AU FIL DES HOMELIES

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LA SOURCE DE L'AMOUR

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Image de dévotion

I

ls ne souffriront plus ni de la soif ni de la faim. L'Agneau sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Dieu essuiera toute larme de leurs yeux." Ces paroles de l'Apocalypse, reprises par Jean, sont probablement parmi les plus consolantes du Nouveau Testament. Elles font écho à ce que, déjà, le prophète Isaïe avait annoncé en des termes quasiment semblables, à propos des exilés qui allaient revenir : "Ils n'auront plus faim ni soif, ils ne souffriront pas du vent brûlant ni du soleil. Dieu les mènera vers les eaux jaillissantes." Et saint Ambroise, cinquante et un ans après le martyre de sainte Agnès disait à propos de celle que l'on célébrait : "Tout le monde pleure, elle, n'a pas une larme", parlant évidemment du moment de son martyre.

       "Dieu essuiera toute larme de nos yeux". Les larmes sont le signe de la souffrance les larmes essuyées sont le signe de la consolation, de la paix et de la guérison. Mais la source qui vient essuyer ces larmes, c'est aussi une source d'eau. Les larmes jaillissent de notre corps, de notre peine, de notre nature. Ce qui vient nous consoler ne vient pas de notre nature mais de Dieu Lui-même. C'est cette eau jaillissante qu'évoque l'Apocalypse, à la suite du prophète Isaïe. Cette eau jaillissante qui est sortie du côté du Christ sur la croix, lorsqu'Il a pris l'apparence de l'Agneau Immolé, du Serviteur souffrant crucifié. Lorsque l'eau a jailli de son cœur, ce cœur c'était la source même de l'amour, c'était Dieu Lui-même.

       Et c'est cette eau qui coule en nous, qui coule dans nos yeux, qui pour l'instant se mélange à notre souffrance, à nos larmes, pour, lentement mais de façon inexorable même si elle est mystérieuse, nous mener à la consolation.

       Dans l'Apocalypse que nous venons de lire, on demande au Seigneur : "Qui sont-ils ceux-là qui arrivent ?" et c'est le Christ qui répond : "Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve." Il n'y a que Dieu, qui connaît le fond de notre cœur. Et le fond de notre cœur c'est le creuset d'une épreuve, c'est ce combat permanent entre l'amour que Dieu nous donne et qui est suffisamment pesant pour que nous puissions ne plus être écrasé par les forces du mal. Notre cœur est ce creuset où se mélangent dans notre vie, les larmes de notre souffrance et l'eau jaillie du cœur amoureux de Dieu. Personne ne le sait. Lui seul connaît ce secret. Lui seul connaît cette souffrance. Lui seul connaît cette consolation que, déjà, j'en suis sûr, vous vivez à travers cette brûlure du péché, à travers cette soif de l'amour véritable de Dieu qui est si forte en nous que nous avons continuellement la tentation de l'abreuver à ce qui n'est pas un véritable breuvage, mais qui est justement notre péché. Car le péché ce n'est pas forcément le désir explicite de vouloir le mal, c'est peut-être que nous ne savons vouloir exactement le vrai bien. Et alors nous nous tournons vers des biens mineurs.

       Frères et sœurs, dans l'Église, les martyrs ne sont pas seulement ceux que nous célébrons en rouge, parce qu'une fois dans leur vie, quelques heures dans leur vie, ils ont manifesté cet amour total pour le Christ, à travers de grandes souffrances physiques ou morales. Le martyre, dans la vie de l'Église, est sa condition quotidienne, parce qu'à l'image de son maître et Seigneur, elle est continuellement crucifiée, à travers chacun de ses membres, car continuellement son Christ et Seigneur vient lui pardonner son péché, vient la ressusciter des morts, vient par l'eau vive qui jaillit de son côté, essuyer les larmes de sa souffrance et de ses douleurs. Le martyre est une des conditions essentielles pour que l'Église soit vraiment l'Église de Dieu. Et ce martyre s'accomplit, doit s'accomplir dans chacune de nos vies. Chacune de nos vies est une croix où le Christ est encore crucifié, chacune de nos vies est une croix parce que nous sommes, aujourd'hui encore, le corps du Christ crucifié, ce corps du Christ qui continue en même temps de pleurer et de laisser jaillir de son côté transpercé la source baptismale. Nos yeux sont encore embrumés par nos pleurs, mais l'eau du Christ vient sans cesse les purifier.

       Et d'eucharistie en eucharistie, lavés par le sang de l'Agneau, le visage du Christ, au fond même de notre propre cœur, apparaît de plus en plus visiblement, de plus en plus distinctement Et le fait de l'y reconnaître est un appel à traverser cette souffrance, à traverser ce péché et cette mort, pour que nous puissions, nous aussi, chanter, avec tous les chrétiens, tous les martyrs, ce cantique de l'Agneau, ce cantique de la louange à la gloire du Christ qui est venu nous sauver.

       AMEN


 

 
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