AU FIL DES HOMELIES

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DOUX ET HUMBLE DE CŒUR

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 1996)
Mercredi de a troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

P

armi les nombreuses choses que l'on pourrait dire sur saint François de Sales, tant sa vie est riche au niveau spirituel qu'au niveau intel­lectuel, j'en retiens une que développent les deux orai­sons : la toute première oraison sur laquelle nous avons déjà prié, et celle après la communion. C'est le thème, chez saint François de Sales, de la douceur.

La première oraison demandait que, soutenus par l'exemple de François de Sales, nous donnions à tous, pou le salut des âmes, une preuve de la douce charité du Seigneur en nous dévouant pour nos frères.

Et l'oraison après la communion dira et de­mandera au Seigneur qu'il nous accorde, par la vertu de la première oraison, d'imiter la douceur et la cha­rité de saint François afin d'obtenir par Lui la gloire du ciel.

Saint François de Sales a vécu à une époque tourmentée puisqu'il a dû faire face, notamment au niveau religieux, à des dissensions profondes entre les gens issus de la Réforme et de la Contre Réforme catholique. Du coup, il y avait une sorte d'agressivité latente et omniprésente qui a donné lieu, comme on le sait, parfois même à des massacres et à des guerres. C'est un homme qui se situe dans une époque en plein bouleversement, dans une société en pleine mutation où les différentes données sociales et politiques sont en train de changer. L'Europe, elle-même, commence à prendre le visage qu'elle aura définitivement Et c'est dans ce monde-là que saint François de Sales se situe, lui un homme passionné, comme l'homme témoin de la douce charité du Christ.

Il me semble qu'il a réussi, par cette douce charité, à montrer que l'annonce du salut pour tous les hommes était une réelle force. Que cette annonce du salut ne s'imposait pas de l'extérieur. Qu'elle n'était pas un programme type qui devait ensemencer les esprits, comme si on essayait de faire du lavage de cerveau doctrinal pour que les gens pensent bien. que la vie spirituelle n'était pas faite d'éléments plaqués de l'extérieur qui finiraient par n'être que le privilège de quelques-uns qui seraient consacrés, par leur vie, au Seigneur. Mais il a voulu montrer, qu'à l'exemple du Christ, l'intérieur de l'homme était pris par la charité du Christ qui, peu à peu s'impose et se vit dans l'expé­rience même que le Christ nous aime. Il nous aime avec cette qualité du cœur qui est sa sérénité, sa paix, sa douceur.

Et il me semble qu'à l'heure actuelle, cela est pour nous aussi un grand exemple de ce que nous pouvons vivre dans notre monde.

Nous vivons dans un monde qui ne cesse d'être agressif. Nous sommes agressés, à tous les sens du terme : cela va de l'agression physique (ne serait-ce que lorsqu'on parle de l'agression de la pollution) à l'agression verbale, dans un monde de moins en moins policé, qui connaît de moins en moins la vertu de politesse. Tant et si bien que c'est souvent avec les personnes les plus proches de nous que l'on finit par être le plus impoli, et parfois le plus agressif.

Et il me semble que saint François de Sales nous apprend une chose essentielle : il disait que la politesse était la fine fleur de la charité et que cette politesse, qui est portée par la douceur, est une réelle force par rapport à toutes les agressions. Et en somme, c'est appliquer d'une manière vitale et puis­sante le principe même de donner toute sa vie au Sei­gneur, quand on dit au Seigneur, comme nous le rap­pelle le Deutéronome, qu'on l'aime de tout notre corps, de tout notre cœur, de toute notre âme.

Ainsi, on dépasse la loi du talion, oeil pour oeil dent pour dent, ce qui est déjà une bonne chose. C'est-à-dire : je ne rends pas plus à l'autre que ce qu'il m'a fait, et au lieu de Lui envoyer la bombe atomique, s'il m'a envoyé une grenade, je ne lui renvoie qu'une grenade. saint François de Sales, lui, nous dit même que nous pouvons désamorcer la grenade par cette vertu de la douceur qui est la manière privilégiée que le Seigneur a choisi pour nous faire vivre de son salut.

En somme, c'est bien ce que revendiquait Jé­sus quand il disait : "Je suis doux et humble de cœur". C'est cette force du Seigneur qui a rempli saint François de Sales et c'est ce qui lui a permis de faire vivre l'unité à l'intérieur d'un peuple. C'est ce qui lui a permis de pouvoir faire grandir la charité à l'intérieur même de ceux qui lui étaient confiés. C'est ce qui lui a permis d'être réellement le messager de la bonne nouvelle, évêque et docteur de l'Église : c'est-à-dire de savoir enseigner, de savoir sanctifier son peuple en lui imposant des choses difficiles, mais en amenant l'homme, peu à peu, à connaître cette douceur, cette humilité du visage du Christ. Cette douceur, cette humilité, cette vertu qui nous police fait de nous, peu à peu, une véritable force, une véritable puissance (et non pas la vertu des faibles comme on l'a dit) pour réagir contre le monde, contre les loups qui assaillent notre société.

 

AMEN


 

 

 
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