AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME D'APRÈS SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE

Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 12-19
St Grégoire de Nysse - (10 janvier 1987)
Samedi de la première semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

aint Grégoire de Nysse est le petit frère de saint Basile de Césarée, il est un de ces trois grands docteurs que nous appelons "cappado­cien" de cette région du centre de l'actuelle Turquie. Il était rhéteur, marié, ce qui ne l'a pas empêché de de­venir évêque d'une petite ville près de Césarée.

Comme l'a appelé un des derniers pères de l'Église, Maxime le Confesseur, Grégoire de Nysse était "le théologien de l'univers". De fait, il a beau­coup réfléchi, beaucoup écrit sur la création du monde, mais il est aussi théologien du mystère de Dieu qu'il a essayé de sonder dans le mystère trinitaire d'abord puis dans le mystère de Jésus, Verbe, vrai Dieu et vrai homme, vrai homme avec une véritable chair humaine mais vrai homme aussi avec une véri­table âme humaine. Car c'est d'abord l'âme de l'homme qu'il fallait sauver et sa chair par le fait même. Et le Christ a pris aussi cette âme pour la sau­ver.

Mais saint Grégoire est aussi un théologien de la vie intérieure, un des grands mystiques dont la théologie spirituelle a beaucoup marqué l'Orient. Un de ses très beaux ouvrages qui est, hélas, peu connu s'appelle "La vie de Moïse". C'est une lecture chro­nologique de la vie de Moïse, à partir de l'Exode et dans laquelle Grégoire de Nysse essaie de montrer que Moïse est un guide de vie spirituelle, un frère aîné et tous les évènements qui sont arrivés dans la vie de Moïse doivent aussi arriver dans la vie du chrétien, c'est-à-dire cette recherche de la Parole de Dieu et de la vision de Dieu face à face.

Mais ce n'est pas de tout cela que je voudrais vous parler, car puisque demain nous célébrons le baptême du Christ, je voudrais en reprenant quelques réflexions de Grégoire de Nysse voir pourquoi nous sommes baptisés et quelle est notre destinée de chré­tiens.

Pour Grégoire de Nysse, nous avons été créés dans un élan incommensurable, indéfinissable, sans mesure de la tendresse de Dieu. Dieu n'avait aucune raison de nous créer. Dieu était Dieu, ca suffisait. Il ne nous a pas créés par besoin, autrement il aurait manqué de quelque chose et il ne serait pas Dieu. Il nous a créés simplement pour que nous puissions partager son bonheur, sa vie, son amour, ce qu'Il est. C'est donc un élan de tendresse qui est à la source de notre existence.

Et saint Grégoire de Nysse dit que cet élan de tendresse a tissé entre nous et Dieu une parenté, une affinité, quelque chose que nous ne pouvons pas bien définir mais qui est fondamental et qui est essentiel et il dit que c'est cela que signifie l'expression créé à l'image, à la ressemblance de Dieu. "Il y a en nous cette capacité d'avoir envie de connaître Dieu, de vivre avec Lui, d'être en Lui". Et saint Grégoire qui est très optimiste dit que le péché n'a pas du tout ef­facé ni détruit ce sceau, cette marque, cette affinité, cette parenté entre la créature humaine et Dieu. Tout simplement le péché est venu l'enfouir, est venu le cacher, est venu le dissimuler à l'homme lui-même.

Et nous dit encore saint Grégoire, le baptême est venu, par le Christ, pour que nous puissions être lavés de toutes les souillures, de toutes les scories, de tous les péchés, de tout le mal qui nous cache à nous-même notre propre image et ressemblance avec le visage de Dieu, avec la "face de son Christ." Et pour Saint Grégoire l'eau du baptême a vraiment l'efficacité très réelle, très concrète de laver en nous tout ce qui nous empêche d'être désormais en affinité, en familia­rité, en commerce intérieur, en parenté avec Dieu. Nous sommes ainsi plongés par le baptême dans cette eau qui purifie et saint Grégoire nous dit que cette eau qui purifie passe par la mort, car nous sommes plongés dans la mort du Christ pour entrer, comme Lui, dans sa vie.

C'est pour cela que saint Paul dit que tout ce qui n'est pas connaissance de Dieu est désavantageux, ne doit plus tenir dans notre vie, doit être écarté, doit être éliminé parce que tout cela nous empêche, comme un obstacle, de contempler non pas seulement le visage de Dieu mais son image dans notre propre être, au fond de notre cœur, au creux même de ce que nous sommes, ce creux qui a été comblé par le péché de toutes sortes de sédimentations qui nous dissimu­lent ce que nous sommes véritablement. C'est donc par un acte et pas simplement par un discours ou une doctrine que le Christ est venu restaurer, refaire, nous rendre une nouvelle fois visible cette image, cette ressemblance avec Dieu.

Si bien que nous dit saint Grégoire, et cela est très beau, "désormais nous sommes artisans de ce que nous allons devenir". le Christ est venu nous plonger dans sa mort pour restaurer notre capacité de le connaître, notre liberté qui avait été abîmée, qui avait été faussée au moment du péché. Le baptême vient nous donner cette liberté et nous avons désormais la possibilité, le pouvoir nous dira saint Jean, d'être vraiment fils de Dieu.

Nous avons désormais la possibilité de recon­naître qui nous sommes et de le devenir. Non pas que cela dépende de nous. Non, la source de ce pouvoir c'est la grâce baptismale dans le Christ, mais nous avons désormais cette possibilité, par l'adhésion dans la foi, à cet acte du Christ en nous. Nous avons la possibilité de retrouver ce que nous sommes et d'en vivre.

C'est d'ailleurs ainsi que saint Grégoire com­prenait cette phrase de l'évangile de saint Jean (1, 12) "A tous ceux qui l'ont reçu (par le sacrement) Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu." Nous n'avons pas simplement à "accueillir" la grâce de Dieu, mais nous avons le pouvoir de "devenir" ce que cette grâce de Dieu fait désormais en nous. Et là saint Grégoire nous dit que "la grâce que Dieu nous donne c'est une provocation à l'action." Et cette action ce sera que toute notre liberté, tout notre être puisse ad­hérer au mystère du Christ qui nous a révélé ce que nous sommes vraiment, donc d'adhérer totalement à notre propre être intime, à notre propre vie intérieure.

Ainsi saint Grégoire a cette vision où l'homme est entraîné et invité. Il rejoint ce que disait saint Augustin : "Dieu t'a créé sans toi, mais il ne te sauvera pas sans toi !" Nous sommes donc invités, interpellés, provoqués à lier notre propre vie à cette grâce pour qu'elle soit efficace, pour qu'elle soit fé­conde, autrement comme dit encore saint Grégoire de Nysse "le sacrement n'est pas magique sans la foi, il ne peut pas faire son œuvre."

Je crois qu'en cet évangile, en nous préparant à célébrer la source de notre baptême qui est le mys­tère de l'apparition du Christ venu porter nos péchés pour que nous puissions désormais porter notre véri­table image, devenir fils et contempler cette filiation en nous-mêmes et vivre de cette affinité, il nous faut rendre grâce d'avoir ainsi recouvré cette liberté. Et vous savez la meilleure façon de remercier Dieu d'avoir recouvré cette liberté, c'est de vivre vraiment libres pour cela.

 

AMEN

 

 

 
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