AU FIL DES HOMELIES

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SAINT HILAIRE DE POITIERS, DÉFENSEUR DE LA FOI

Ex 3, 11-14 ; Jn 5, 19-24
St Hilaire - (13 janvier 2003)
Lundi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

e n'évoquerai pas toute la biographie de saint Hilaire de Poitiers, depuis certainement vingt-cinq ans que nous prêchons sur saint Hilaire de Poitiers, vous devez être à même de passer un exa­men, de connaître sa date de naissance et la date de sa mort, et tout ce qu'il a fait. Vous devez même être certainement très compétents sur toutes les œuvres qu'il a écrites.

En revanche, j'aimerais m'arrêter sur un point qui aujourd'hui me paraît important pour nous, parce qu'on fête quelqu'un comme saint Hilaire de Poitiers, il y a deux choses qui peuvent nous arrêter. La pre­mière, c'est celle de la distance : quel rapport entre un homme qui a vécu au quatrième siècle dans un contexte donné, dans un visage particulier de l'Église, et notre propre vie, notre propre siècle dans lequel le monde a évolué, la pensée a changé ? Deuxième chose qui peut aussi nous arrêter, c'est la manière dont nous voyons, dont nous percevons la vie de ces saints. Les présentant souvent et à juste titre comme des dé­fenseurs de la foi, nous adhérons facilement à l'idée qui est de croire que ce sont des hommes entiers, qui avaient une doctrine juste, on a même parfois en lisant ou en écoutant certains, qu'ils sont nés théologiens, et qu'ils avaient la vérité en eux de manière transcen­dante, et donc qu'ils n'avaient plus qu'à aller avec la croix brandie dans une main, et l'évangile dans l'autre, pourfendre l'hérétique, qu'il soit l'Arius, le Nestorius, le Pélage, ou quelqu'autre nom ! Or, cela nous plaît un peu moins, parce que nous sommes dans un monde où nous aimons plus le consensus, le compromis, voire même le tellement gris, que tout se noie dans ce gris. Et le visage de ces défenseurs de la foi peuvent nous faire peut ou en tout cas, sembler ne pas convenir à notre époque.

Remettons ces deux idées en cause. Premiè­rement, un homme du quatrième siècle (ce que je dis est presque bête), est un homme. Un homme du vingt-et-unième siècle est un homme. C'est-à-dire que saint Hilaire de Poitiers comme nous, s'est affronté aux mêmes joies, aux mêmes difficultés, aux mêmes grandeurs et aux mêmes misères propres à tout homme, quelles que soient les conditions de l'époque, quelles que soient les manière d'être ou de vivre. Deuxièmement, Hilaire a appris à être chrétien, il a appris à devenir un homme de foi, Hilaire a appris à réfléchir, à penser, à mieux connaître et à mieux ai­mer Dieu. Il n'a pas eu une science infuse, il n'est pas né évêque et il n'est pas né défenseur de la foi, il l'est devenu.

Et nous, qu'avons-nous à vivre ? A travers un exemple très simple, nous voyons que Hilaire n'est plus le même homme après avoir subi l'exil, après avoir été comme déporté. Il a été forcé, obligé d'aller en Orient et là d'y rencontrer des personnes, des grands noms de la foi, de rencontrer des gens qui n'avaient pas la même vision du monde que lui, en tout cas pas la même manière de le dire et de le vivre. Et lorsqu'il est revenu chez lui, cette expérience-là a été fondamentale, elle a compté, elle a influencé sa vie, et elle a influencé sa théologie. Cela lui a aussi permis de faire cette expérience, connaissant une au­tre Église, un autre monde, de pouvoir mieux saisir l'intérêt d'aider ceux qui un jour, avec saint Martin, fonderaient le monastère de Ligugé, de favoriser la vie de ses diocésains comme de ses moines, une vie spirituelle et théologale.

Si Hilaire est devenu un défenseur de la foi, c'est parce qu'il est devenu un défenseur de l'homme, un défenseur de l'homme chrétien qui à la recherche, à la quête d'un Dieu qui n'est pas une idée, qui n'est pas une théorie, qui n'est pas un traité dogmatique, mais qui est un personne. Un Dieu qui est relation. Et il n'a pas fait d'abord un traité de la Trinité en expliquant le mélange des relations des trois personnes, pour savoir comment tout cela tournait si bien, comme une horloge mécanique, non, mais il a certainement compris à travers les événements vécus, à travers la méditation de cette phrase de saint Jean que nous avons entendu: "Le Père donne au Fils et le Fils fait tout ce que le Père fait". Et la phrase-clé c'est : "Le Père aime le Fils, et le Fils fait ce qu'Il voit du Père". Il voit que le Père aime, alors le Fils aime. Si le chrétien est un autre Christ, un autre fils, alors le chrétien aime, alors le fils aime et il comprend un Dieu d'amour, il comprend alors un Dieu de relation où dans l'amour chacun vit selon sa part l'Alliance qui lui est donné de vivre dans l'égalité, dans le respect, dans la profonde relation, dans le véritable amour. Après on peut écrire des traités, après on peut faire de la dogmatique, mais Hilaire l'a d'abord vécu. Hilaire l'a laissé entrer en lui. Son expérience lui a certainement, au-delà de la douleur et des difficultés qu'elle a constitué, permis de mieux comprendre le mystère rédempteur d'un Fils qui sauve parce qu'Il aime, et qui aime parce qu'Il sauve. Il a certainement mieux compris au-delà de son exil et de la rencontre avec tous ces gens qu'il n'avait sans doute pas prévu, combien désormais, le mystère de l'homme de foi était un mystère d'identification au Christ, au Fils. Et là, il a pu défendre alors ce qui lui était le plus cher, non pas l'idée que Jésus était Fils de Dieu, mais cette réalité elle-même qu'il expérimente : "Je suis fils de Dieu comme le Fils, et c'est un trésor c'est ce qui m'est le plus cher". Alors, dans ces cas-là, je peux témoigner de ce qui me fait vivre. Et c'est comme cela certainement, qu'on devient un défenseur de la foi.

 

 

AMEN

 

 
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