AU FIL DES HOMELIES

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SAINT SÉBASTIEN, MARTYR

Hb 10, 32-36; Jn 17, 11b-19
SS. Sébastien et Fabien - (20 janvier 1987)
Mardi de la troisième semaine du temps de l'Épiphanie
Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans une homélie de saint Ambroise, évêque de Milan, pour la fête de saint Sébastien qui était soldat originaire de cette ville, il avait dit, un 10 janvier 390, ceci : "Sébastien partit pour Rome où, à cause de l'intensité de la foi, les persécutions bouillonnaient avec violence. C'est là qu'il a souffert, c'est-à-dire qu'il a été couronné."

Et, un peu plus loin dans son homélie, Ambroise évoque les persécutions dont parle saint Paul et il le cite : "Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus seront persécutés". Il a dit : tous. Il n'a excepté personne. Qui peut être excepté en effet quand le Seigneur Lui-même a subi les épreuves des persécutions ? Combien y a-t-il chaque jour de martyrs secrets du Christ qui confessent le Seigneur Jésus ? L'apôtre connaissait ce martyre et le témoignage de foi au Christ, lui qui a dit : "C'est là notre fierté et le témoignage de notre conscience."

De ces quelques extraits de l'homélie de saint Ambroise, je voudrais retenir quelques aspects très brefs. D'abord saint Ambroise dit que la souffrance du martyr c'est cela même sa couronne. Et qu'en défi­nitive, il n'y a pas le martyre puis, après, la récom­pense, mais que la récompense, la couronne, c'est justement le martyre. C'est la même réalité. Et Saint Ambroise dit que dans l'intensité de la foi, quand celle-ci est vécue, les persécutions bouillonnent avec violence. Il fait donc une sorte de raccourci de logique entre la persécution qui se déchaîne et l'intensité même de la foi des chrétiens, établissant ainsi une sorte de nécessité entre les deux réalités, le témoi­gnage de la foi et la persécution contre la foi.

Ceci nous amène à regarder le témoignage des martyrs, de ceux qui ont versé leur sang, dans une tout autre lumière que les évènements politiques qui ont été les circonstances du don de leur vie. Ceci nous amène à considérer que le martyre est une nécessité dans le témoignage de l'Église aujourd'hui, et que cette nécessité n'est pas réservée à quelques martyrs, ceux qui sont persécutés dans leur chair ou dans leur esprit à cause du nom de Jésus, mais que cette néces­sité du martyre est propre à chaque chrétien, que c'est une part de la vie chrétienne. Car, comme le dit saint Paul cité par saint Ambroise, "tous ceux qui veulent vivre dans le Christ Jésus seront persécutés." Per­sonne n'est mis hors de la persécution s'il veut vivre dans la communion au Christ Jésus. Le martyre est donc une réalité que nous tous nous partageons. Et si nous ne la partageons pas, cela veut dire que nous ne vivons pas avec piété dans le Christ Jésus. Personne n'est excepté dans cette réalité. Et pourquoi? Parce que le Christ Lui-même a subi le martyre, parce qu'Il a été persécuté et que tout membre du corps du Christ, tout disciple du Christ porte en lui-même ce que le Maître a vécu, ce que la tête a vécu.

Alors il faut peut-être s'entendre sur ce que désigne ce mot de martyre, de persécution et de cou­ronne qui est donné dans le même temps. D'ailleurs n'est-ce pas cela que nous venons de chanter, peut-être sans trop y penser, dans le refrain de ce psaume : "Quand le Christ notre Seigneur se sera manifesté, vous serez manifestés dans sa gloire." La manifesta­tion du Christ, elle est maintenant le propre de son corps c'est-à-dire de l'Église, c'est-à-dire de chacun d'entre nous. Nous sommes porteurs de la manifesta­tion du Christ, non pas comme d'un objet ou d'une vérité abstraite, mais dans le plus concret de notre vie chrétienne. Notre vie chrétienne est, pour nous et éventuellement pour les autres, la manifestation de la présence du Christ en nous. Et si nous vivons cette vie chrétienne, si nous laissons le Christ, à l'intérieur de nous-mêmes, se manifester, en même temps nous sommes manifestés dans sa gloire, c'est-à-dire que nous entrons dans son mystère. Et je crois que c'est cela le martyre.

Le martyr c'est celui qui, sans attendre le don du sang, accepte, chaque jour, de donner sa vie, celui qui n'est pas simplement désigné par le sang versé, mais celui qui est désigné par la vie versée, et chaque instant de sa vie. Cette vie versée, cette vie donnée, c'est le propre du martyre, c'est-à-dire que le Christ se manifeste en lui, que le Christ verse en lui sa gloire, et que celui-là entre dans le mystère de cette manifesta­tion qui a un autre nom qui est le même que celui de martyre, le témoignage. Par notre baptême, nous sommes porteurs du témoignage de la Pâque du Christ en nous. Nous en sommes témoins si nous voulons bien ouvrir notre cœur, notre esprit, nos yeux sur cette présence pascale du Christ en nous, et ainsi nous entrons dans sa gloire. Sa gloire nous est mani­festée et nous devenons manifestation de sa gloire.

Les martyrs, parce qu'ils ont versé leur sang, ont porté cette manifestation de la Pâque du Christ à son paroxysme, à sa plus forte expression dans la vie humaine, puisqu'il y a le don même de la vie physi­que. Mais ceci nous rappelle simplement que cette réalité est à vivre chaque jour de notre vie. Et l'auteur de l'épître aux Hébreux nous le rappelait : "Souvenez-vous des premiers jours où vous avez été illuminés." Et ce souvenir de ces premiers jours de notre baptême dans la Pâque du Christ, ce n'est pas simplement un effet de la mémoire, mais c'est accepter que se réalise en nous la gloire de la Pâque du Christ qui ne peut se réaliser sans ce témoignage, c'est-à-dire sans ce com­bat victorieux contre les persécutions. Pas d'abord les persécutions politiques ou idéologiques, mais de toute façon les persécutions du mal en nous, qui viennent bouillonner dans la mesure peut-être où nous deve­nons de plus en plus croyants et où l'intensité de la foi nous fait ressembler au Christ mort et ressuscité.

L'écrivain russe Ossip Mendelstam écrivait : "L'ancien monde n'est plus mais le nouveau monde reste à faire !" le témoignage des martyrs qui ont donné leur sang nous manifeste que, de fait, l'ancien monde n'est plus, mais que le nouveau monde de la Pâque du Christ reste encore à faire. Et c'est pour cela que, maintenant, son corps est encore livré et son sang est encore versé, pour que dans le même mouvement, pour que dans la même Pâque, pour que dans la même générosité et le même don, nous puissions, nous aussi, livrer notre vie, et ainsi construire le monde nouveau, le monde de la Résurrection.

 

AMEN

 

 

 
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