AU FIL DES HOMELIES

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LA BEAUTÉ DE DIEU

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24
St Hilaire - (13 janvier 1993)
Mercredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Hilaire, évêque de Poitiers, lui qui a ac­cueilli le célèbre saint Martin qui a évangélisé tant de paroisses du centre de la France, est un des grands théologiens, des grands docteurs de la foi. Il s'est trouvé confronté à la plus grande crise que l'Église ait traversée, celle de l'arianisme qui niait la divinité de Jésus pour n'en faire qu'une créature supé­rieure, exceptionnelle, parfaite certes, mais une créa­ture. Hilaire a combattu de toutes ses forces cette dé­formation de la foi, notamment dans un long ouvrage au cours de ses années d'exil car l'empereur, lui-même arien, a exilé Hilaire pendant de nombreuses années. Hilaire a écrit un long ouvrage sur la Trinité pour défendre la divinité du Fils.

Au début de cet ouvrage, Hilaire nous raconte sa propre conversion. En voici quelques lignes.

"En regardant autour de moi, je me suis de­mandé quel pourrait bien être le but propre d'une vie humaine et sa valeur, afin de découvrir, par les ac­quisitions des sages, tout ce qu'une vie d'homme pou­vait apporter à notre intelligence qui soit vraiment digne du don que Dieu lui a fait. Aujourd'hui comme par le passé, deux valeurs paraissent être l'idéal su­prême des mortels, le loisir joint à la richesse. Ces biens semblent contenir les charmes les plus grands, les plus alléchants de la vie. Cependant, si on y re­garde de plus prés, ils n'apparaissent guère étrangers au plaisir habituel des animaux. Ceux-ci, dans leur course vagabonde à travers les forêts et les vastes pâturages y sont affranchis du travail et se rassasient de nourriture dans les pacages. Si l'on place le but idéal et absolu de notre vie dans le repos et l'abon­dance, reconnaissons-le, nous partageons ces biens avec les animaux privés de raison, compte tenu des perceptions sensibles propres à chaque espèce. Mais, je le constate, la plupart des hommes ont quitté ce genre de vie digne des bêtes. Ils n'en veulent pas pour eux-mêmes, le critiquent chez les autres et jugent indigne d'un homme de se croire né uniquement pour satisfaire son ventre et vivre dans la paresse. Ils pen­sent que nous sommes venus à la vie non pas seule­ment pour nous distinguer par quelque action d'éclat ou nous appliquer à quelque honorable profession, et sans hésitation, ils pensent que nous devons avancer non seulement vers un progrès humain mais vers l'éternité. C'est pourquoi, s'élevant par leur ensei­gnement et leurs actions à une certaine vertu de pa­tience, de tempérance, de clémence, beaucoup d'hommes ont jugé que bien agir et bien penser, c'était bien vivre. Je reconnaissais sans difficulté le bien-fondé et l'utilité d'un tel enseignement Toutefois ces maîtres, eux-mêmes, de la sagesse ne me sem­blaient pas aptes à conduire l'homme au bonheur. Or mon âme se sentait pressée, non seulement de faire ce dont l'omission aurait été criminelle ou douloureuse, mais elle désirait connaître Dieu, l'auteur d'un si grand don. Mon âme se devait d'être tout à Lui et mon cœur brûlait d'un désir très ardent de m'instruire au sujet de Dieu pour le connaître. Je ruminais ces pen­sées et bien d'autres lorsque je tombai sur les livres que la foi des Hébreux tient pour avoir été écrits par Moïse et les prophètes. Je lus le témoignage que le Dieu créateur rend de Lui-même en ces termes : "Je suis Celui qui Suis !" Tu diras aux enfants d'Israël : "Je Suis" m'a envoyé vers vous."

(Vous comprenez pourquoi nous avons lu, tout à l'heure, ce passage de l'Exode, puisqu'il a été décisif dans la conversion de saint Hilaire.)

"Une définition si parfaite de Dieu me rem­plissait d'admiration. Dans un langage parfaitement adapté à l'intelligence humaine, elle traduisait l'in­compréhensible connaissance de la nature divine".

Mais voici que le cheminement spirituel d'Hilaire va continuer. Il va comprendre que Dieu est plus beau que toute beauté, que ce Dieu merveilleu­sement beau ne peut être saisi que par la foi, que les forces de l'intelligence humaine sont impuissantes à s'approcher de Dieu et qu'il fallait s'en remettre à sa propre Parole. "Toutefois, dit-il, mon âme restait ob­sédée d'une certaine crainte pour elle-même et aussi pour son corps. Certes, je conservais la conviction profonde qui me venait de mon adhésion aimante a Dieu et pourtant je restais inquiet pour moi-même, en souci pour ce corps, cette demeure de ma chair dont j'avais le sentiment qu'elle allait périr. C'est alors qu'après m'être instruit de la Loi et des prophètes, je pris connaissance des enseignements de l'évangile, et je lus : "Au commencement, était le Verbe, et le Verbe était prés de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était la lumière qui luit dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu se saisir de Lui. Le Verbe était la vraie lumière qui illumine tout homme venant dans le monde. A tous ceux qui L'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir Enfant de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair !" Ici, mon esprit dépassait les limites de ses capacités naturel­les, et il apprit de Dieu plus qu'il ne pouvait imaginer. Il comprit que son Créateur était Dieu né de Dieu. Il entendit que le Verbe-Dieu était auprès de Dieu dès le commencement et que ce Verbe était venu chez Lui, que ce Verbe n'avait pas été reçu par les siens, mais qu'à celui qui était "né de Dieu", Il avait donné le pouvoir d'étreindre son Seigneur, car le Verbe s'est fait chair."

Voici donc l'itinéraire spirituel et théologique d'Hilaire au moment de sa conversion. Et il s'est rendu compte immédiatement de l'importance de ce Verbe-Dieu fait chair, de ce Dieu-Homme. Et c'est pourquoi, à partir de ce moment-là, il n'a cessé de lutter pour faire reconnaître la divinité du Christ sans laquelle nous n'étions pas sauvés, sans laquelle nous n'étions encore que soumis à nos péchés en face d'un Dieu lointain, en face d'un Dieu solitaire. Il a compris que Dieu n'était pas seul, éloigné de nous, mais que Dieu était communion et une communion ouverte à nous, une communion à laquelle nous sommes appelés. Et voici quelques mots par lesquels il nous invite à entrer dans ce mystère.

"Ecoute le Père inengendré ! Ecoute le Fils unique engendré ! Ecoute : "le Père est plus grand que Moi". Ecoute : "le Père et Moi, nous sommes un". Ecoute : "Qui Me voit, voit aussi le Père !" Ecoute : "le Père est en Moi et Je suis dans le Père !" Et en­core : "Je suis sorti du Père". Et encore : "Tout ce qu'a le Père, Il l'a remis au Fils." Ecoute le Fils, Image, Sagesse, Puissance, gloire de Dieu. Allons ! Approche-toi du Père. Approche-toi du Fils. Glisse-toi au creux de ce mystère ! Glisse-toi entre le seul Dieu inengendré et le seul Dieu engendré. Immerge-toi dans les flots secrets de cette merveilleuse nais­sance. Mets-toi en route ! Marche ! N'aie point de relâche ! Je le sais, tu n'arriveras jamais au bout. Mais tout de même, tu as pris ton départ, car celui qui poursuit l'Infini de sa foi aimante, même s'il n'en at­teint jamais la totalité, profitera pourtant de cette recherche, car il y aura gagné d'avoir approfondi le sens de sa vie."

Que sous la conduite de ces maîtres qui nous ont transmis la foi dans toute sa pureté, dans toute sa merveilleuse intégrité, nous nous glissions, nous aussi, au cœur du mystère, pour recevoir sa plénitude et en vivre.

 

AMEN

 

 

 
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