AU FIL DES HOMELIES

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L'AMOUR DE LA LIBERTÉ

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 2000)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

saint François de Sales se rattachent donc deux grands écrits : Traité de la vie dévote, et Introduction à l'amour de Dieu. Le mot dévotion est un beau mot, apparemment plutôt désuet, plutôt ancien, et saint François de Sales fait la dis­tinction entre "la" dévotion et "les" dévotions. Il écrit lui-même : "Mon intention est d'instruire ceux qui vivent dans les villes, dans les ménages et qui par leur condition sont obligés de faire une vie commune comme à l'extérieur, lesquels bien souvent, sous le prétexte qu'il est impossible d'éviter, ne veulent pas seulement penser à l'entreprise de la vie dévote". Pour saint François de Sales, là où nous sommes, et ce que nous faisons est l'occasion d'une dévotion, c'est-à-dire d'un apprentissage pour découvrir du lieu même où nous sommes et par ce que nous faisons, l'intensité de la pureté de l'amour de Dieu pour nous et notre capa­cité à y répondre. La réponse à l'amour de Dieu n'est pas forcément une prière, ou du moins, n'est pas une forme extérieure de prière, mais peut-être de faire, d'être, d'agir, de visiter, d'accomplir notre devoir d'état.

La dévotion, c'est donc la confiance que Dieu met en l'homme, et la capacité que l'homme a de ré­pondre à l'amour de Dieu. Avec saint François de Sales, on a affaire à une sorte de déprofessionnalisa­tion de la vie spirituelle, elle n'appartient plus aux religieux et religieuses seulement qui dans le monde de la clôture, dans le monde du clergé, en ont fait fonction et profession. C'est une espèce d'ouverture à tout homme et toute femme qui peut trouver en sa propre vie quotidienne de quoi répondre. Et c'est ni mieux ni moins bien que les religieuses et religieux classiques. Il y a en tout homme un appel à la vie religieuse, cela tient à la réponse à donner à Dieu.

Dans le Traité de l'Amour de Dieu, c'est comment l'âme apprend à jouer avec Dieu. Il décrit, et c'est intéressant, et il prend le Parvis du Temple de Salomon. Il y avait donc trois parvis au Temple de Salomon, l'un était pour les Gentils et pour tous les étrangers qui voulaient venir à Jérusalem pour adorer Dieu, le second était pour les israélites, hommes et femmes et le troisième était pour les prêtres et l'ordre Lévitique. Il y avait le sanctuaire au vaisseau sacré auquel seul le grand-prêtre avait accès. En ce Temple de Salomon saint François de Sales voit en quelque sorte, trois parvis, qui sont trois différents degrés d'oraison. "Au premier, dit-il, nous discourons suivant l'ordonnance des sens, c'est le parvis des Gentils, au second, nous discourons suivant les sciences humai­nes, c'est le parvis des israélites, et puis le troisième où nous discourons suivant la foi. Et enfin, outre cela, il y a une certaine prééminence subtile et suave au-dessus de la raison, une sorte de volupté spirituelle qui n'a rien à voir avec le discours ni la raison, mais qui est de l'ordre du sentiment et de la volonté par laquelle l'esprit acquiesce et se soumet à la Vérité et à la Volonté de Dieu".

C'est-à-dire que nous sommes invités à tra­verser ces deux premiers parvis, pour en atteindre le troisième, non pas pour nier les sens, ni les sciences humaines qui nous permettent d'avancer plus près de Dieu, mais de discourir selon la foi, selon cette pointe sensible et ultime qui est là, là où Dieu dialogue avec chacun d'entre nous, et Dieu nous y attire, non pas par des semonces, par des impératifs dirions-nous main­tenant, mais par la grâce. Et je cite saint François : "La grâce est si gracieuse, et saisit si gracieusement les cœurs pour les attirer, qu'elle ne gâte en rien la liberté de notre volonté. Elle touche puissamment, et pourtant si délicatement les ressorts de notre esprit que notre franc-arbitre n'en reçoit aucun forcément. La grâce elle est force, non pour forcer, mais pour allécher le cœur. Elle a une sainte violence, non pour violer, mais pour rendre amoureuse notre liberté. Elle agit si fortement et si suavement que notre volonté ne demeure point accablée sous une si puissante action. Elle presse, mais elle n'oppresse pas notre franchise si bien que nous pouvons consentir ou résister à ses mouvements selon qu'il nous plaît."

Or Dieu plaît à saint François. Et qu'il en soit ainsi pour chacun de nous.

 

AMEN


 

 

 
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