AU FIL DES HOMELIES

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LA SUCCESSION APOSTOLIQUE

2 Tm 1, 1-9 ; Lc 22, 24-30
SS. Tite et Timothée - (26 janvier 2001)
Vendredi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

ous siégerez sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël". La plupart du temps, lorsque nous lisons ce texte, nous nous ima­ginons un peu naïvement que Jésus propose une sorte de mise en scène du jugement dernier dans lequel il arriverait sur un trône un peu plus élevé que les au­tres, entouré de part et d'autre par les apôtres sur leur fauteuil, et chaque tribu comparaîtrait devant chaque apôtre se serait ainsi jugée par les apôtres.

Je crois que la réflexion de Jésus est moins spectaculaire que cela, mais est plus profonde, d'abord, tout le monde sait que son trône c'est la croix, ce qui change un tout petit peu les perspectives, et surtout, quand Jésus fait référence aux douze trônes, il veut dire quelque chose de très profond sur l'Église elle-même et sur le sens du témoignage apostolique. Quand Jésus vient dans le temps, il y a deux mille ans, Il dit une parole définitive, une parole qui doit durer jusqu'à la fin des temps, jusqu'à ce qu'Il vienne. Donc, Il confie cette Parole à ses disciples de telle façon qu'elle dure jusqu'à la fin des siècles, et c'est pour cela qu'Il leur dit : "Vous siégerez sur douze trônes, qui jugent les tribus d'Israël". Le fait que Jé­sus les choisit comme apôtres ne concerne pas seule­ment la durée de leur vie, mais ils sont apôtres pour toujours, ils ont les douze colonnes de l'Église, C'est de là que cela vient, que l'Église est bâtie sur le té­moignage des douze apôtres. Il faut que ce témoi­gnage dure pendant toute l'existence historique de l'Église. C'est pour appuyer cela que Jésus dit à ses disciples : "Vous siégerez sur des trônes, c'est-à-dire, vous êtes déjà en possession d'une parole qui a valeur de fin des temps, qui a valeur pour toujours. Il faut que cette Parole retentisse telle que vous-mêmes vous l'avez entendue, tous les jours, à tous les endroits du monde, durant toute l'histoire".

C'est donc une promesse très belle, c'est ce qui fait qu'aujourd'hui quand on récite le Credo, on peut dire : "Je crois en l'Église apostolique". Cela ne veut pas dire l'Église qui essaie de bien rester fidèle et de bien répéter sa récitation par rapport à ce que les apôtres ont écrit et consigné dans les évangiles, cela veut dire l'Église dans laquelle retentit encore aujour­d'hui, la Parole des apôtres. Simplement les apôtres meurent ! Et voilà la deuxième chose, ce n'est pas Jésus qui l'a mise au point telle quelle mais on l'a dé­duite de cette parole, c'est le fait que l'apôtre meurt, mais le "siège" ne meurt pas. Et je vous signale qu'une des très bonnes dénominations de l'évêque de Rome, c'est précisément de dire : "le saint siège". On dit qu'un jour une dame a salué le pape en disant : "bonjour saint siège !", ce n'est pas très aimable, mais en fait, c'est vrai qu'elle avait utilisé la véritable titu­lature, c'est-à-dire que ce qui compte, c'est le siège, l'endroit d'où jaillit la parole des apôtres. La succes­sion apostolique, c'est le fait que sur les douze trônes, il y a toujours un témoin vivant. Donc, c'est cela être apôtre, être évêque, être comme Tite et Timothée. Ce n'est pas que ces deux disciples remplacent Paul, mais ils sont pour l'époque où ils vivent, "ils sont" Paul. Et notre évêque Claude pour lequel on prie tous les jours à la messe, ce n'est pas simplement parce que c'est lui le patron, mais c'est parce qu'il "est" l'apôtre parmi nous, sur une succession d'un siège qui est le siège d'Aix et d'Arles, mais qui est le lieu même d'où reten­tit la parole de l'apôtre.

Nous autres, catholiques, nous avons parfois sur la conception de la succession apostolique, la même conception que celle des dates qui se succèdent sur un calendrier où les dates se suivent les unes les autres mais sans lien entre elles, une succession où l'on a bien établi la passation des pouvoirs. Ce n'est pas d'abord cela. La vérité de la succession apostoli­que, c'est le fait que lorsque que le Christ donne sa Parole, Il la confie à ses apôtres et ceux-ci sont la source de cette Parole pour toute l'Église à travers tout l'espace et à travers tout le temps. Dès que quelqu'un par la mort, est emporté de ce monde, il faut que quelqu'un d'autre joue exactement la même fonction et le même rôle avec la même autorité que l'apôtre. Ainsi, aujourd'hui, quand il y a une parole importante à prononcer pour l'Église, normalement, ce sont tous les successeurs des apôtres, c'est la totalité du Collège Épiscopal qui est successeur du Collège Apostolique qui prend la responsabilité de se rassembler et de parle au nom des apôtres.

Qu'en célébrant aujourd'hui Timothée et Tite, nous ne fassions pas simplement mémoire d'une belle page de l'histoire primitive de l'Église, le moment où les premières communautés doivent s'organiser et où s'établit la passation de pouvoirs, car la succession apostolique n'est pas une passation de pouvoirs, mais c'est la garantie que la Parole de l'évangile proclamé aujourd'hui est encore vraiment la parole des apôtres. Que cela nous donne aujourd'hui le sens de cette ac­tualité et de cette force de la Parole de Dieu procla­mée depuis la chaire des apôtres, cette Parole qui a bouleversé le monde et qui peut encore le bouleverser aujourd'hui.

 

 

AMEN

 

 
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