AU FIL DES HOMELIES

Photos

VOUS SIÉGEREZ SUR DOUZE TRÔNES

2 Tm 1, 1-9 ; Lc 22, 24-30
SS. Tite et Timothée - (26 janvier 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

E

 

n s'adressant à ses apôtres, ceux qu'Il avait choisis, Jésus leur dit : "Vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël !" Ce jugement, que le Christ confie à ces douze apôtres, ce n'est pas ce que nous entendons aujourd'hui par le pouvoir de la justice ou par la magistrature. Dans le vocabulaire biblique, juger c'est gouverner, c'est guider et c'est conduire. C'est pour cela d'ailleurs que ceux qui ont succédé à Josué après l'entrée en Canaan, sont appelés des Juges. C'est parce qu'ils ont eu la charge, de façon ponctuelle et géographiquement restreinte, de conduire le peuple dans son installation et de faire en sorte qu'il soit un tant soit peu gouverné.

Le Christ donne à ses douze apôtres le pouvoir de gouverner, et de gouverner Israël. Et ils sont douze pour cette œuvre, c'est-à-dire qu'ils doivent l'accomplir non pas uniquement à titre personnel mais à titre collectif. Jésus s'adresse ainsi à ce qu'on appellera très vite le collège apostolique. Ce sont les apôtres, dans leur ensemble, qui ont reçu ce pouvoir de gouverner Israël, et non pas l'un en son nom personnel et séparé des autres. Si le Christ a choisi douze apôtres, c'est parce que Dieu avait déjà donné à Israël ce chiffre de douze, à travers les douze fils du patriarche Jacob, qui sont les ancêtres des douze tribus d'Israël, de ce premier peuple qui fut choisi, qui fut choyé, qui fut aimé par Dieu Lui-même qui les a conduits à travers les épreuves, les joies, vers son accomplissement. Cet accomplissement du premier peuple d'lsraël, c'était qu'il devienne un jour le Royaume de Dieu, en y entrant.

Si le Christ demande à douze apôtres de gouverner l'Israël nouveau qui est l'Église, c'est dans cette fidélité, parce qu'Il veut que ce peuple soit à l'image de sa propre perfection. Il veut que l'existence même de ce peuple repose sur sa sainteté, sur sa perfection, et que la plénitude de ce peuple soit d'abord acquise par la plénitude de la sainteté de Dieu. Le peuple de l'Église, fondée sur les apôtres, est un peuple saint qui possède en lui-même la totalité, la plénitude de la sainteté de Dieu. Même si cela ne se manifeste pas, cela est inscrit dans sa foi, cela est inscrit dans sa charité, cela est inscrit aussi dans son espérance, c'est-à-dire qu'un jour nous verrons l'accomplissement pour l'Église, de la plénitude de Dieu qui est signifiée par le chiffre symbolique de douze.

Le Christ promet et donne à ses douze apôtres le pouvoir, et Il leur dit : "Vous siégerez sur des trônes !" Cela ne veut pas uniquement désigner le jugement final. Cela veut manifester que les douze apôtres conduisent, aujourd'hui, cette Église, qu'ils trônent déjà, au nom du Seigneur, sur le peuple du nouvel Israël que nous sommes les uns et les autres. Il a donné à ses apôtres de disposer du Royaume, comme le Père en a disposé pour Lui. Or le Christ, en sa personne, en sa présence sur la terre, c'est le Royaume déjà qui est inauguré, qui est manifesté, qui est rendu visible. Les apôtres sont également, pour nous, le Royaume du Christ manifesté déjà en ses fondations. C'est déjà ce Royaume qui est présent et qui, petit à petit, sert de fondation à la construction de l'Église qui est elle, l'inauguration, le commencement, les arrhes, les prémices du Royaume nouveau.

C'est évident que la Jérusalem nouvelle, la Jérusalem éternelle, comme l'Église d'aujourd'hui qui est la Jérusalem en chantier encore inachevée, cette Jérusalem reposera aussi sur les apôtres. Saint Jean, dans l'Apocalypse le signifie : "Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l'un des douze apôtres de l'Agneau".

A travers ce chiffre symbolique, depuis les fils de Jacob jusqu'à ces douze assises de la Jérusalem nouvelle, nous voyons là un signe de la fidélité de Dieu à construire, lentement à travers l'histoire des hommes, son dessein et sa grâce. En célébrant aujourd'hui Tite et Timothée, qui ne furent pas apôtres au sens strict des douze apôtres, mais qui furent, parmi la génération immédiate, ceux qui, par l'imposition des mains des apôtres, ont reçu ce pouvoir de disposer du Royaume et de siéger sur des trônes pour gouverner l'Église, demandons par leur prière que nous puissions comprendre, à travers ce qu'est l'Église aujourd'hui, malgré ses infidélités, ou plus exactement à l'intérieur même de ses infidélités et à cause de celles-ci, comprendre la fidélité de Dieu qui, elle, ne se lasse jamais de faire en sorte que son Église, malgré toutes ses failles, malgré son caractère très inachevé, malgré toutes ses lenteurs, soit quand même l'Église de sa fidélité, celle qui repose sur les apôtres, celle qui est chargée de gouverner les hommes, c'est-à-dire de les conduire vers ce Royaume qui doit être chaque pour accueilli par elle pour qu'elle puisse en jouir, en faire partie, s'en réjouir et partager aux hommes ce qu'elle a reçu de Dieu.

Aujourd'hui, c'est par le ministère des successeurs des apôtres, l'ensemble du collège des évêques, que nous sommes sûrs d'être à l'intérieur même de cette fidélité de Dieu, quelles que soient nos propres infidélités, ou quelles que soient les infidélités humaines, les petitesses ou les étroitesses de ceux qui ont reçu cette charge. Comme le disait l'apôtre Paul à Timothée : "Ce n'est pas en raison de leurs œuvres, de leurs mérites ou de leurs vertus qu'ils l'ont reçue, mais parce que Dieu les a choisis pour mener à bien, dans l'espace d'un peu de temps, cette œuvre de son dessein et de sa grâce".

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public