AU FIL DES HOMELIES

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LE SALUT EST UN DON, UNE GRÂCE

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24
St Hilaire - (13 janvier 2001)
Samedi de la première semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

E

n célébrant aujourd'hui la mémoire de saint Hilaire, nous prions et nous demandons l'in­tercession d'un homme qui s'est montré ex­trêmement courageux et qui a risqué sa vie, qui a souffert l'exil pour défendre une chose qui aujourd'hui nous paraît tantôt évidente si nous sommes très croyants, tantôt pas très importante si on n'est pas très croyant, c'est le fait que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. A l'époque de saint Hilaire, beaucoup croyaient que lorsqu'on parlait de Jésus, d'ailleurs beaucoup de nos contemporains pensent cela aussi un peu, qu'on parlait d'un homme extraordinaire, mais un homme. Un homme dont les qualités morales et la profondeur de l'enseignement, la sagesse pouvaient le mettre au même niveau qu'aujourd'hui nous essayons de mettre les grands sages de l'humanité, Socrate, Bouddha, un certain nombre d'hommes comme cela, qui pense-t-on, ont apporté à l'humanité un certain mieux-être, sinon un mieux vivre, du moins certaines exigences morales, spirituelles religieuses qui sont de plus en plus reconnues par tous, même si elles ne sont pas vécues par tous. Et donc déjà à l'époque, en 350, à peine 320, 330 ans après les événements qui se sont déroulés en Galilée, il y avait déjà des chrétiens qui donnaient une interprétation de leur foi en disant : nous croyons en un grand exemple moral, spirituel, une grande figure de sagesse qui nous permet de sa­voir comment vivre et comment finalement pouvoir obtenir la récompense éternelle.

Vous voyez tout de suite la conséquence de cette manière de faire. Si Jésus est simplement un modèle, c'est l'homme qui gagne et qui fait son salut. Si Jésus est simplement un homme, alors il nous montre un chemin, il nous montre des perspectives, mais à chacun de le suivre et de se débrouiller. Au fond, ce que saint Hilaire a vu, et c'est contre cela qu'il s'est battu, c'est l'idée que la religion et finale­ment l'effort des hommes pour s'approcher de Dieu, et parmi ces hommes, de temps en temps, surgit une grande figure, un grand génie qui ouvre des perspec­tives et qui trace des chemins, et Jésus serait l'un d'eux. Ce que saint Hilaire a défendu, et il n'est pas le seul, plusieurs autres grandes figures de la foi à cette époque se sont levées pour défendre ce sur quoi au­jourd'hui nous fondons notre foi et notre existence de chrétiens, saint Hilaire s'est battu pour dire : non, celui en qui nous croyons n'est pas simplement un homme, c'est vraiment Dieu. Ce n'est même pas sim­plement un homme extraordinaire, plus extraordinaire que les autres, qui dépasserait d'une pointure spiri­tuelle tous les autres humains et tous les autres sages, mais c'est vraiment Dieu. Et à ce moment-là c'est Dieu qui sauve, c'est Dieu qui vient, c'est Dieu qui a parlé en Jésus-Christ, c'est Dieu qui s'est manifesté à travers cet homme de Nazareth qui a manifesté la véritable attitude vis-à-vis du Père, comme nous l'en­tendions tout à l'heure dans l'évangile, tout ce que le Père fait, le Fils le fait également. Tout l'amour que le Père veut donner aux hommes, Jésus, le Fils de Dieu le donne également. Tout ce que le Père veut pour les hommes et leur salut, le Fils le veut également et le réalise également. Ainsi, le Salut, ce n'est pas nous qui gagnons en imitant Jésus-Christ par nos mérites et par nos forces, le salut, mais le salut, c'est d'abord un don, c'est d'abord une grâce, nous sommes sauvés parce que nous sommes aimés.

Pour vous frères et sœurs qui aujourd'hui êtes parmi nous à cause d'un deuil récent, vous voyez toutes les conséquences que cela peut avoir dans notre propre foi et même dans notre manière de vivre ce moment difficile qui s'appelle le deuil. C'est vrai que vivre un deuil, c'est vivre un arrachement, c'est vivre le fait que quelqu'un qu'on a aimé et avec qui l'on a partagé des milliers de choses tout d'un coup nous est arraché. La plupart du temps, nous voudrions essayer de nous souvenir, dans ce deuil comment cette per­sonne a pu être exemplaire, tout à fait encourageante, un appui, un soutien dans notre vie, et puis en réalité, à ce moment-là nous avons presque tendance à idéali­ser la figure de celui ou de celle qui nous a quitté. Ce n'est pas cela le vrai deuil. Le vrai deuil c'est de pou­voir dire à un moment donné : "Seigneur, tout ce qu'on a vécu sur la terre avec ceux ou celles que nous aimions, c'était déjà un don de ta grâce et de ton amour, maintenant, achève ce don". Et si nous sommes là maintenant, dans cette église pour prier pour eux, et pour elles, c'est parce que nous disons à Dieu : "Tout ce que Tu leur a donné durant leur vie, c'était le début, c'était le commencement de ta grâce, et maintenant achève l'œuvre de ta grâce". Au fond, le deuil, c'est une sorte de travail d'achèvement de la grâce, d'abord dans le cœur et dans la vie de ceux qui passent de ce monde au Père, mais aussi l'achèvement du travail de la grâce dans notre propre cœur et dans notre propre vie. Il faut qu'à un certain moment nous puissions pour ainsi dire lâcher prise et dire à Dieu : "Que par ta grâce, celui, celle que j'ai aimé, celui, celle que j'ai accompagné puisse entrer vraiment dans ton salut, mais d'une certaine manière, ce n'est pas moi qui le porte, c'est Toi qui l'as accueilli et sauvé. C'est ton amour sans mesure avec mon amour, sans mesure avec l'amour dont celui ou celle qui nous a quitté a pu t'aimer, qui est un amour sauveur".

Que ces paroles ne soient pas simplement de la consolation, mais qu'elles soient d'abord cette re­connaissance de la puissance de salut qui appartient exclusivement et seulement à Dieu. C'est cela qui est difficile dans notre foi chrétienne. On veut toujours récupérer des petits morceaux, on veut toujours se dire qu'on peut faire quelque chose pour se sauver ou sauver les autres, et la plupart du temps, on échoue. Que cette expérience de l'échec que représente éminemment le moment de la mort, parce que ce moment de la mort est le moment où l'on ne peut plus rien pour personne, que ce soit véritablement pour nous le moment où nous réalisions que la puissance de l'amour de Dieu manifestée en Jésus-Christ sauveur, vraiment Dieu, vraiment homme, c'est cela le mystère profond de notre existence, et que le moment de la mort, c'est le moment où cette puissance de l'amour de Dieu s'exerce souverainement et pleinement sur le cœur de tous les pauvres humains que nous sommes.

 

 

AMEN

 

 
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