AU FIL DES HOMELIES

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DÉFENSEUR DE LA FOI : SAINT HILAIRE

Ex 3, 11-14 ; Mt 7, 21-29
St Hilaire - (13 janvier 1986)
Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Semur-en-Brionnais : portail occidental

Détail du tympan : Saint Hilaire 

 

S

aint Hilaire que nous fêtons aujourd'hui a souffert l'exil pour proclamer que le Dieu des chrétiens était Père, Fils et Esprit Saint, pour proclamer que le Dieu unique était une communion de trois personnes. Aujourd'hui, nous n'avons peut-être pas toujours la perception assez profonde et assez aiguë de l'enjeu de ces débats qui n'étaient pas simplement des débats théologiques, mais dans lesquels il y allait de la véritable foi. Pour beaucoup de chrétiens aujourd'hui, hélas, le problème de la Trinité n'est rien d'autre que le petit triangle qu'ils avaient vu sur leur catéchisme et par lequel on leur expliquait que les trois côtés étaient distincts comme les trois personnes, mais que cela ne formait qu'un seul triangle comme il y a un seul Dieu. 

C'est pourquoi le fait que les Pères de l'Église, au quatrième siècle, se soient battus avec tant d'acharnement autour de cette question nous paraît à certains moments, un peu lointaine et l'on se demande pourquoi ils ont souffert, comme Athanase qui est allé sept fois en exil ou comme Hilaire de Poitiers un long exil très dur de quatre années. En réalité, le problème est le suivant. Lorsque la foi s'est répandue dans le monde grec et romain, cette foi était relativement acceptable du point de vue d'un monothéisme car confesser un Dieu unique cela convenait à la sensibilité religieuse de l'époque. Le paganisme lui-même, depuis environ un siècle et demi, avait fait du point de vue religieux des progrès considérables et il était passé de ce polythéisme qui souvent nous fait sourire à une perception plus philosophique, plus spirituelle d'un Dieu unique qui gouvernait tout le monde et tout l'univers. 

Cependant lorsque le christianisme était confessé pour proclamer le Dieu unique, il était relativement bien accepté, mais si le Dieu était unique, il n'était qu'unique, et par conséquent on ne pouvait pas dire que Celui qui était venu, Jésus, était vraiment Dieu. Et dans la mentalité païenne, on préférait penser, à partir même de cette manière païenne de penser les choses, que le Christ n'était ni homme ni Dieu, qu'il n'était pas Dieu parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui était considéré comme le Père de toute chose, mais qu'il n'était pas non plus homme, car il avait manifesté par les miracles, par sa résurrection, par sa mort et par le caractère tout à fait exemplaire de sa vie, qu'il était pour ainsi dire un être intermédiaire entre Dieu et les hommes. Cette hérésie s'appelait l'arianisme, du nom du prêtre Arius, prêtre à Alexandrie qui l'avait, pour la première fois, formulée de façon assez rigoureuse. 

Mais, vous le comprenez, voir les choses de cette manière c'est bien sûr, réduire la foi chrétienne et le dogme chrétien uniquement à un schéma et à une conception de notre propre raison. C'est uniquement n'accepter la foi que dans la mesure où elle nous paraît acceptable. Mais plus encore, et c'était cela qui était le plus dramatique, c'était retomber dans une conception païenne, c'était méconnaître totalement l'originalité de la foi chrétienne, car si le Christ n'était pas Dieu, ce n'était pas Dieu Lui-même qui s'était révélé, ce n'était pas Dieu Lui-même qui s'était engagé dans l'histoire, ce n'était pas Dieu Lui-même qui nous avait apporté le salut. Et par conséquent, notre salut ne serait pas d'aller vers Dieu, mais d'aller vers un être intermédiaire, dans un Royaume des cieux qui serait une sorte de participation très vague, très floue, très lointaine à la vie même de Dieu. 

Ce qui était en question c'était : est-ce que l'homme est le partenaire immédiat et direct de Dieu ? ou bien est-ce que l'homme est une si petite chose que Dieu lui a envoyé simplement un ange, un messager, un intermédiaire, un serviteur d'une condition à peine plus forte que l'homme ? ce dont il s'agissait était de savoir si l'homme était vraiment le partenaire de Dieu ? Aujourd'hui nous considérons cela généralement sans trop de difficultés, bien qu'à certains moments, des doutes se lèvent dans l'Église contemporaine sur le problème même de la divinité de Jésus et à lire certains ouvrages on a l'impression que nous ne sommes pas loin d'une version moderne de l'arianisme, dans lequel le Christ est uniquement un modèle ou un exemple pour bien vivre sa vie humaine et bien mériter de Dieu. Je crois que la seule résolution qu'il puisse y avoir c'est précisément celle-ci : ce qui a sauvé l'Église à ce moment-là de l'hérésie arienne dans laquelle elle pouvait tomber, c'est bien sûr tout l'acharnement qu'y ont mis tous les Pères de l'Église, saint Athanase, les Pères Cappadociens, saint Hilaire. Mais ce qui a vraiment sauvé l'Église à ce moment-là, c'est la perception spirituelle dans la vie des plus humbles et des plus modestes chrétiens de l'absolu de la rencontre de Dieu, dans la prière, dans le sacrement du frère et dans tout ce qui se vit au cœur même de l'Église. C'est dans la mesure où ils ont compris, où ils ont cru que ce qui leur était donné à ce moment-là c'était Dieu Lui-même, la vie même de Dieu, que le Christ ne pouvait pas être un intermédiaire entre Dieu et les hommes. Il était vraiment Dieu fait vraiment homme pour nous sauver. 

Que la célébration de la fête de saint Hilaire nous affermisse toujours davantage dans notre foi au Dieu unique, le Père, le Fils et le Saint Esprit qui fait de chacun de nous des partenaires directs de son amour et de la communion qu'Il veut pour nous. 

 

AMEN

 

 

 
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