AU FIL DES HOMELIES

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DEUX REGARDS SUR LE MARTYRE

Hb 10, 32-36; Jn 17, 11b-19
SS. Sébastien et Fabien - (20 janvier 2012)
Vendredi de la deuxième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Sébastien (étole-Soligny)

F

rères et sœurs, nous fêtons aujourd'hui deux martyrs, saint Fabien pape, et saint Sébastien bien connu par la suite grâce à de nombreuses œuvres d'art.

En 390, saint Ambroise évêque de Milan a prononcé une homélie en l'honneur de saint Sébastien originaire de Milan, et martyrisé à Rome. Je voudrais vous montrer l'abîme qui sépare une homélie prononcée en 390 alors que l'Église commence à être assez bien installée dans l'empire romain, et une lettre écrite quelque cent cinquante ans auparavant en pleine tourmente, une lettre envoyée par Rome à Carthage.

Dans le sermon d'Ambroise de Milan, on retrouve tout ce qui serait la figure parfaite, surhumaine du martyr. L'évêque de Milan nous raconte : "Peut-être que le persécuteur était-il déjà parti ou au contraire n'était-il pas encore arrivé dans cette région, ou encore, était-il débonnaire ? Sébastien constata qu'il n'y avait aucun combat ou seulement un combat languissant. Il partit pour Rome ou à cause de l'intensité de la foi, les persécutions bouillonnaient avec violence. C'est là qu'il a souffert, qu'il a été couronné, c'est donc là qu'il est venu en étranger, qu'il a établi le domicile de son immortalité définitive". Texte admirable, magnifique, mais quand on le regarde de manière plus prosaïque, qu'en retient-on ? On en retient l'image de quelqu'un qui n'était pas satisfait de ne pas être persécuté à Milan et qui a décidé de déménager pour aller à Rome parce que c'est là que cela se passait ! Effectivement, on pourrait en conclure en termes psychologiques, même spirituels, que le martyr est quelqu'un qui recherche la mort, le martyr est quelqu'un qui ne regarde plus ce qu'il quitte et qui est tout entier tendu vers le Christ et qu'il n'y a plus que le martyr et le Christ. C'est un sermon de saint Ambroise en 390.

Revenons à un texte à la fois tout aussi profond que celui qui précède, mais peut-être beaucoup plus juste, d'autant plus qu'il est écrit au cœur même de la persécution. Là, l'image du martyre est très différente.

"L'Église tient bon dans la foi, pourtant certains poussés par la peur soit parce qu'ils étaient des personnages en vue, soit parce qu'ils étaient arrêtés et craignaient les hommes, ils se sont séparés de nous mais nous, nous ne les avons pas abandonnés. Nous craignons si nous les abandonnons qu'ils deviennent pire encore. Vous voyez donc frères, que vous devez agir ainsi pour que ceux qui sont tombés soient ramenés par vos exhortations, et s'ils sont tombés de nouveau, puissent réparer leur première erreur en confessant la foi. Vous avez aussi d'autres devoirs que nous ajoutons : par exemple, si ceux qui ont succombé à cette épreuve tombent malades, font pénitence de leurs fautes et veulent rentrer dans la communion de l'Église on doit évidemment venir à leur secours. Les veuves, les indigents qui sont sans ressources, ceux qui ont été incarcérés ou chassés de chez eux, il faut qu'ils puissent recourir à des ministres désignés. De même les catéchumènes qui tombent malades, ne doivent pas être abandonnés, on doit leur venir en aide. Les frères qui sont enchaînés vous saluent ainsi que les prêtres et toute l'Église car c'est elle qui monte la garde avec le plus de vigilance envers tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur. Nous vous demandons en retour de vous souvenir de nous".

C'est un texte magnifique parce que au cœur de la persécution, le comportement du martyr est exactement aux antipodes de ce que le sermon de saint Ambroise pouvait nous donner à penser. Le martyr, ce n'est pas quelqu'un qui est égoïste, qui recherche la mort comme s'il voulait se suicider. Le martyr, ce n'est pas celui qui pense que maintenant il n'y a plus que lui et le Christ, le martyr c'est celui qui est jusqu'à la fin n'a qu'un seul désir : garder une entière communion avec Dieu, avec le monde tel qu'il est, en l'occurrence ici l'empire romain qui est le persécuteur, et avec l'entière Église, que ce soient les membres qui soutiennent le martyr, ou même avec les membres qui ont rejeté leur foi.

Vous voyez frères et sœurs dans ce passage qui est écrit au cœur même de la persécution, il est question de se tourner vers les veuves, vers les indigents, les malades. Ce qui compte c'est de se tourner vers l'Église entière en tant que corps du Christ souffrant de la persécution. Cela nous rappelle le véritable sens du martyre et si aujourd'hui encore il y a des hommes et des femmes qui sont persécutés dans leur chair, à travers ce texte, ce qui nous est dit c'est que le souci de chaque chrétien c'est de vouloir de désirer rester à chaque instant en communion avec Dieu et avec son corps qui est l'Église.

Frères et sœurs, que ce texte que l'Église de Rome envoyait en pleine persécution à l'Église de Carthage, nous aide à réfléchir sur ce qu'est notre propre martyre, c'est-à-dire non pas de désirer la mort, l'héroïsme, de vivre face à face uniquement à Dieu en oubliant le monde et les hommes. Mais que nous ayons à cœur de vivre ce martyre tel que l'entend l'Église de Rome dans la recherche de la pleine communion à la fois avec ceux qui sont chrétiens, et en même temps avec ceux qui ne nous entendent pas, et pire encore et plus difficile, avec ceux qui veulent nous persécuter.

 

AMEN

 

 

 
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