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SAINT HILAIRE DE POITIERS

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24
St Hilaire - (13 janvier 2004)
Mardi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Semur-en-Brionnais
Saint Hilaire chassé du Concile

F

rères et sœurs, même si saint Hilaire est quelquefois éclipsé par d'autres personnalités plus prestigieuses qui ont été ses contemporains, comme saint Athanase, par exemple ou saint Basile de Césarée, il me semble qu'il a une importance considérable, et je voudrais vous dire quelques raisons pour lesquelles j'aime particulièrement saint Hilaire, et je pense que nous devrions mieux le connaître.

Une première raison, c'est que saint Hilaire, évêque de Poitiers, a su accueillir un nouveau converti, saint Martin, qui sera plus tard évêque de Tours, mais qui surtout introduira et sera pour cela protégé et soutenu par saint Hilaire, introduira la vie monastique en France, et par là même en Occident. C'est donc un rôle important qu'a joué saint Hilaire, de savoir reconnaître cette forme nouvelle de vie qui, au moment où cessaient les persécutions, va se développer comme étant une sorte d'idéal d'adhésion totale, parfaite, à la présence de Dieu dans le monde.

Une autre raison beaucoup plus importante encore pour laquelle j'aime particulièrement saint Hilaire, c'est que confronté à l'hérésie arienne qui a ravagé l'Église pendant tout ce quatrième siècle, Hilaire non seulement a su défendre la divinité du Fils, comme nous venons de l'entendre dans les textes que nous avons lu ou chanté, non seulement il a défendu la divinité du Fils, non seulement il a défendu son égalité avec le Père, comme l'avait défini le Concile de Nicée, mais encore, il a su, le premier, trouver une formule pour manifester l'importance dans notre vie la plus concrète, de la Trinité. La Trinité nous dit saint Hilaire, c'est reconnaître que le Dieu unique, ce Dieu qui traverse toute la révélation de l'Ancien Testament, et qui est nôtre au même titre que pour nos frères d'Israël, ce Dieu unique n'est pas un Dieu solitaire. On pourrait imaginer, et de nombreuses religions, non seulement celle d'Israël, mai aussi celle de l'islam, que cette unicité de Dieu le met tellement à part de tout ce qui existe, de toutes les créatures, qu'Il est absolument seul à être l'infini, l'absolu, l'éternel. Ce Dieu de beaucoup de religions monothéistes, ce Dieu unique, est ainsi tellement éloigné du monde, tellement séparé de tout ce que nous pouvons expérimenter, que d'une certaine manière, Il vit en se suffisant à lui-même. Tel n'est pas le Dieu de l'évangile, tel n'est pas le Dieu des chrétiens.

Le Dieu des chrétiens, même s'Il est infiniment au-dessus de toute créatures, n'est pas un Dieu solitaire, c'est un Dieu de communion, parce que c'est un Dieu qui est Père, Fils et Esprit Saint, intimement unis pour l'éternité, par ces relations qui les lient les uns aux autres. Par cette communication d'amour qui circule du Père au Fils, et du Fils au Père et du Père à l'Esprit, et de l'Esprit au Père et au Fils, cette communication même les établit dans une unité d'amour qui est le cœur, le centre de toute révélation, de tout ce qui existe dans le monde. Ce qui fait que pour nous aussi, l'amour, la relation à l'autre est fondamentale, elle est ce qui est à la base même de notre existence, de notre vie, relation d'amour au Père, au Fils et à l'Esprit, relation d'amour à chacun de nos frères, relation d'amour qui ainsi, structure notre vie et nous fait dépendants les uns des autres, et tous ensemble, dépendants de Dieu qui lui-même vit dans cette communication et cette communion d'amour éternel.

Une dernière raison pour laquelle j'aime particulièrement saint Hilaire, c'est que non seulement il a souffert pour la foi, non seulement il a été exilé pendant de nombreuses années de son siège épiscopal de Poitiers en Orient. Mais au lieu de vivre cet exil en Orient comme une épreuve, comme une punition, comme une sorte de martyre pour la foi, il a eu l'intelligence d'utiliser cet exil pour entrer en contact avec tous les évêques d'Orient qu'il a pu rencontrer, non seulement ceux qui défendaient la vraie foi, mais aussi ceux qui apparemment semblaient plus ou moins pactiser avec les hérésies ariennes. Hilaire a eu l'intelligence de les écouter, de dialoguer avec eux et de découvrir chez beaucoup d'entre eux, qu'ils n'étaient pas en dépit des apparences, des adeptes de cette hérésie, mais qu'il y avait des problèmes qu'ils n'arrivaient pas entièrement à résoudre, et qui expliquaient, leurs hésitations sur les formules de la foi. Je ne vais pas entrer dans le détail de ces discussions théologiques, mais ce que je voudrais montrer, c'est que cet homme du quatrième siècle, d'une époque où l'on était très à cheval sur la défense de la foi, cet homme a su entendre, écouter, découvrir chez des interlocuteurs qui étaient peut-être ou auraient pu être des adversaires, découvrir quelque chose qui méritait d'être entendu, accueilli, analysé, et d'être peut-être sauvé. Ainsi, saint Hilaire me semble un prototype lointain de ce que peut-être le dialogue œcuménique, qui n'est pas simplement l'affirmation des positions de la foi, mais aussi l'écoute mutuelle, pour essayer de découvrir dans la pensée de l'autre, quelque chose qui mérite d'être écouté, et peut-être d'être accepté au moins en partie, en tout cas, d'être transfiguré dans un dialogue ouvert et dans un dialogue attentif.

Que cette figure de saint Hilaire si moderne par plus d'un aspect, nous soit familière et qu'elle nous invite à approfondir notre connaissance de la foi, non pas simplement dans une rigidité, qui est souvent nécessaire, et saint Hilaire a su être ferme et souffrir pour la foi, mais aussi dans une sorte de souplesse d'écoute et d'attitude qui nous permette d'aller plus loin dans un dialogue.

 

AMEN