AU FIL DES HOMELIES

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LA LUTTE POUR LA JUTICE

Ph 4, 4-9 ; Mc 10, 13-16
St Jean Bosco - (31 janvier 1994)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

S

aint Jean Bosco, au dix-neuvième siècle, s'est occupé non pas spécialement des petits en­fants, mais des jeunes en général et surtout des petits c'est-à-dire des pauvres, de ceux qui n'avaient pas de moyens. Non seulement pas de moyens finan­ciers mais, par conséquent, pas de moyens culturels, intellectuels. Et la grande idée de saint Jean Bosco, directement inspirée de l'évangile, c'est d'apporter à tout homme une plénitude humaine et divine, pléni­tude à tous les plans qui ne peut venir que par Dieu.

Il est né dans une famille très pauvre, très humble. Il a mené toute sa vie une vie de grande pau­vreté même quand, à sa mort, son curé a voulu lui remettre en héritage ses biens, Jean Bosco a préféré les donner aux héritiers légitimes plutôt que d'en pro­fiter lui-même. Plus tard, quand il amassera des som­mes considérables pour les fondations réalisées, ja­mais cet argent ne sera à son bénéfice, mais toujours pour les autres. Saint Jean Bosco, parce qu'il était d'un milieu pauvre, a eu beaucoup de mal à faire ses études et à devenir prêtre. Il n'est rentré qu'à seize ans en classe de sixième. Il a toujours pensé à donner aux autres le moyen d'accéder eux aussi à la culture. Le dix-neuvième siècle était un siècle très dur, c'était celui de l'expansion de l'industrie et l'homme était considéré avant tout comme un "moyen de produc­tion". C'est dans ce contexte que saint Jean Bosco a revendiqué, non pas comme un révolutionnaire mais comme le vrai révolutionnaire qui s'inspire de l'évan­gile, que tout homme puisse accéder à la pensée, à l'intelligence, à la culture, à la connaissance, que tout homme puisse être bénéficiaire de toutes ces connais­sances humaines. C'est pourquoi il a fondé non seu­lement des ordres mais des grandes maisons pour l'enseignement de la jeunesse et en particulier des jeunes pauvres.

Je crois que notre époque qui est celle d'un certain déclin économique a les mêmes résultats que le siècle précèdent. Aujourd'hui encore, c'est l'homme qui, bien souvent est sacrifié à la productivité, à l'effi­cacité, au résultat. Et nous avons tout près de nous, à notre porte, parmi nos amis sinon parmi nos proches, des jeunes sans travail, des gens qui encore à la force de l'âge sont mis à la retraite. C'est encore la lutte pour la vie et beaucoup sont condamnés à la pauvreté ou aux nouvelles pauvretés. L'être humain est subor­donné à des impératifs techniques ou économiques. Je crois que la revendication de saint Jean Bosco n'est pas à prendre pour révolutionnaire mais comme fon­damentale, essentielle car l'économie, le monde, l'in­dustrie, la productivité, tout cela est "pour l'homme" et non pas pour soi-même. Il n'est pas normal que des hommes se tuent à travailler pour produire et que les réalités produites ne puissent pas subvenir aux be­soins des hommes, ne puissent pas aider tous les hommes à vivre mieux. Il n'est pas normal que des millions d'hommes vivent dans une misère extrême en beaucoup de pays du monde et que d'autres ne sachent pas quoi faire des produits qu'ils ont accumulés. Dans l'ordre économique sauvage qui est le nôtre aujour­d'hui, un peu comme au dix-neuvième siècle, il y a quelque chose qui manque fondamentalement, c'est la subordination des moyens à la fin. Et la fin c'est l'homme. L'homme est la fin de la politique comme il est la fin de l'économie, comme il est la fin de toutes les réalités sociales, culturelles. Et c'est la lutte même de l'évangile de lutter pour que l'homme soit reconnu comme ce qu'il est c'est-à-dire non pas comme un moyen de production mais d'abord comme celui qui doit bénéficier de cette production pour grandir lui-même et faire grandir a ses proches et faire grandir le monde avec lui. Car à quoi sert de gagner le monde, à quoi sert de produire tant de choses si ce n'est pas pour que l'homme devienne plus profondément homme, si ce n'est pas pour que tous les hommes ac­cèdent à la pensée, à la connaissance et surtout à la connaissance de Dieu et au sens de leur vie.

Nous devons être conscients que ce combat qui nous dépasse bien souvent est pourtant un combat essentiel et que nous devons, au nom de l'évangile, non seulement prier mais agir partout où nous pou­vons le faire pour que l'homme soit reconnu comme étant le centre de l'univers, comme étant l'image de Dieu au milieu de cet univers, comme étant celui pour qui toutes les réalités matérielles sont faites afin que nous grandissions spirituellement et que nous puis­sions tous parvenir à la connaissance du Christ, au sens profond de notre vie et à un bonheur vrai qui n'est pas seulement matériel mais qui a besoin de toutes ces réalités matérielles pour s'épanouir. Pou­vons-nous penser, pouvons-nous prier facilement si nous sommes dans le désespoir, dans la désolation, si nous sommes acculés à une sorte de désenchantement total, si nous manquons de tout ? Il est difficile, à ce moment-là, d'être des hommes de pensée et de prière. Prions donc et agissons autant que possible afin que règne la justice qui vient de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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