforme, je n'ai qu'à mener cette vie de grand seigneur qui m'est facile dans la noblesse Savoie. Non, François de Sales est un pasteur et l'homme de la douceur. Inlassablement il a parcouru tout ce qu'il pouvait parcourir de son dio­cèse pour ramener la foi à sa vigueur, à sa force, pour arracher ses diocésains à la tentation de l'hérésie mais il ne le fit pas par des moyens violents, par des polé­miques. Il le fit par la persuasion de la douceur et il n'y eut jamais aucune violence de sa part. Alors qu'il fut à plusieurs reprises victime d'attentats, pourchassé par les Réformés, lui-même ne voulut connaître que la douceur et l'humilité.

Sa douceur se manifeste aussi dans sa vie spi­rituelle car il ne s'est pas contenté d'être le pasteur d'Annecy, à défaut d'être celui de Genève. Il a été aussi un grand auteur spirituel, un véritable mystique, mais non pas un mystique des hauteurs stratosphéri­ques ou d'une transcendance inaccessible, un mysti­que de la douceur de Dieu. Son principal ouvrage de spiritualité c'est le Traité de l'amour de Dieu qui est une merveille de la spiritualité chrétienne, même si c'est un livre un peu long à lire. Cette douceur se ma­nifeste aussi dans sa grande amitié avec sainte Jeanne Françoise de Chantal qui a abouti à la fondation de l'ordre de la Visitation. Cette douceur enfin lui a ou­vert le cœur non seulement aux âmes d'élite, non seulement aux âmes consacrées, mais à tous les chré­tiens. Et c'est cela qui est une des caractéristiques les plus remarquables de saint François de Sales d'avoir été l'un des premiers à s'intéresser à la vie spirituelle de tout le monde. Non pas simplement des privilégiés, non pas simplement de ceux qui consacrent tous leurs efforts et toute leur vie à Dieu, mais de tous les chré­tiens quels qu'ils soient, quelles que soient leurs conditions, quel que soit leur métier, quel que soit leur style de vie. Et l'un des principaux ouvrages qu'il ait écrit, l'Introduction à la vie Dévote, est un ouvrage de spiritualité pour des laïcs, pour des gens qui sont dans le monde. A l'époque c'était un peu une révolu­tion, car on considérait facilement que les gens qui étaient dans le monde s'en remettaient aux religieux ou aux religieuses pour prier à leur place. saint Fran­çois a voulu, il le dit en toutes lettres, que la perfec­tion soit pour tout le monde. La perfection de l'évan­gile ouverte à tous. Ceci nous semble une banalité, ou une évidence mais n'oublions pas que c'est à des hommes comme saint François de Sales que nous devons cette évidence et son caractère si banal. Je sais bien qu'il n'est pas très facile de lire L'introduction à la vie Dévote parce que c'est un ouvrage du seizième siècle s écrit en vieux français, avec des tournures de phrases et de sensibilités qui ne nous sont pas tout à fait familières. Pourtant c'est un des grands classiques de ce qu'un prêtre, un pasteur, un envoyé de Dieu peut dire aux chrétiens, aux baptisés, aux fidèles pour qu'ils vivent la perfection.

Je voudrais vous lire quelques phrases de cette Introduction à la vie Dévote pour vous persuader que nous sommes tous des saints, tous appelés à la sainteté.

"Dieu commanda à la création, aux plantes, de porter leurs fruits "chacune selon son espèce". Ainsi commande-t-Il aux chrétiens qui sont les plantes vivantes de son Église qu'ils produisent des fruits de dévotion chacun selon sa qualité, selon son espèce et sa vacation, (entendez son métier). La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la jeune fille, par la mariée. Et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires, aux devoirs et aux occupa­tions de chacun en particulier. Serait-il à propos que l'Evêque voulut être solitaire comme un chartreux ? Et si les mariés ne voulaient rien amasser, pas plus que les capucins, si l'artisan était tout le jour à l'église comme le religieux, et si le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l'Evêque, cette dévotion ne serait-elle pas ridicule, déréglée et insupportable ? Et pourtant cette faute arrive bien souvent. Non, la dé­votion ne gâte rien quand elle est vraie, mais elle perfectionne tout. Et quand elle se rend contraire à la légitime occupation de quelqu'un, c'est sans doute qu'elle est fausse. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en toutes les professions, mais outre ces trois sortes de dévotion, il y en a beaucoup d'autres pro­pres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et nous devons aspirer à la vie parfaite."

 

 

AMEN

 

 
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