AU FIL DES HOMELIES

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PRÉSENCE DE DIEU

Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 12-19
St Grégoire de Nysse - (10 janvier 1991)
Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e Frère Michel qui a le sens des règlements et des rubriques surtout en liturgie me disait tout à l'heure, à la sacristie : C'est quand même fort : ce saint Grégoire de Nysse n'est même pas mentionné dans l'Ordo et on le fête aujourd'hui. Je lui ai dit que personnellement je ne pensais pas que c'était une question subjective car Grégoire de Nysse est extrêmement méconnu et il n'y a pas beaucoup d'églises d'Occident qui le fêtent.

Ce n'est pas uniquement de la faute de l'Église car c'est la même chose pour la recherche scientifique. Il a fallu un savant qui ne s'occupait pas du tout de patristique pour retrouver l'importance de Grégoire de Nysse. Même dans le niveau de la transmission de la culture et de la connaissance de l'antiquité, c'est un tard venu. Mais, à partir du moment où on l'a décou­vert, on peut se régaler. C'est un homme extrêmement étrange. Il fait partie de la famille sans doute la plus sainte de l'Église d'Orient : il y a eu trois évêques, une sœur sainte et aussi un ermite défroqué. Il y avait saint Basile, saint Grégoire de Nysse, un autre frère évêque dont on ne sait pas le nom, Sainte Macrine, la mère elle-même était sainte et le père était aussi évê­que. Tout se passait en famille en Cappadoce. Dans cette "nichée de saints" Grégoire de Nysse est celui qui a mis le plus de temps à percer. Son frère aîné Basile avait tous les privilèges. On l'avait envoyé à Athènes faire des études, de la rhétorique. Il était un peur "fort en gueule" et il organisait tout. Et le pauvre Grégoire de Nysse suivait loin derrière. Il n'avait pas moins de dons que Basile, il était aussi doué et peut-être plus pénétrant, plus fin, plus subtil, mais il n'osait pas s'affirmer face à son frère. Si bien que Basile, au moment où il est devenu évêque à Césarée, car il avait choisi la capitale, a mis son frère Grégoire dans la petite ville de Nysse. On a comparé parfois Nazianze à Palette, je dirais que Nysse c'était à peu près Vauve­nargues ou Ventabren. Donc une carrière épiscopale qui s'annonçait prometteuse, c'est pire que Gap.

Ce pauvre Grégoire a végété là. Quelques homélies de cette époque sont assez bien faites. Au­ditoire très populaire, très simple. Grégoire était marié avec Théosébie, une femme délicieuse, cultivée, fine, délicate, gentille. Quand Grégoire de Nysse parlera du mariage, il dira comme tous les platoniciens de l'épo­que que le mariage est un état de vie inférieur, mais en réalité, il ne s'est jamais plaint de sa propre expé­rience, la preuve c'est que, quand il est devenu évê­que, il a demandé à garder sa femme. Il en était bien heureux et bien content.

A la mort de Basile, la place était un peu dé­gagée. Ce fut alors un véritable déclic pour Grégoire de Nysse. D'abord il a terminé le Traité de la Création qu'avait commencé son frère. Et le traité de la Créa­tion de Grégoire de Nysse est beaucoup plus fin que celui de Basile de Césarée. Si vous en voulez la preuve, c'est que le plus grand archéologue de notre époque, Leroi-Gourhan, a trouvé là une citation pour un de ses ouvrages majeurs car Grégoire de Nysse est le premier à expliquer que c'est la libération de la main, des membres antérieurs qui a permis au crâne de se développer. Il n'avait pas vu de crâne de sinan­thrope ouun autre et pourtant il avait pensé cela. Et surtout il a commencé à écrire des écrits mystiques, des traités très beaux sur le Notre Père, sur les Béatitudes, sur le Cantique des cantiques et le grand traité qui s'appelle La vie de Moïse, le premier découvert et publié dans les "Sources chrétiennes" Si vous avez un peu de loisir, je vous invite à le lire. C'est très beau.

Grégoire de Nysse est le premier à avoir donné à ce qu'on appelle la théologie mystique son véritable statut. Jusque-là aucun auteur n'avait vrai­ment perçu ou su exprimer que la vie intérieure de l'âme comme telle est le lieu de la manifestation de Dieu. C'est cela la raison pour laquelle Grégoire de Nysse est si grand. Il a compris que l'itinéraire inté­rieur et spirituel est le lieu même de la manifestation de Dieu dans notre vie. Et de ce point de vue-là, il a eu plus de postérité en Occident qu'en Orient. Quand on regarde un peu après : saint Augustin, c'est la même veine, saint Bernard c'est aussi la même veine pour ne pas parler des grands mystiques du quator­zième et quinzième siècles. Si vous avez un peu de loisir, essayez de vous précipiter dans une librairie pour trouver quelque bon ouvrage de Grégoire de Nysse, afin de l'aimer davantage et demander que, par son intercession, l'héritage qu'il a légué à l'Église, de cette découverte du bonheur d'être à Dieu et de trou­ver la présence de Dieu au plus intime de son cœur ne soit pas perdu mais qu'il fructifie sans cesse en nous et autour de nous.

 

 

AMEN

 

 
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