AU FIL DES HOMELIES

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CHOISIR DIEU

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 1987)
Mercredi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

es récits des martyrs nous mettent toujours en face d'un problème aigu et mystérieux celui de la violence et de la haine avec lesquelles les bourreaux se déchaînent. Lorsque l'on oppose le visage de sainte Agnès, le visage d'une enfant de douze ans, tout innocente, toute forte de Dieu, mais si transparente et si fragile, à ceux qui, sans pitié, l'ont martyrisée, on peut s'étonner que dans le cœur de l'homme ou des hommes qui se sont acharnés contre cette jeune fille, aucune pitié, aucune compassion n'ait pu naître. En effet, les bourreaux, comme ceux qui sont martyrisés, sont à l'image de Dieu et dans leur cœur il y a la même dose d'amour, il y a la même soif de justice, la même soif de paix et de silence de Dieu qui règne. Pourtant, dans tous les récits de martyrs que nous pouvons lire ou entendre, et je lisais récem­ment ces carnets qui nous arrivent du Goulag d'un certain Ogouronitkov, martyr de la foi, qui nous ra­conte comment on l'a torturé pour qu'il enlève de son plein gré la croix qu'il portait à son cou. Pour ne pas l'enlever, il l'a tenue dans ses dents malgré la douleur pour signifier sa liberté intérieure, pour signifier sa foi, dans tous ces récits de martyrs on est surpris, choqué et renversé par la violence et la haine qui se déchaînent chez ceux qui se décident à s'opposer à Dieu.

Et c'est un peu le texte de l'évangile de ce jour, texte quelque peu provocateur, qui nous dit cette même impossibilité de neutralité. J'allais dire : quand on n'a pas choisi Dieu, on est forcément contre Dieu et avec la même violence et la même passion qu'on aurait eue si l'on avait choisi Dieu. Il n'y a pas de po­sition neutre vis-à-vis de Dieu. Il n'y a pas possibilité d'être plus ou moins avec Lui. Si l'on n'est pas avec Lui, alors on est vraiment contre Lui. Et si l'on n'est pas avec Lui, c'est qu'on va caricaturer en nous-même cette image de Dieu que nous sommes et que va donc se déchaîner l'immensité du mal, sa gravité même, et dans une espèce de violence incontrôlable qui vient de ce que, Dieu étant absent, tout est possible, à l'envers de Dieu.

Ceci nous explique que, lorsqu'on ne choisit pas Dieu ou lorsqu'on veut vivre dans une certaine tiédeur vis-à-vis de Dieu, se déchaînent quand même, malgré nous et en nous, les forces du mal, comme une violence non contrôlable. C'est ce que l'on peut voir à travers les visages des bourreaux que les peintres ont souvent représentés comme déchirés, déformés, cari­caturés par la haine et la violence qu'ils ont dans le cœur. Mais cela signifie que, envers Dieu, à la place de Dieu, il n'y a rien d'autre que ce déchaînement du mal et de la violence qui est un déchaînement dans le néant, dans l'absurde, dans le vide.

Et face à ce visage de sainte Agnès nous pouvons poser de multiples visages du monde mo­derne, pas forcément d'ailleurs des visages d'hommes, mais un visage du monde qui, n'ayant pas Dieu, n'a en lui que cette destruction et s'auto-déchaîne. Et c'est bien cela la définition du mal que ce déploiement dans le vide et le néant qui est le déchaînement de la force du mal et de la violence.

Si nous ne sommes pas vraiment nous-mêmes des bourreaux, nous pouvons cependant mesurer dans notre cœur cette volonté d'un certain quant-à-soi, de ne pas tout donner à Dieu. Et c'est en ce lieu même que les forces du mal se déchaînent. C'est en ce lieu même où nous ne voulons pas pleinement appartenir à Dieu que quelque chose de plus fort que nous s'em­pare de nous et nous déformé, nous caricature et fait de nous des complices du mal et du mauvais. Ainsi il nous faut mesurer que pour vraiment adhérer à l'amour, que pour vraiment adhérer à la paix et à l'unité, ce n'est pas du fond de nous-mêmes que nous pouvons le décider, mais en passant par le Christ et en décidant pleinement de passer par Lui que l'unité à laquelle nous sommes appelés et que cette paix dont nous avons soif pourront vraiment se réaliser.

En cette semaine de l'unité prions pour que nous choisissions, du fond de nous-mêmes, le cœur de Dieu afin que Lui réalise ce que nous sommes inca­pables de réaliser.

 

AMEN

 

 

 
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