AU FIL DES HOMELIES

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UNE INTUITION ÉDUCATIVE

Ph 4, 4-9 ; Mc 10, 13-16
St Jean Bosco - (31 janvier 2012)
Mardi de la quatrième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Joie de vivre ensemble !

F

rères et sœurs, vous avez déjà peut-être entendu à l'occasion, ce slogan qui était souvent répété par des aumôniers d'Action Catholique : "L'Église a perdu la classe ouvrière". En réalité, ce constat est plutôt français, il n'est ni allemand, si surtout italien. Même si l'Église n'a pas récupéré massivement la classe ouvrière dans son giron au moment de l'ascension industrielle, elle a eu de véritables témoins et de véritables serviteurs de la pauvreté qui avait été créée à ce moment-là. Saint Jean Bosco en est un très bel exemple.

C'est au royaume de Piémont Savoie qui est en pleine expansion, que Jean Bosco naît en 1815. Ordonné prêtre en 1841, au moment où ce royaume entreprend l'unification de l'Italie. Ils ont besoin de moyens militaires et économiques, chacun d'entre se souvent de la figure de Cavour artisan de cette opération. Turin qui était à l'époque la capitale de l'Italie du Nord a commencé à se développer de façon extraordinaire pour ces buts politiques. On voit tout à coup se transformer cette société de la vallée du Pô, qui va s'industrialiser et encore aujourd'hui, même si l'importance a bien diminué, les usines Fiat sont de Turin. A cette époque-là, c'était l'industrie lourde, les hauts fourneaux, la transformation des métaux, le Piémont, toutes proportions gardées était l'équivalent de la région du Nord de la France avec ses exploitations minières. Cela a provoqué la déstabilisation de la société, on est passé en deux générations d'une société de petits agriculteurs qui vivaient sur la plaine du Pô soit sur les contreforts alpins, soit de culture, d'élevages, de fabrication de produits laitiers, à une société où, tout à coup, le mirage de la ville s'est fait de plus en plus pressant. On a créé ces énormes concentrations urbaines dont Turin garde encore un peu la cicatrice, la banlieue industrielle n'est pas très attrayante.

Jean Bosco a compris qu'il y avait là un champ d'apostolat extraordinaire et pressant. Confronté à cette situation, il a fait deux choses : aller à la rencontre de cette jeunesse qui la plupart du temps était embauchée à l'âge de dix douze ans, ou dans le pire des cas, ces jeunes étaient laissés à la rue car les parents travaillaient. Il y a eu une restructuration nécessaire de cette société et l'idée fondamentale de Jean Bosco a été ce créer des lieux associatifs, scolaires dans lesquels les enfants puisent être rassemblés, protégés, éduqués. En plus, et ce qui a été une intuition extraordinaire, c'est que Jean Bosco a compris que lorsqu'on rassemblait les enfants, il fallait que les enfants aient la responsabilité les uns des autres, notamment les aînés vis-à-vis des plus jeunes. C'est ce qui a créé cet esprit extrêmement fort et cohérent de tous ces établissements fondés par Jean Bosco. Il suffisait de donner l'impulsion et à l'intérieur même de ce qui n'était peut-être pas tout à fait une école, mais plutôt des lieux de vie, tous les enfants s'aidaient les uns les autres. C'est ainsi que Jean Bosco a réussi à créer quelque chose qui est parti comme une traînée de poudre. De son vivant, ce qui avait commencé en Piémont s'est répandu jusqu'en terre de feu en plein sud de la Patagonie, de l'Argentine.

En France, il y a eu un équivalent dont on parle moins souvent, c'est Timon David. Ils avaient un peu la même idée et aujourd'hui encore, les timoniens savent très bien que la manière dont est gérée la vie des écoles, c'est aussi le souci que les plus grands s'occupent des plus petits. La grande différence entre Timon David et Jean Bosco, c'était que Jean Bosco était très bien introduit dans la haute société italienne. Quand il s'agissait de fonder des écoles, il y avait toujours sur son chemin une comtesse piémontaise ou savoyarde qui lui donnait l'argent dont il avait besoin. Timon David a été moins habile avec les marchands d'agrumes et les armateurs de Marseille, mais c'est la même intuition.

C'est très beau, et c'est pour cela qu'on a lu cette parole de Jésus : "Laissez venir à moi les petits enfants". C'est l'époque où les idées de Rousseau commencent à se répandre, avec cette idée de la responsabilité de l'enfant à éveiller le plus tôt possible pour l'aider à réfléchir, à penser par lui-même. Que ce soit Jean Bosco ou Timon David, ils ont eu l'idée que ce n'était pas anti-chrétien, mais au contraire, que le Christ avait voulu que l'enfant dès son plus jeune âge soit amené petit à petit à découvrir la profondeur et les enjeux de sa liberté, même à un niveau d'enfant et d'adolescent.

C'est pour cela qu'on peut être très reconnaissant à ces gens-là d'avoir été de véritables pionniers parce que dans l'Église à l'époque, il n'y avait pas beaucoup d'écoles, cela n'existait pas. Cela a marqué assez profondément, de telle sorte que ce ne serait pas tout à fait exagéré de dire que lorsqu'on a rendu dans les différents pays la scolarité obligatoire, on a beaucoup bénéficié de ce travail qui s'était fait deux générations auparavant. Il ne faut pas oublier que la mise en place du système obligatoire de la scolarité ne date que des années soixante dans le meilleur des cas. Cela veut dire que l'Église n'a pas été à la traîne du point de vue du souci éducatif de l'enfance et de la jeunesse, mais qu'elle a encore à cette époque-là, été véritablement pionnière.

On peut encore prier aujourd'hui pour que, si par bonheur, les sociétés civiles avec des institutions civiles non confessionnelles, ont petit à petit pris en main la véritable responsabilité éducative, que cependant, il y ait toujours dans l'Église des témoins qui sachent que l'orientation profondément chrétienne de la personne humaine s'enracine dans l'enfance, dans l'adolescence et dans cet accompagnement et surtout dans cette découverte de la charité vécue concrètement du service des uns et des autres, telle que Jean Bosco ou Timon David pouvaient le proposer aux jeunes et aux enfants dont ils avaient la charge.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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