AU FIL DES HOMELIES

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NAISSANCE D'UNE NOUVELLE PÉDAGOGIE

Ph 4, 4-9 ; Mc 10, 13-16
St Jean Bosco - (31 janvier 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Jean Bosco

 

F

rères et sœurs, il est un peu difficile d'évoquer vraiment la personnalité de Jean Bosco. Il fait partie de tout un courant dont il est d'une certaine manière, la vedette. C'est un courant de l'élaboration pédagogique au XIXème siècle. Vous savez que dans l'histoire occidentale, pendant très longtemps, les enfants ne comptaient pas. Ils étaient confiés à des nourrices, à des pédagogues, on ne s'occupait pas beaucoup d'eux avant qu'ils parviennent à l'âge de douze ou treize ans, pour commencer à recevoir une éducation soit professionnelle s'ils étaient de milieux modestes, bourgeois ou paysans, soit une éducation beaucoup plus cultivée s'ils étaient de la noblesse et à ce moment-là le métier des armes, et éventuellement un peu de lettres. Mais avant douze, treize ans, il n'y avait pas vraiment de programme de pédagogie et la personnalité d'un enfant, c'était un peu laissé à l'aventure.

Celui, il faut bien rendre à César ce qui est à César, qui a changé la perspective, je crois que c'est Jean-Jacques Rousseau. Peu importent ses thèses et surtout ses comportements, mais ce qu'il a changé, c'est qu'il a expliqué que la formation d'un enfant commençait tout petit. Il a eu cette idée que personne n'avait vraiment eu auparavant, sauf quelques philosophes un peu utopistes, mais il a eu cette idée qu'il fallait pour Émile, le fameux essai éducatif de Rousseau, qu'il soit accompagné dans tous les éveils de sa sensibilité et de son intelligence, et que d'une certaine manière, la tâche pédagogique était la plus essentielle pour une société. De ce point de vue-là, je crois qu'il a quand même assez profondément changé les choses.

Si tôt après, est arrivée la révolution industrielle, et surtout dans des régions comme l'Italie du nord (le royaume de Piémont Savoie était un peu la locomotive dans tous les sens du terme de la société qui n'était pas encore l'Italie, c'était un royaume dans lequel aussi bien le roi que ses conseillers comme Cavour, étaient des gens qui faisaient la promotion de l'industrie, la construction des villes, les nouveaux travaux d'urbanisme. C'est le début des grandes entreprises industrielles. Avec le charbon qui était évidemment la source principale d'énergie, cela supposait qu'au lieu que l'énergie se déplace et aille dans les campagnes, comme cela s'est passé en Suisse avec l'électricité, cela a changé beaucoup la situation, autre chose est l'énergie qui va partout, et autre chose le fait que tous les gens soient obligés de se déplacer vers les centres où il y a l'énergie, l'Italie alors a vu tout à coup les faubourgs de Turin, de Milan, grossir énormément d'où la déstructuration totale de la vie familiale. Donc, impossibilité d'appliquer des projets éducatifs, l'État n'était pas encore assez riche pour pouvoir faire face à des projets qu'on appelle aujourd'hui l'Éducation Nationale (en admettant que ce vocable ait un sens)? Toujours est-il qu'on se retrouvait devant toute une population d'enfants et de jeunes qui étaient encore plus qu'aujourd'hui laissés à eux-mêmes. Ils avaient un peu moins de révolte et de rébellion que la jeunesse actuelle, mais ils étaient soumis et résignés à un destin extrêmement triste qui commençait vers l'âge de huit ou dix ans, en allant travailler dans les mines, dans les usines, les transports, etc …

C'est une jeunesse à l'abandon et la grandeur de saint Jean Bosco, mais aussi plus proche de nous de Timon David à Marseille qui est presqu'un aussi grand personnage que Jean Bosco, mais il avait moins de succès auprès des comtesses et il rassemblait moins d'argent, c'est pour cela qu'on en parle moins., et Jean Bosco a eu l'intuition qu'il fallait aider ces enfants abandonnés parce que les parents travaillaient douze à quatorze heures par jour, qu'il fallait les accueillir comme des orphelins. Peut-être qu'aujourd'hui on serait plus attentif, Jean Bosco pensait qu'il fallait créer une sorte de paternité de substitution par rapport à la vie familiale et à l'attention paternelle ou maternelle qu'ils ne recevaient pas ou mal.

C'est ce qui a donné à Saint Jean Bosco une sorte de dynamisme et d'initiative absolument extraordinaires. Il a commencé très modestement dans les faubourgs de Turin, et petit à petit comme l'appel et la nécessité et le besoin étaient très forts, très vite, il a su trouver les fonds, il a su organiser. Surtout, il y avait deux dimensions dans son œuvre pédagogique, d'une part, le fait que le prêtre ou le responsable (la plupart du temps des prêtres car à cette époque il n'y avait encore la crise des vocations sacerdotales), très rapidement la congrégation des Salésiens a pris une force et une extension incroyables, ces prêtres avaient à jouer un véritable rôle paternel. Dans les écrits de Jean Bosco, c'est très clair : il faut que les jeunes découvrent un certain visage du père. Ce visage du père n'est pas simplement un visage du père en substitution par rapport à la paternité familiale, bien qu'il ait de cela aussi, mais surtout, le prêtre devait refléter pour ces jeunes ce visage de Dieu, leur Père qui les aimait. C'est la première chose et c'est sans doute ce qui a le plus frappé surtout au XIXème siècle. Mais il y avait une deuxième chose plus novatrice et plus importante, saint Jean Bosco savait initier les jeunes au sens de l'entraide et de l'attention les uns aux autres de façon extraordinaire. Il savait susciter un esprit de communion, d'entraide, de soutien soit au niveau spirituel, dans la prière, dans la manière d'être ensemble, soit dans la manière purement pédagogique d'apprendre, que les plus anciens prennent en charge les plus jeunes.

C'est quand même assez frappant qu'au moment où l'Occident se pose des exigences et des buts nouveaux, dans lequel ce sont les plus faibles, les plus démunis, les enfants, qui risquent de faire les frais, et ce sont ces quelques hommes d'Église qui ont l'intuition qu'on ne peut pas laisser passer la chance de la jeunesse. C'est cela la grandeur de l'œuvre de Jean Bosco. Cela continue encore aujourd'hui, notamment dans les pays comme l'Argentine, le Brésil, cette congrégation des Salésiens et encore extrêmement forte et efficace, et très soucieux d'une véritable formation de qualité. Tous ces disciples de Jean Bosco, comme lui, ont su que l'Église devait être là où l'homme pouvait se trouver dans la détresse, démuni.

Cela vaut la peine de demander aujourd'hui au Seigneur qu'il suscite ces vocations qui sont capables d'accueillir, d'orienter, d'éveiller le cœur des jeunes à leur véritable destinée d'enfant de Dieu, de fils de Dieu et qu'ils rencontrent sur leur route cette vraie figure de la paternité divine qu'ils n'ont pas toujours rencontré dans leur milieu ou dans leur famille.

 

AMEN

 

 

 

 
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