AU FIL DES HOMELIES

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FRANÇOIS DE SALES ET JEANNE DE CHANTAL

Dt 6, 4-9; Jn 10, 1-16
St Fançois de Sales - (24 janvier 2008)
Jeudi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


V

ous vous doutez frères et sœurs que l'évangile du jour est particulièrement bien choisi pour la figure de saint François de Sales pour deux raisons : d'abord comme cet évangile fait mention du seul troupeau et du seul pasteur, il y a comme en écho le travail infatigable de saint François de Sales qui, jeune prêtre accepte de partir là où tout le monde s'est cassé les dents, le Chablais, juste au sud du lac Léman, un endroit, excusez-moi, infesté de protestants très méchants, très dangereux, parce qu'effectivement, plusieurs prêtres catholiques se sont fait tuer et il ne reste plus qu'une demi-douzaine de catholiques face à plus de vingt-cinq mille protestants. A cette époque, en 1593, vous imaginez que la situation n'est pas la même qu'actuellement avec l'œcuménisme et le rapport que nous pouvons avoir maintenant avec nos frères protestants.

Il n'hésite pas à partir et cela va durer quatre ans. Il ne va pas y aller avec la fleur au fusil et la baïonnette au canon, au contraire, il va être seul et il va parler, il va essayer de rencontrer. Quand les gens ne veulent pas le rencontrer, quand ils ne veulent pas venir l'écouter pour la prédication, il passe ses nuits à écrie des petits billets qu'il glisse ensuite sous les portes des familles protestantes, et c'est la raison pour laquelle François de Sales est le patron des journalistes. C'est le premier écho à cet évangile, du désir du berger, du désir de Dieu de retrouver toutes ses brebis dans un même troupeau.

Mais j'aimerais m'attacher à une autre image de saint François de Sales. Vous avez entendu dans l'évangile qu'il y a le bon berger, celui qui ne lâche pas ses brebis, et puis il y a le berger à gages, celui qui, au moindre problème s'enfuit parce que les brebis ne lui appartiennent pas. J'aurais voulu avec humour établir avec vous une troisième catégorie de berger : les bergers qui ne sont pas propriétaires des brebis, et qui néanmoins se considèrent comme des autocrates vis-à-vis de ces brebis.

Quelques années plus tard, en 1602 saint François de Sales est consacré évêque. Lors d'affaires financières et territoriales, il est amené en 1606 à partir à Dijon pour prêcher le carême. C'est au cours de ce déplacement à Dijon qu'il va rencontrer une très jeune veuve, Jeanne de Chantal, douloureusement éprouvée par son veuvage, son mari vient de mourir dramatiquement dans un accident de chasse et va commencer cette très belle relation entre saint François de Sales et Jeanne de Chantal qui sera à l'origine de ce que nous connaissons tous, les monastères de la Visitation, l'ordre des Visitandines.

Cette brave Jeanne de Chantal, avant d'avoir l'honneur, la chance, l'avantage et la grâce de rencontrer saint François de Sales est sous la coupe d'un berger très particulier. C'est un directeur de conscience dictateur. Elle s'est mise sous la conduite d'un religieux qui a grande réputation de sainteté mais qui mérite d'être appelé plutôt dictateur que directeur d'âme. Ne lui a-t-il pas fait prononcer quatre vœux étranges : le premier, qu'elle lui obéirait, le second, qu'elle ne le changerait jamais, le troisième de lui garder le secret sur ce qu'il lui dirait, et le quatrième de ne conférer de son intérieur qu'avec lui. C'est absolument épouvantable. Il n'y a pas d'autre mot, c'est épouvantable d'envisager la direction spirituelle de cette manière. C'est vraiment cette troisième catégorie de berger qui considère que l'âme du prochain lui appartient en totalité : tu es à moi !

Saint François de Sales qui a beaucoup d'humour va faire quelque chose d'extraordinaire, il va la libérer de cette oppression, parce qu'il n'y a pas d'autre mot. Il va démêler les cordages qui lient Jeanne de Chantal. Il lui dit : "l'unité du père spirituel (il fait mention du père Dijonnais), n'empêche pas la confiance et la communication avec un autre pourvu que l'obéissance promise demeure fermement. Qu'elle ne se fasse donc aucun scrupule de lui demander conseil et de tout ce que Dieu m'a donné, user de tout ce que Dieu m'a demandé pour le service de votre esprit. Me voilà tout vôtre et ne pensez plus ni en quelle qualité ni en quel degré je le suis". Et ce qui est extraordinaire de la part de saint François : "Obéissez à votre premier conducteur Dijonnais, filialement et librement et servez-vous de moi charitablement et franchement". Autrement dit, ma petite Jeanne, ce n'est pas grave, continue au moins de suivre les directives de cet oppresseur, mais pour le reste, use de moi charitablement et franchement, rencontre-moi, écris-moi, et tu verras que tu réussiras à te sortir de ces rênes.

C'est une bouffée de liberté qui ouvre vraiment le cœur de Jeanne et qui décide de se mettre tout entière sous la conduite de saint François de Sales. D'autant plus qu'un autre prêtre qu'elle connaît lui dit en substance : ce serait un péché contre l'Esprit de continuer à rester sous la coupe du Dijonnais, et de ne pas te tourner vers saint François de Sales que tu viens de rencontrer. A la fin il y a cette phrase très belle que François lui donne comme une sorte de petit règlement de vie : "La règle générale de notre obéissance, est ceci : il faut tout faire par amour et rien par force. Il faut plus aimer l'obéissance que craindre la désobéissance".

Je trouve merveilleux que saint François de Sales soit véritablement ce berger qui ouvre à la liberté le cœur de la petite brebis, je crois que c'est une très belle figure de directeur spirituel, et je ne résiste pas à la tentation de terminer par un dernier extrait de texte. Il est coutume de dire que nous n'avons pas à être doux avec nous-mêmes, parce que cela peut être très dangereux. François de Sales n'hésite pas à dire que nous avons à être doux envers nous-mêmes. "L'une des bonnes pratiques que nous saurions faire de la douceur, c'est celle de laquelle le sujet est en nous-mêmes. Nous nous courrouçons d'être courroucé, nous chagrinons de nous être chagrinés, nous nous dépitons d'être dépité, et en fait, c'est cela le plus grand péché. Le plus grand péché c'est cette amertume que nous avons envers nous : ces colères, dépits et aigreurs que l'on a contre soi-même tendent à l'orgueil et n'ont origine que de l'amour-propre qui se trouble et s'inquiète de nous voir imparfaits. Croyez-moi, Philoté,( c'est un extrait de son livre : introduction à la vie dévote), comme les remontrances d'un père faites doucement et cordialement ont bien plus de pouvoir sur un enfant pour le corriger, et non par les colères et les coups, ainsi quand le cœur aura fait quelque faute, si nous le reprenons avec des remontrances douces et tranquilles, ayant plus de compassion de lui que de passion contre lui, l'encourageant à l'amendement, la repentance qu'il en concevra entrera bien plus avant et le pénétrera mieux que ne ferait pas une repentance piteuse et tempétueuse".

Frères et sœurs, je trouve que la relation entre Jeanne de Chantal et François de Sales est véritablement la relation entre le Christ et l'Église, c'est aussi cette relation que nous découvrons dans la lecture du Cantique des Cantiques. C'est-à-dire que nous ne nous attachons pas à l'autre par obligation, comme le pensait ce directeur de conscience, mais que nous nous attachons à l'autre et que lui s'attache à nous par des liens d'amour et d'amitié.

Que cette très belle figure soit pour nous l'occasion d'être moins amers vis-à-vis de nous, plus doux vis-à-vis de nous et aussi patients vis-à-vis des autres.

 

AMEN

 

 

 
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