AU FIL DES HOMELIES

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LA VÉRITÉ DE LA FOI

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24
St Hilaire - (13 janvier 1994)
Jeudi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous fêtons aujourd'hui un grand défenseur de la foi. Saint Hilaire, deuxième moitié du quatrième siècle a connu ce grand boulever­sement de l'Église qui commençait à s'installer et qui a été secouée par une grande hérésie l'arianisme. En réalité ce n'était pas une hérésie mais une prolifération d'hérésies dans laquelle l'idée directrice, quelles qu'en soient les formes, était toujours la même : il n'y avait qu'un Dieu et c'était le Père, puis il y avait un sous Dieu qui était le Fils et éventuellement un troisième qui était le saint Esprit. On a dit beaucoup de choses là-dessus. J'aimerais attirer votre attention sur un dé­tail qui a son importance.

Pourquoi l'arianisme avait-il un tel succès ? C'est parce qu'il était religieusement très à la mode. Les anciens étaient spontanément polythéistes. Le milieu dans lequel le christianisme s'est répandu était un milieu païen avec une multitude de dieux et qui concevait la société des dieux exactement sur le mo­dèle de la société humaine. Elle était alors soigneu­sement hiérarchisée avec des postes de plus en plus importants et à la clé l'empereur. On imaginait assez facilement et assez volontiers que le monde divin avait à peu près la même structure et la même organi­sation. Par conséquent, il fallait un chef et c'était le Père inaccessible, invisible, puis il fallait toute une administration, un tas de sous-fifres chargés de gérer non seulement le monde divin mais la destinée des hommes. Par conséquent, quand le christianisme a été reçu, Jésus-Christ, l'Envoyé de Dieu, apparaissait presque évidemment comme un dieu secondaire, comme une sorte de messager de Dieu, un dieu de seconde catégorie. Et quand on prendra petit à petit conscience du rôle de l'Esprit dans l'Église, on aura aussi tendance à le concevoir comme un dieu gestion­naire, une sorte d'intendant chargé d'exécuter les or­dres du Père parce que, pour le Père, ce serait abso­lument indigne de s'occuper du monde.

En réalité c'était une interprétation du chris­tianisme telle que tout le monde la pensait, c'était la manière la plus courante, la plus satisfaisante religieu­sement de s'approprier la foi chrétienne. C'est pour cela qu'il a été si difficile et si délicat parce qu'en plus c'était porteur de grande piété. Si on honorait le Fils comme Celui qui s'occupe du monde, on avait encore beaucoup plus de dévotion pour Lui. S'il n'était pas transcendant par rapport au monde, s'il n'était pas véritablement Dieu comme le Père, il pouvait s'occu­per beaucoup de nous et par conséquent Il était un modèle presque accessible presque imitable. Par conséquent, dans la littérature arienne, nous avons affaire à un déploiement de piété, de spiritualité, de choses très douceâtres et très édifiantes qui, évidem­ment devaient en tromper plus d'un.

C'est la raison pour laquelle, pour les évêques qui ont véritablement défendu l'orthodoxie, Athanase, Grégoire de Nazianze, Basile, Hilaire entre autres, tous se sont bagarrés avec beaucoup de difficultés à se faire comprendre car ce qu'il s'agissait de sauver c'était précisément que Celui qui est venu est vrai­ment Dieu. Quand on défendait la Trinité, on affirmait que c'était vraiment Dieu en personne qui était venu nous visiter, pas un sous-Dieu, pas un sous-fifre. Donc si Dieu était Lui-même venu nous visiter et nous révéler l'amour du Père, entre Celui qui était venu et Celui qui l'avait envoyé, il y avait une com­munion divine qui est d'une société infiniment plus profonde et infiniment plus exigeante à comprendre pour l'intelligence que ce que les ariens avaient "adapté". En réalité, le christianisme arien était exac­tement de la religion adaptée aux besoins du temps, ce dont on fait aussi parfois grand cas pastoralement aujourd'hui. L'arianisme c'était le souci de s'adapter au monde.

Précisément les gens comme saint Hilaire ont compris que le problème de l'adaptation n'était pas le problème majeur, mais que le problème majeur était de rendre compte que ce soit vraiment Dieu qui soit venu chez nous et que ce Dieu était un vis-à-vis, à l'intime de Lui-même, un vis-à-vis de personnes. Il ne fallait diminuer en rien la divinité du Fils sous pré­texte de sauvegarder la transcendance du Père, mais que, au contraire, plus on affirmait la divinité du Fils, plus on était remis devant le mystère de Dieu, ce mystère du "Je suis qui Je suis" de l'Exode. En réalité ce n'était pas concéder quelque chose au polythéisme ambiant mais c'était au contraire le combattre à sa racine, éviter toute sorte d'anthropomorphisme pour penser Dieu et pour penser la communion en Dieu.

Vous voyez que ce genre de choses est beau­coup plus actuel qu'il n'y parait. Aujourd'hui ce n'est plus l'arianisme qui paraît être la tension théologique dominante, mais à certains moments, ce n'est pas toujours ce qui paraît le plus pieux, le plus spirituel, le plus recueilli, etc... qui est véritablement la ligne pro­fonde de la foi orthodoxe. Parfois, sous prétexte de religiosité, le christianisme peut se défigurer, peut s'abîmer, peut être caricaturé, précisément avec les meilleures intentions.

Alors demandons que notre Église, aujour­d'hui, retrouve à la racine d'elle-même, à la racine de sa foi, de sa charité, de sa communion ecclésiale, ce sens de l'orthodoxie de la foi qui n'est pas simplement une sorte d'adaptation pour satisfaire les besoins reli­gieux de l'humanité, ce n'est vraiment pas un pro­blème car l'humanité s'inventera toujours des idoles et n'importe quoi pour se satisfaire religieusement, mais pour que nous trouvions le sens véritable de la pro­clamation de la foi. En l'occurrence, que par l'intercession de saint Hilaire, nous essayions d'avoir cette vigilance et ce sens de l'exigence du mystère de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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