AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE D'UN DIEU INCARNÉ

Ex 3, 11-14 ; Mt 7, 21-29
St Hilaire - (13 janvier 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Hilaire de Poitiers

H

 

ilaire est originaire d'Aquitaine, de famille païenne. Il est né au début du quatrième siècle. Il se convertit à la lecture des Écritures qu'il connaissait avant sa conversion et que la droiture de son intelligence accueillait comme source de vie. Puis, à l'intérieur de ces Écritures et spécialement de l'évangile de saint Jean, il allait découvrir le mystère de Dieu incarné et c'est dans cette Incarnation du Christ, fils de Dieu, vrai homme, que s'enracine toute l'orientation de sa vie spirituelle, toute sa doctrine théologique et tout son ministère d'évêque. Il est élu évêque de Poitiers vers l'âge de trente cinq ans. Il est marié et il a une petite fille, semble-t-il, puisque l'une de ses lettres porte cette adresse : "A ma fille Abra". Nommé évêque, c'est le Royaume qu'il cherche avant tout et il accepte de se séparer de sa femme et de sa petite fille qu'il aimait pourtant beaucoup.

La vie de saint Hilaire s'inscrit dans celle de ces grands théologiens, pasteurs et docteurs de l'Église des troisième et quatrième siècles. A cette époque, un évêque pouvait devenir le rempart de la foi et protéger l'Église de tout un pays contre les hérésies. Ce fut le cas en Italie de saint Ambroise, en Gaule de saint Irénée au deuxième siècle et de saint Hilaire au quatrième siècle.

Saint Hilaire a fondé toute sa foi dans le mystère de Noël, dans ce mystère que nous venons de célébrer solennellement : "Jésus est le Fils de Dieu, Jésus est vrai Dieu, Jésus est vrai homme. C'est en Lui et en Lui seul que l'homme peut retrouver, de façon intacte, définitive et heureuse, l'image selon laquelle il a été façonné au début de la création."

Le ministère épiscopal d'Hilaire a eu une grande importance par sa prédication et par ses écrits. Aidée par une intelligence lucide et droite, par une approche très sûre des mystères de Dieu, par une spiritualité pleine de sagesse puisée continuellement dans la méditation des Écritures, dans la célébration des mystères divins, sa prédication a eu un très grand retentissement. Il serait d'ailleurs utile qu'aujourd'hui, pasteurs ou chrétiens, la relisent. Pourquoi ? Parce que la prédication d'Hilaire a affirmé et confessé le Christ comme, je le souligne, vrai Dieu et vrai homme. Cela pour combattre l'hérésie aryenne qui se répandait à grande vitesse dans les Églises d'Orient mais aussi dans les Églises latines d'Occident.

La parole d'Hilaire était tellement forte qu'il fut exilé en Asie Mineure et là, profitant de sa liberté, il a beaucoup réfléchi, il a beaucoup écrit. Et là encore, ses écrits ont dérangé puisque les ariens eux-mêmes vont lui demander pour avoir la paix et de regagner son évêché occidental, pensant qu'il serait moins dangereux au fin fond de la Gaule qu'au cœur même de l'Église en Turquie, centre de l'Asie Mineure.

L'hérésie arienne combat le Christ dans sa divinité. Elle a eu de multiples courants de multiples conséquences et je pense que tous ces courants, toutes ces conséquences ne sont pas tout à fait morts, et qu'aujourd'hui, probablement, un des drames de l'Église et de la foi, spécialement en Occident, c'est que, souvent, si nous sommes un petit peu attentifs à ce qui se dit, à ce qui se proclame, dans l'Église, quels que soient parfois ses niveaux, on retrouve quelques réminiscences très vives et très claires de cet arianisme. A chaque fois que des chrétiens font passer les découvertes de la raison, font passer une conception rationaliste de l'Écriture, font passer une vision et une compréhension subjectiviste des mystères de la foi, à chaque fois que nous reposons notre foi sur des philosophies comme celle de Descartes, de Hegel ou de leurs successeurs, nous sommes en plein arianisme, parce que le mystère de Dieu est vidé de son centre et il s'appuie non pas sur la Révélation et sur lui-même, mais sur ce que nous en comprenons, sur ce que nous voulons en comprendre, et cela est toujours une réduction terrifiante, donc une perte de la foi, un amoindrissement et une décroissance de cette foi dans notre cœur et dans le cœur de l'Église.

Alors, en ces temps d'Epiphanie, où le Christ se manifeste à tous les hommes et à nous en premier lieu, puisque nous le cherchons face à face, dans la méditation de l'Écriture, dans la célébration des mystères, dans l'eucharistie, que ce Christ puisse se manifester tel qu'Il est et non pas tel que nous le voudrions, non pas avec le visage que nous voudrions lui donner parce que ce visage nous arrangerait, ressemblant trop au nôtre. Que ce temps de l'Epiphanie du Christ recentre notre foi, non pas d'abord sur ce que nous en vivons ou sur ce que nous en comprenons ou n'en comprenons pas, mais sur ce fait central, essentiel et nécessaire à la vie de tout un chacun que Dieu est Dieu, qu'Il s'est révélé comme Dieu, que Jésus est l'Envoyé de Dieu, qu'Il est vrai Dieu et vrai homme et cela sans que nous puissions en ajouter ou en retirer.

C'est cela que signifie l'évangile que je viens de lire : "Ce ne sont pas ceux qui disent : "Seigneur ! Seigneur !" qui entreront dans le Royaume des cieux." Cela, beaucoup d'hommes en sont capables, et les Ariens le faisaient, "mais ce sont ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux." Or la volonté du Père, c'est que nous puissions accueillir, dans un cœur sincère, Celui qu'Il a envoyé, son Fils bien-aimé, son Fils Unique, pour que nous puissions retrouver en Lui notre véritable nature, notre véritable condition d'hommes créés à son image et de fils de Dieu restaurés dans la mort du Christ.

 

AMEN

 
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