AU FIL DES HOMELIES

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SAINT JEAN BOSCO OU LA COLÈRE DE L'AMOUR

Ph 4, 4-9 ; Mc 4, 26-34
St Jean Bosco - (31 janvier 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons donc aujourd'hui saint Jean Bosco, grande figure qui court presque sur tout le dix-neuvième siècle italien du Nord, à Turin. C'est pour cette raison que nous lisons le texte de Marc sur les petits enfants et l'accueil des petits enfants par Jésus. Cela m'a étonné la présence des enfants dans ce texte, qui tout de suite déchaînent la colère, la passion. On présente à Jésus des enfants, les disciples les rabrouent, et Jésus se fâche contre les disciples. C'est comme si l'arrivée d'un enfant, d'un perturbateur, mettait dans cette petite communauté de Jésus et de ses apôtres, tout de suite, une espèce de zizanie. C'est tout à fait étrange. Mais on comprend les disciples, c'est comme dans le souk, il y a toujours plein d'enfants autour de nous qui courent et qui de­mandent "bakchich" ! Les disciples essaient de faire un peu le ménage auprès de Jésus, mais Jésus se fâche contre les disciples, parce qu'Il veut nous introduire dans une vérité plus haute, pour nous faire compren­dre que le Royaume de Dieu n'est pas seulement une affaire de connaissances, ou d'une sorte de rectitude morale qui nous permettrait d'ouvrir un coin du ciel, mais que l'accueil du Royaume doit être comme celui d'un petit enfant.

Et j'imagine cette colère de Jésus contre ses disciples, qui ressemble à celle qui a saisi saint Jean Bosco, cette colère de l'amour. Devant une situation objective de désintérêt pour tous ces enfants, ces adolescents de Turin qui travaillaient très jeunes et qui étaient un peu abandonnés, cette colère de l'amour de saint Jean Bosco qui est passionné pour cette jeu­nesse, et qui va n'avoir de cesse dans sa vie de s'occu­per de ces jeunes. Sa vie est tellement remplie qu'on pourrait mettre trois vies dans la sienne, quand il va ouvrir la maison du Valdocco, et qu'il va parcourir toute l'Europe pour cette affaire-là. Cette colère de l'amour qui est exactement celle du Christ, cette vio­lence de l'amour qui fait que devant une situation objective de détresse et d'abandon, on arrête tout pour se consacrer uniquement à cette cause.

Saint Jean Bosco devait être un homme très passionné, un sorte d'improvisateur, parce que cette jeunesse de Turin qui le poussait, c'était comme une sorte d'invitation à improviser sans cesse. C'est peut-être cela qui est difficile avec la jeunesse, c'est que si on veut les suivre, il faut renoncer à un certain nom­bre de choses, il faut avoir leurs mêmes passions et leurs mêmes détachements. La jeunesse est infiniment détachée et suppose des hommes aussi très détachés pour pouvoir les suivre ainsi un peu partout. Quand on a commencé à poser certaines choses, il est déjà trop tard pour suivre tous ces jeunes. saint Jean Bosco devait être un homme effectivement très détaché, très libre, et il ne devait pas être facile à vivre d'ailleurs ! Ce n'est pas les saints qu'il faudrait canoniser, mais ceux qui vivent avec…

Il devait avoir un tempérament très entier. Cela m'a frappé dans la lecture de l'office des vigiles, hier soir, c'est un texte adressé à ses confrères : "Il est toujours plus facile de s'irriter que de patienter, de menacer un enfant que de le persuader. Je vous re­commande la même charité que saint Paul employait envers les nouveaux convertis. Ecartez tout ce qui pourrait faire croire qu'on agit sous l'effet de la pas­sion. Eloignons toute colère. Dans les cas très graves, il vaut mieux vous recommander à Dieu, Lui adresser un acte d'humilité, que de vous laisser aller à un ou­ragan de paroles qui ne font que du mal à ceux qui les entendent, et d'autre part ne procurent aucun pro­fit à ceux qui les méritent."

C'était sans doute un homme passionné. Mais il va lutter contre cette passion, contre cette colère qui peut saisir quand cette jeunesse turbulente devait aussi l'entraîner un peu loin. Il va lutter non pas à la manière d'un stoïcien, non pas à la manière de quel­qu'un qui renoncerait à toute passion pour arriver à une sorte de paisible tranquillité. Mais s'il renonce à la colère, c'est par amour, encore par amour. Comme cette sorte de colère l'avait saisi parce qu'il fallait faire quelque chose pour cette jeunesse de Turin, quand il s'agit d'une colère qui nous emporte, qui nous blesse, à ce moment-là il est très fort pour renoncer à cette colère et voir ce qu'il y a de meilleur pour ses enfants.

Nous pouvons demander au Seigneur que naissent encore aujourd'hui, des saints Jean Bosco pour toute cette jeunesse immense. Nous pensons à cette jeunesse du Tiers-Monde.

 

 

AMEN

 

 
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