AU FIL DES HOMELIES

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POUR LA DÉFENSE DE LA FOI

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24
St Hilaire - (13 janvier 1992)
Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous n'honorons pas saint Hilaire de Poitiers comme il le mérite car il est relativement peu connu et c'est pourtant un des très grands saints de l'histoire de l'Église. Je voudrais souligner trois traits de cette sainteté particulière qui fut la sienne.

Il a d'abord été un grand évêque très soucieux de l'évangélisation de son diocèse de Poitiers, de l'évangélisation des campagnes et de la naissance de la vie monastique. En général, nous ne savons pas que saint Martin de Tours qui est vénéré comme celui qui est à l'origine de la vie monastique en France était disciple de saint Hilaire. Nous sommes donc en pré­sence de quelqu'un qui est à l'origine de cette foi humble et profonde des campagnes françaises qui, à travers les siècles, n'a cessé de nourrir de génération en génération tous ceux qui sont venus jusqu'à nous.

Saint Hilaire a été aussi un très grand théolo­gien et un grand défenseur de la foi à l'époque de l'hé­résie arienne. Hérésie à la fois très simple dans sa pensée et très compliquée dans son histoire. Très sim­ple car Arius simplifiait bien les choses : il y avait un seul Dieu, le Père, et Jésus, le fils n'était pas vraiment Dieu mais simplement la plus haute des créatures. Ainsi tout était ramené dans l'ordre, la Trinité et tou­tes les complications de notre théologie se trouvaient ramenées à des idées relativement simples ; il y avait Dieu et dans le reste toutes sortes de créatures dont le Christ était la plus haute d'entre elles. saint Hilaire est le premier, en Occident, à peu près en même temps que saint Athanase en Orient, à s'être élevé contre cette hérésie qui était la ruine même de toute notre foi chrétienne. Nous étions ramenés purement et simple­ment à l'Ancien Testament et à cette foi monothéiste des juifs comme celle des musulmans. Toute la spéci­ficité du christianisme disparaissait et saint Hilaire a su le dire avec des mots simples. Une des phrases qu'il avance souvent c'est que "notre Dieu n'est pas un Dieu solitaire, mais un Dieu de communion." Je crois que, par-delà les complications et les discussions théologiques, c'est l'enjeu même de cette lutte pour la foi. Non pas un Dieu seul qui, dans son paradis, serait à l'écart de tout le reste de l'univers, mais un Dieu qui, déjà dans son mystère propre et le plus intime, est un Dieu de communion, un Dieu d'amour parce qu'Il est trois personnes qui vivent dans l'intensité de cet échange interpersonnel d'amour qui est précisément la vie de Dieu et toute vie. Un Dieu de communion et non pas un Dieu solitaire. Et pour cette foi, Hilaire a subi l'exil. Il a été chassé de son diocèse de Poitiers et envoyé en Orient où il a passé plusieurs années, les plus riches de sa vie, éloigné de ses fidèles, éloigné de son diocèse.

Et Hilaire a été assez intelligent quand il se trouvait en Orient pour prendre contact avec toutes les tendances théologiques qui étaient à l'œuvre à cette époque en cet Orient effervescent car cette hérésie arienne que je vous ai présentée d'une manière très simple avait des tas de ramifications, des tas de com­plications et entre la foi officielle du concile de Nicée et l'hérésie arienne dans toute sa vigueur, il y avait tout un tas d'intermédiaires. Hilaire a été le premier à savoir déceler chez plusieurs de ceux qu'on tenait pour des hérétiques une recherche sincère de la vraie foi qu'ils essayaient maladroitement d'exprimer avec les mots dont ils disposaient. A cette époque, le mot de "personne" n'existait pas. On n'avait donc aucun moyen pour dire ce qui en Dieu "était trois". Il y avait un seul Dieu, une unique nature divine, mais qu'est-ce que ces trois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ? Nous, nous disons, il y a trois personnes divines et Dieu sait que ce mot "personne" a eu un succès considérable puisque maintenant on l'a transposé de la divinité à l'humanité et que l'on parle sans cesse des droits de la personne humaine. Et bien ce mot n'existait pas, il n'y avait rien pour dire la personne humaine et rien pour dire les personnes divines. Ces pauvres théologiens, ces pauvres évêques se débrouillaient comme ils pou­vaient et ils essayaient de naviguer entre des écueils, l'un qui effectivement comme Arius aurait fait du Christ une nature supérieure ou un sous-Dieu, un au­tre qui aurait fait du Père, du Fils et du saint Esprit simplement trois façons de parler d'un unique Dieu, trois mots pour dire la même chose. Au milieu de toutes ces difficultés, Hilaire a compris comment certains, maladroitement essayaient quand même de dire leur foi. Il s'est fait l'apôtre de l'orthodoxie d'un bon nombre d'évêques qui étaient pourtant considérés, de façon un peu simpliste, comme hérétiques parce qu'ils n'avaient pas encore su trouver les mots adé­quats pour dire leur foi. Je crois que c'est là le plus grand mérite de saint Hilaire, c'est la plus grande gloire de son intelligence d'avoir su lire la foi, même dans des expressions imparfaites, parce que son cœur savait comprendre ce qui se passait dans le cœur de ses interlocuteurs. Quand il se trouvait en exil au contact de tous ces évêques d'Orient qui chacun avait sa théorie, il les écoutait non pas avec un esprit froid et dur mais avec un esprit pénétré de cette intelligence du cœur qui seule permet d'atteindre à la vérité.

Sachons donc aujourd'hui du moins vénérer saint Hilaire pour ses immenses qualités qui ne sont pas si fréquentes. Et considérons que nous avons là un père et un patron pour notre foi, pour la finesse et la délicatesse de notre foi et de notre cœur quand nous nous écoutons les uns les autres.

 

 

AMEN

 

 
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