AU FIL DES HOMELIES

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AGNÈS VIERGE ET ÉPOUSÉE LIBREMENT PAR AMOUR

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 2004)
Mercredi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Image de dévotion

F

rères et sœurs, le statut de sainte Agnès vierge et martyre n'est pas si éloigné que cela de la condition du mariage, vu par le christianisme. Sur le mode de l'humour, j'espère que les femmes ne sont pas martyrisées au sein de leur foyer, de leur famille, mais ce serait plutôt pour faire apparaître dans cette relation, la place de la liberté et le changement de jeu et de signification du mariage dans l'Antiquité et le christianisme. Cette virginité, ce refus du mariage pour lequel sainte Agnès combat jusqu'à donner sa vie, ne veut pas signifier qu'elle méprise le mariage. Cela ne signifie pas d'ailleurs qu'elle refuse la joie et le bonheur.

Cette virginité défendue par sainte Agnès est différente de la virginité qui existe dans l'Antiquité. Nous avons souvent en tête ce qu'on appelle les Vestales, ou d'autres jeunes filles de l'Antiquité qui gardent la virginité. Mais la différence est grande. Dans l'Antiquité, dans le monde romain, la virginité est une situation anormale. Il faut se marier, il faut avoir des enfants, il faut que l'héritage puisse passer à la descendance. Le statut de la vierge dans l'antiquité romaine a lieu à un moment précis de la vie de cette jeune fille, dans un lieu précis. La Vestale, dès l'âge de trente ans, alors qu'elle devrait être mariée depuis au moins quinze ans, réintègre la cité romaine, et se marie.

En fait, ce mode de virginité n'a rien à voir avec la virginité chrétienne parce qu'elle n'est pas liée à la liberté de la personne. D'un côté, le statut de la femme dans l'Antiquité, et même l'exercice de la sexualité dans la cité antique, est lié à des normes très précises. On se marie parce que les parents ont choisi le mari ou l'épouse. On est pris dans un jeu tel, que notre liberté ne peut pas s'exercer. En fait, ce sont deux familles qui se marient, et la personne ne choisit pas. Il n'y a pas d'amour dans le mariage à ce moment-là, à tel point d'ailleurs que justement, en tout cas du côté des hommes, on va chercher l'amour en dehors du mariage avec d'autres femmes. C'est comme s'il y avait une frontière précise entre l'amour et le mariage. On ne se marie pas par amour.

Le témoignage de sainte Agnès renverse toutes les valeurs. La virginité qu'elle défend, est une virginité pour l'amour, par choix délibéré. Par exercice de son libre-arbitre. Sa famille veut la marier à quelqu'un, elle refuse, car elle s'est promise à son époux qui est le Christ. Je trouve qu'il est très important de garder dans cette démarche, à la virginité de sainte Agnès, cette dimension d'épousailles. Par conséquent la virginité dans le christianisme se raccroche à la vision chrétienne du mariage, c'est-à-dire, un choix libre. A partir de ce moment-là, du moins on peut l'espérer, dans le mariage chrétien, il y a un choix libre de l'époux et de l'épouse. C'est quelque chose qui est encore important dans le mariage chrétien aujourd'hui, puisque dans les déclarations d'intention, il est demandé aux mariés qui s'engagent, s'ils le font en toute liberté.

Frères et sœurs, je crois que le témoignage que nous donne le martyre de sainte Agnès est un témoignage qui brise la société de son époque. Il brise aussi la cellule familiale. Là aussi, comme en écho, il y a ce passage terrible de l'évangile qui nous rappelle que le Christ est celui qui vient semer la zizanie, qui vient frapper à notre porte et nous demande de nous placer face à Lui. "Qui suis-je pour toi" ? dit le Seigneur à notre âme. Comment réagissions-nous ? La réaction de sainte Agnès est toute tournée vers la liberté : c'est son choix. En même temps, ce qui est remarquable, c'est que cette liberté est exercée par une très jeune enfant. Même vis-à-vis de la loi romaine, elle n'a pas quatorze ans, elle n'est pas majeure. Nous aussi, nous ne sommes jamais majeurs quand nous professons notre foi, quand nous témoignons de l'amour que Dieu a pour nous. C'est très beau, parce que quel que soit l'engagement que nous prenons, que ce soit celui de sainte Agnès, dans la virginité, ou que ce soit celui du mariage, le témoignage que nous donnons à ce moment-là est de montrer que nous ne pouvons jamais vivre ce que nous vivons à la force de nos poignets, que ce soit le mariage, la virginité, ou le célibat. C'est alors une sorte de preuve, de signe de l'action de Dieu dans notre vie, dans notre cœur.

Alors, frères et sœurs, que ce martyre de sainte Agnès ravive en nous la manière dont Dieu est venu épouser notre chair, chacun d'entre nous, et nous appelle à témoigner, quelquefois au-delà de nos capacités.

 

AMEN

 

 

 

 

 
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