AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉFI DE LA FOI

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 2010)
Jeudi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Rome : Eglise Sainte Agnès - Mosaïque

 

F

rères et sœurs, sainte Agnès est la victime d'une des persécutions les plus redoutables qui ait eu lieu dans l'histoire de l'Église primitive, la persécution de Dioclétien. On n'imagine pas ce qu'a pu être cette persécution, d'une part à cause de la distance du temps, et d'autre part à cause de la mentalité qui était sous-jacente aux motifs de cette persécution. Dioclétien était un homme extrêmement autoritaire, c'était un homme politique, vraiment politique, et il sentait, et je crois que c'est pour cela que la persécution était si violente, il sentait que l'empire romain était en train de s'effondrer dans sa structure politique. Il n'avait pas tout à fait tort, car cela durera encore pas tout à fait deux cents ans, mais le ver était déjà dans le fruit. C'était un univers, une population trop grande, pour le système de gouvernement qu'il y avait.

Là où Dioclétien s'est trompé de diagnostic, c'est qu'il a pensé qu'on pourrait refaire, revivifier l'unité politique romaine à partir d'une sorte de conception de religion politique. Dioclétien a quelque chose d'un peu totalitaire, il croit qu'il faut absolument donner une connotation religieuse au comportement politique. Il faut sacrifier à cette entité quasi divine qui est Rome, la Rome éternelle. Il faut rendre un culte à l'empereur parce qu'il est le signe manifeste de l'unité visible de l'empire. Il faut se plier à toutes les données d'une vieille tradition que d'ailleurs je pense beaucoup de gens estimaient complètement désuète, et à laquelle beaucoup de gens ne croyaient pas. On ne peut pas imaginer les romains de l'époque comme des gens très pieux envers les divinités romaines mais il fallait maintenir la forme.

Dioclétien a bien senti d'où venait la critique, c'était de ces communautés qui commençaient à être bien implantées et qui elles, avaient dans leur comportement, assez clairement dissocié la religion de la politique. Pour les chrétiens de cette époque, vivre dans la cité, c'était vivre comme les autres hommes. Mais le fait de vivre dans la cité n'avait pas comme telle d'implication religieuse. Pour ces chrétiens, c'était simplement le fait que la cité, c'est la cité, le monde c'est le monde, l'humanité c'est l'humanité, on fait avec, on vit avec, avec ses défauts, ses qualités, ses moments de gloire, ses moments de détresses, ses moments de difficultés. Mais il y a un domaine que les chrétiens nomment parfois la religion (pas toujours), et qui est un domaine dans lequel le fond même de son existence, des orientations et des décisions qu'on prend ne relèvent que de soi-même et de sa conscience.

Il n'y avait rien de tel pour déchaîner la fureur de quelqu'un qui croyait que la religion devait être simplement un moyen de tenir fidèlement à un passé, à une gloire politique et à un avenir politique. C'est pourquoi la persécution de Dioclétien a été si terrible Elle était ouverte, c'est-à-dire publique, elle était sans réserves, sans limites, et on demandait aux gens de sacrifier aux idoles romaines, à la divinité de l'empereur, et évidemment, les chrétiens ne marchaient pas !

Sainte Agnès a obtenu un réel succès, c'est une sainte extrêmement populaire à Rome. Je ne sais pas si certains d'entre vous ont le souvenir de la Piazza Navona, ce grand stade qui était en plein cœur de Rome, et au milieu, devant les fontaines, il y a l'église de sainte Agnès sur le lieu présumé de son martyre. En réalité, on n'en sait rien, mais si sainte Agnès a remporté un tel succès, c'est parce que dans les générations immédiatement suivantes, la persécution est en 305, Constantin arrive en 313, si elle a cristallisé la dévotion des chrétiens de Rome, c'était précisément à cause de ce côté de défi de la faiblesse d'une jeune adolescente de douze, quinze ans. Dans la société romaine de l'époque, ceux qui commençaient à se convertir dans la génération suivante avaient dû garder ce souvenir d'une toute jeune femme qui tout en étant une femme, et pour un romain, une femme c'était un être inférieur, quelqu'un qui n'est pas fait pour lutter, quelqu'un qui n'est pas fait pour le combat, elle avait mené le combat de la foi.

La figure de sainte Agnès c'est un peu la figure du défi de la foi. C'est cela qu'elle a incarné, cette clarté dans la décision. On la considérait donc comme une jeune femme qui n'avait pas été mariée, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas vraiment les prérogatives de sa féminité, être mère, avoir des enfants, être épouse, etc … et cependant, elle a dit : s'il faut témoigner pour le Christ, je témoignerai pour le Christ. Elle incarnait la fine pointe de l'enjeu qui était à ce moment-là dans la persécution : ou bien une sorte de soumission à une politique tyrannique, ou bien la résistance.

Il y a comme cela dans l'histoire de l'Eglise des témoins qui à certains moments, à travers même leur faiblesse, sont véritablement ceux qui montrent le plus où se trouvent les problèmes. Je repense, peut-être l'avez-vous vu, à ce petit groupe qui s'appelait "la rose blanche", dans la région de Munich, qui faisait de la résistance à Hitler et au nazisme, ils étaient protestants et ils ont su avec un courage et une force d'âme aller jusqu'à la mort pour témoigner de la liberté de la foi et de l'existence chrétienne.

C'est que la plupart du temps nous, dans notre foi, dans notre comportement, nous essayons de rogner de çi, de là, pour que les choses aillent à peu près bien, et que cela ne fasse pas trop de vagues. Des gens comme sainte Agnès, ou comme ces jeunes du groupe de la rose blanche nous rappellent toujours que le sens même de la foi chrétienne a des implications parfois tout à fait inattendues, et c'est au moment où l'on se sent le plus faible et le plus démuni qu'on peut témoigner de la force de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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