AU FIL DES HOMELIES

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A L'ÉCOUTE DES ENFANTS

Ph 4, 4-9 ; Mc 10, 13-16
St Jean Bosco - (31 janvier 1996)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e que vous aurez fait aux plus petits d'entre mes frères ..."

Saint Jean Bosco est l'une des figures les plus populaires de toute l'Église. Il a gardé dans le cœur de tous ceux qui l'apprécient un visage d'enfant. Il était, en effet, d'un naturel très simple, il ne se compliquait pas la vie. Ce naturel était servi par la joie qui le transportait. Quelles que soient les difficultés, il fai­sait preuve d'une réelle patience. Il disait qu'il ne faut jamais s'impatienter, qu'il faut toujours prendre sur soi pour offrir à l'autre ce qu'on a de meilleur. C'est cela qui l'a aidé à vouloir se mettre au service des plus petits et parmi eux des enfants des classes populaires. L'évangile que nous avons entendu nous laisse perce­voir cette même exigence de la part de Jésus. A une époque où l'enfant n'était pas reconnu et n'atteignait le stade d'adulte que lorsqu'il pouvait lire la Loi, Jésus déclare qu'il faut être comme les enfants qui n'ont pas la parole, qui n'ont pas leur place en la société. Dans le monde que connaît Jésus, les enfants n'étaient pas, comme à notre époque, des enfants-rois. Mais c'est justement parce qu'ils n'avaient pas leur place en ce monde qu'ils doivent être écoutés et accueillis car ils sont capables de Dieu. C'est aussi ce que saint Jean Bosco a compris dans ce monde difficile qu'est le dix-neuvième siècle, que l'on pourrait qualifier de siècle de fer. En ces temps d'industrialisation intensive, les conditions des ouvriers sont souvent désastreuses. Ils n'ont pas encore les droits que leur a accordés la so­ciété actuelle. Ils sont exploités. Un quasi esclavage s'étend aux couches les plus simples et les plus mal­heureuses ainsi qu'aux enfants. Un livre qui faisait fureur à l'époque disait que "les classes laborieuses sont des classes dangereuses". On méprisait ces clas­ses car on en avait peur, on les tenait à l'écart du reste de la société. Saint Jean Bosco a mis toute sa vie et toute son ardeur à montrer que tout homme, surtout s'il est le plus petit et le plus méprisé, est capable de Dieu. On est capable de sortir le meilleur de lui. Saint Jean Bosco ne désespérait donc pas dans un monde qui avait tendance à se refermer sur une structure simpliste et autonome. Il n'a donc pas été un doctri­naire, mais un homme qui a vécu profondément ce qu'on appellera plus tard la doctrine sociale de l'Église. Il n'a pas vécu cela comme une doctrine. Il l'a vécu comme quelqu'un qui vit l'évangile et qui est attentif à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui ont réellement besoin du salut et qui sont justement ces plus petits.

Peut-être saint Jean Bosco peut-il nous rap­peler aujourd'hui que notre société aussi doit être at­tentive aux plus petits, que ce que l'Église appelle "l'option préférentielle pour les pauvres" n'est pas une doctrine, mais le fleuron de son attitude de charité envers celui qui est le plus petit, envers l'enfant de cette société. Notre société n'est plus à l'âge de l'in­dustrialisation à outrance, mais elle connaît les mêmes clivages de classes. Il est des classes qui, d'une ma­nière ou d'une autre, finissent par être plus favorisées. La société ressemble parfois à un monde barbare où chacun se bat pour lui-même, où le mot solidarité (que l'on ne cesse d'employer à tort et à travers justement parce que la solidarité n'existe plus) est sans cesse bafoué. Ceux qui en font les frais, ce sont toujours ceux qui n'ont pas le pouvoir, qui n'ont pas l'argent, qui n'ont pas les moyens : l'enfant dans le sein de sa mère, le vieux que l'on euthanasie ou dont on se débarrasse, le cadre dont on n'a plus besoin parce qu'on a utilisé jusqu'à sa substantifique moelle et qu'on l'a littéralement "pompée." C'est tous ceux qui, ne faisant plus l'affaire dans une société qui ne laisse pas de place à l'homme, ont besoin d'entendre et de voir des gens qui leur disent qu'ils sont capables de quelque chose, qu'ils sont capables du meilleur quelle que soit leur situation. A travers le visage de saint Jean Bosco, il nous faut retrouver cet esprit d'enfance, c'est-à-dire de joie et de simplicité, qui nous fait dire que l'homme devient une valeur absolue quand Jésus-Christ Lui-même, Fils de Dieu, a voulu que soit divi­nisée cette humanité qu'Il a prise.

 

 

AMEN

 

 
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