AU FIL DES HOMELIES

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LA MORT DU CHRIST ET LE MARTYRE

Hb 10, 32-36; Jn 17, 11b-19
SS. Sébastien et Fabien - (20 janvier 1989)
Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Soligny : Saint Sébastien

 

I

ls ne sont pas du monde, comme Moi je ne suis pas du monde ! Père, consacre-les dans ta vérité !" Lorsque l'Église primitive a attaché tant d'im­portance au culte de ses martyrs, ce n'était pas pour se constituer une histoire ou des titres de gloire. Le martyre, dans ces temps où les chrétiens pouvaient voir leurs frères mourir, était précisément la sanctifi­cation, la consécration. Pour nos frères aînés, voir leurs frères, comme saint Sébastien, s'avancer vers la mort, simplement pour rester fidèles à la confession de la foi, pour rester dans "la constance" dont parlait l'épître aux Hébreux, c'est voir un homme être saisi et consacré dans le mystère du nom, dans le mystère de Jésus-Christ.

C'est pourquoi, pour illustrer la mort des martyrs, nous lisons ces passages de saint Jean que l'on appelle la "prière sacerdotale". C'est la prière par laquelle le Christ Lui-même se donne et consacre tout Lui-Même, et sa mort humaine à son Père. "Père saint, maintenant, je viens à Toi !"

Par conséquent, pour les chrétiens, le martyre c'est le moment où l'on peut inscrire sa propre mort dans la mort même du Christ. De même que le Christ est venu au Père par sa mort sur la croix, de même tout fidèle du Christ qui meurt dans le Christ, pour rester fidèle au Christ, entre dans le même mystère de la venue vers le Père, à la suite du Christ C'est pour­quoi on célébrait le culte des martyrs, non pas pour perpétuer la mémoire de ceux qui avaient été coura­geux, mais on célébrait la mémoire des martyrs pour célébrer la Pâque du Christ. C'est pourquoi, encore aujourd'hui, sur tout autel qui se respecte, il y a les reliques des martyrs. A tel point qu'au moment où nous consacrons le pain et le vin ce pain et ce vin sont posés sur la "pierre d'autel" c'est-à-dire sur la relique des martyrs, comme pour signifier que, aujourd'hui encore, la manière dont nous appréhendons, dont nous comprenons le mystère même de l'existence de tout homme, c'est à travers la coupe et le pain, et à travers les vestiges d'un martyr.

La mort du Christ et la mort de ses amis, c'est tout un, c'est le même mystère, c'est la même sanctifi­cation. C'est ce qui nous fait comprendre que le mar­tyre est consécration, appartenance totale au Christ dans le mystère même où Lui-même se livre et se donne totalement au Père pour nous.

Nous vivons dans une époque où il y a encore aujourd'hui de très nombreux martyrs. Sans doute, le vingtième siècle est la période dans laquelle il y aura eu le plus grand nombre de martyrs pour la foi. Il y en aura infiniment plus que les martyrs romains que nous célébrons. Il faudrait que la prise de conscience de cette réalité, que cette Église de nos jours, même si on ne le dit pas, même si on ne peut pas les compter parce que généralement on prend bien soin qu'il ne puisse pas y avoir de reliques par la suite, il faudrait que nous prenions conscience que cette Église dans laquelle nous vivons est une Église de martyrs, même si la plupart du temps nous sommes terriblement tiè­des, et que, à travers ce qui est donné par le Christ à ces hommes qui, de façon anonyme, sans que nous le sachions, s'avancent vers la mort ou se sont avancés vers la mort pour être consacrés dans la vérité du Christ, nous retrouvions nous-mêmes le sens, sinon du martyre parce que nous ne sommes peut-être pas taillés pour cela, du moins le sens de la consécration et de l'appartenance totale de nous-mêmes à Dieu, dans la Pâque, dans la mort et dans la résurrection du Christ.

 

AMEN

 

 

 
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