AU FIL DES HOMELIES

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IMPOSER OU ACCOMPAGNER ?

Ph 4, 4-9 ; Mc 10, 13-16
St Jean Bosco - (31 janvier 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

C

e matin, lors de la réunion d’aumônerie, nous avons lu non pas un passage d’évangile, mais un passage d’une lettre de saint Jean Bosco à ses confrères, et les aumôniers, et les responsables d’aumôneries ont donc entendu cet extrait que je vous livre maintenant : "Que de fois, mes chers fils, dans ma longue carrière, j’ai du me persuader de cette grande vérité. Il est toujours plus facile de s’irriter que de patienter, de menacer un enfant que de le persuader, je dirais même qu’il est plus facile pour notre impatience et pour notre orgueil, de châtier les récalcitrants que de les corriger en les supportant avec fermeté et douceur". Je trouve assez intéressant que dans l’évangile, Jésus se met en colère, comme nous le disions aussi hier dans un autre passage, quand Jésus se met en colère contre ceux qui sont dans la synagogue qui lui reprochaient de guérir l’homme à la main desséchée, aujourd’hui, nous avons une seconde colère sainte de Jésus, une colère qui n’est pas dirigée vers les enfants, mais vers les apôtres parce qu’ils empêchent les enfants de venir à lui.

Revenons à l’extrait de cette lettre de saint Jean Bosco. Je crois que nous avons là un texte assez intéressant, parce qu’on pourrait mettre en vis-à-vis deux conceptions de l’éducation avec deux conceptions de la théologie de la venue de Dieu et de la manière dont il vient nous sauver. Il m’arrive effectivement comme prêtre d’entendre dans des préparations au baptême, au mariage, des gens qui me disent : tout va tellement mal dans ce monde, pourquoi ne vient-il pas donner un grand coup de balai, s’énerver, punir les méchants, sauver les gentils, régler une bonne fois pour toutes tous ces problèmes parce qu’en fait, la terre est comme une cour de récréation. Comme si Dieu était le "pion" et qui, voyant qu’il y a une superbe bataille qui se déroule dans la cour de récréation, arrive et à coup de taloches, remet les choses en place. C’est une conception du salut de Dieu qui viendrait comme s’imposer à l’homme, à la création, s’imposer à notre liberté, et puis, sur le mode de l’éducation, effectivement, nous pourrions penser que l’éducation c’est la même chose, c’est-à-dire, imposer une société, une culture, un mode de pensée aux jeunes. En fait, il faut les formater et que rien ne dépasse ni à droite ni à gauche ni en bas, ni en, haut !

Ce qui est intéressant, c’est que saint Jean Bosco propose une éducation qui est complètement à l’inverse et qui, à mon avis, reflète une certaine caractéristique du salut de Dieu dans notre vie. Comme le salut de Dieu ne vient pas s’imposer à nous, comme le salut de Dieu n’est pas quelque chose qui vient comme au-dessus de nous pour nous forcer, saint Jean Bosco croit que dans l’éducation, nous n’avons pas non plus à imposer les choses aux jeunes. Et pour cela, que faut-il ? Il faut de la patience. Effectivement, comme Dieu sait mieux les choses que nous, et comme nous, adultes, éducateurs, nous savons toujours mieux ce qui est bon pour les jeunes, il serait tentant, facile et économe de nous substituer à eux, de les obliger. Nous le savons quand même maintenant, ce n’est pas la bonne solution. De même, ce ne serait pas la bonne solution de la part de Dieu de vouloir se substituer à notre propre liberté et au fait que nous participons à notre salut.

Quand saint Jean Bosco nous parle de cette patience, nous sommes renvoyés à nous-mêmes. C’est vrai que dans notre vie quotidienne, que l’on soit ou non parents, il est toujours plus facile de se substituer aux autres quand ils ne savent pas y faire. Il est plus facile dans l’éducation d’aller très rapidement dans un exercice et de donner pratiquement la bonne solution à l’élève pour que cela soit terminé une bonne fois pour toutes. Il est beaucoup plus facile de s’imposer par cette voie-là. L’erreur est de penser que le but est plus important que la manière, que le moyen pour y arriver. Dieu, ce n’est pas le but qui l’intéresse le plus, bien sûr, il veut que nous soyons sauvés, comme nous voulons que les enfants dont nous avons la charge s’épanouissent, grandissent, et soient heureux. Mais je crois que ce qui est le plus important dans l’éducation, c’est le mode de transmission. Nous n’avons pas à nous substituer aux enfants, nous n’avons pas à leur apporter sur un plateau les solutions, mais nous avons à les accompagner au risque même que cela se passe mal et que nous ayons l’impression de perdre notre temps et qu’eux perdent leur temps. Mais je pense que ce sentiment que nous avons vis-à-vis des enfants, Dieu le vit à chaque instant vis-à-vis de nous. Dieu est cet éducateur, cet adulte qui, effectivement exerce à chaque instant sa patience, parce que Dieu sait ce qui est bon pour nous, mais nous ne le voyons pas, et Dieu est celui qui accepte que nous mettions du temps à cheminer et à arriver là où il veut que nous arrivions.

Je ne sais pas si l’on peut parler de révolution dans le domaine de l’éducation, mais je crois que saint Jean Bosco a proposé là un grand changement dans l’éducation des jeunes. Il n’est plus question d’imposer, mais il est question d’accompagner.

Alors, frères et sœurs, même si parfois notre patience est mise à bout par les jeunes, par ceux qui nous entourent, que par l’intercession de saint Jean Bosco, que le Seigneur nous donne la patience pour laisser à l’autre le temps de cheminer et de trouver le Seigneur dans sa vie.

 

 

AMEN

 

 

 
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