AU FIL DES HOMELIES

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SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE, CHANTRE DU DÉSIR

Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 12-19
St Grégoire de Nysse - (10 janvier 2004)
Samedi de la première semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Olympie : la course

J

e le disais tout à l'heure, la figure de saint Grégoire de Nysse est une figure assez particulière. C'est une famille où l'on est évêque de père en fils, c'est une famille dans laquelle on est saint, comme s'il y avait une contamination à l'intérieur de la famille, et nous comptons donc saint Basile de Césarée comme évêque et saint, saint Grégoire de Nysse, évêque et saint, encore une autre sœur qui était aussi une sainte. Mais peut-être que, comme dans certaines familles, il y en a qui ont tendance à briller de telle manière que les autres brillent un peu moins, c'est un peu cela qui s'est passé dans cette famille de Grégoire. Basile était quelqu'un de très intelligent qui est parti faire des études, et Grégoire est resté un peu en retrait. Intelligent, plutôt discret, il ne voulait pas nécessairement faire une grande carrière ecclésiastique, un peu dans l'ombre de son frère, le grand Basile. Il se marie, très beau mariage d'amour d'ailleurs, quand il est évêque, il garde sa femme, il y avait des évêques mariés à cette époque, et cela ne l'empêche pas d'écrire un des plus beaux traités sur la virginité, à la mort de son frère Basile, il va se mettre à écrire, étant évêque d'une toute petite bourgade. C'est vrai que maintenant quand on parle d'un évêque, généralement, on est évêque dans un diocèse avec plusieurs dizaines, si ce n'est plusieurs centaines de milliers d'habitants, à l'époque, on aurait pu être évêque de quelques milliers d'habitants.

Il va pourtant donner la pleine mesure de ce qu'il est. Dans ce lieu un peu retiré, loin de la ville, loin de tout débat intellectuel, comme retiré dans sa petite maison de campagne, Grégoire va véritablement rencontrer Dieu. C'est là qu'il va écrire ses plus grands traités de vie spirituelle, notamment la Vie de Moïse.

Je crois que cela devrait justement nous éclairer sur l'importance du travail de la vie spirituelle dans tous les lieux. Pour illustrer la vie chrétienne selon Grégoire de Nysse, j'aurais voulu m'adresser plus particulièrement à Christophe, quoique je pense qu'il y aura des réminiscences pour chacun d'entre nous ici, puisque Pierre me parlait de cette belle maison que vous avez du côté de Venelles, et nous savons que quand nous sommes enfants, je pense que vous, Christophe, vous l'avez fait, vous avez beaucoup joué, et on aime bien se cacher. Peut-être vous êtes-vous caché aussi avec Olivier, et chacun doit chercher l'autre. Je crois qu'on n'imagine pas que dans les jeux les plus simples de notre enfance, toute la spiritualité chrétienne est dite. En effet, Grégoire de Nysse est le chantre du désir. Grégoire de Nysse est celui qui nous dit que Dieu est celui qui veut nous donner d'une manière éternelle sans s'arrêter, et nous, notre seul travail qui n'est pas mince, est d'accepter de recevoir éternellement et sans cesse, tout l'amour que Dieu nous donne.

Si je prends l'exemple justement de ce petit jeu de colin-maillard, je crois que c'est parce que le déclic que Dieu nous donne, c'est le déclic du désir. C'est ce magnifique texte du Cantique des Cantiques, c'est ce texte que nous avons entendu en première lecture de l'épître aux Philippiens où comment, touché par le Christ, je n'ai qu'une seule envie, c'est de me mettre à courir pour l'attraper. Là aussi, il n'y a pas que les jeux de l'enfance qui peuvent nous aider à comprendre la vie spirituelle, il y a peut-être aussi le sport. De son côté, saint Paul aime beaucoup utiliser les images des différents sports pour expliquer ce qu'est la vie spirituelle. Là, il prend l'exemple de la course. Souvent nous pensons que la vie spirituelle est du côté de saint Basile le grand, du côté des démonstrations philosophiques et théologiques, qu'elle est du côté, pardonnez-moi l'expression, de ceux qui sont payés pour cela, les clercs, les évêques, les moines, ceux qui ont le cadre de vie qui devrait leur permettre justement de creuser et d'améliorer leur vie spirituelle, et Grégoire de Nysse nous montre que cela n'est pas vrai. Il est au fin fond d'un petit village perdu au fond de la Turquie, il a quelques brebis, quelques chrétiens dont il s'occupe comme il peut, il les évangélise, il est marié, et c'est au cœur même de cette vie qu'il va décrire la pus belle expérience de la vie intérieure, d'une autre manière d'ailleurs que saint Augustin, les moyens sont différents entre ces deux hommes mais avec cette même quête de Dieu.

Je crois qu'en pensant à vous plus particulièrement pour cet anniversaire, pour Jeannine, je crois que nous avons à faire mémoire de la famille. Nous avons à nous rappeler aussi comment dans les choses les plus simples de la vie quotidienne, comment au cœur de nos familles, avec nos parents, nos frères et nos sœurs, quelque chose de la relation à Dieu existe. C'est vrai que quand on est un petit garçon de huit ans, et qu'on essaie de trouver où s'est caché le petit frère, on ne pense pas nécessairement à Dieu. Pourtant, l'expérience spirituelle de Grégoire de Nysse est de nous dire que Dieu vient d'une certaine manière nous provoquer, nous toucher au fond de ce que nous sommes, afin de nous mettre en route. La vie chrétienne est cette espèce de jeu comme avec les enfants, de cacher, montrer, cacher, montrer, et quand dans le jeu on a envie de s'arrêter, parce qu'on est fatigué, parce qu'on n'a pas trouvé le petit frère, et l'on voudrait arrêter le jeu, dans notre vie spirituelle, nous vivons ce genre de chose. Il y a de grands élans où Dieu se montre à nous, et puis, Dieu se cache à travers un décès, une maladie, une souffrance. Et cependant, la quête continue. Dieu est toujours là, plus caché, mais à ce moment-là, la vie chrétienne c'est de continuer.

Saint Grégoire nous disait que la vie chrétienne ne consiste pas à nous chercher un petit endroit bien chaud, pour y rester. Mais la vie chrétienne est cette aventure de l'enfance qui est de parcourir toute la maison, de parcourir tout le jardin, et de découvrir tout un lieu extraordinaire. Dieu est celui qui nous emmène, qui nous entraîne vers un ailleurs, vers une grande aventure. Il veut nous montrer par là que notre vie n'est pas restreinte, notre cœur peut être dilaté, grandement dilaté, et il ne s'arrêtera jamais d'être dilaté, non seulement dans ce monde ici, mais encore auprès de Dieu.

Frères et sœurs, rendons grâces à Dieu, celui qui vient nous chercher dans notre vie, celui qui vient nous dire qu'Il nous aime, celui qui vient nous dire que nous sommes plus grands que ce que nous croyons. Prions pour Jeannine, elle qui continue maintenant dans le Royaume de Dieu, auprès du Père, à avoir le cœur dilaté par cet amour.

AMEN

 

 
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