AU FIL DES HOMELIES

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LA PAIX DE LA CROIX

Ap 7, 9-17 ; Mt 10, 34-39
Ste Agnès - (21 janvier 1991)
Lundi de la troisième semaine de l'Épiphanie
Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est par une homélie de l'évêque saint Am­broise de Milan, prononcée dans sa cathédrale le 21 janvier 376, que s'est transmis l'essentiel de la tradition concernant le martyre de sainte Agnès. C'était une jeune romaine d'une douzaine d'années qui a été persécutée, au tout début du quatrième siècle, par l'empereur Dioclétien, au cœur même de la Rome impériale, sur la Piazza Navone. Son corps a été en­terré par sa famille et la communauté chrétienne, un peu à l'extérieur de la ville, sur une combe d'où vient d'ailleurs le mot catacombe, où est aujourd'hui édifiée sa basilique.

Voici quelques passages de cette homélie de saint Ambroise, à partir desquels nous allons essayer de comprendre quelle est la leçon spirituelle d'un tel martyre, d'une petite fille de douze ans.

"Ce petit corps offrait donc assez de place aux blessures et celle qui n'avait presque rien à leur offrir a eu de quoi les vaincre. Alors que les petites filles, à cet âge, ne peuvent supporter les visages sé­vères de leurs parents et, lorsqu'elles se sont piquées avec une aiguille, pleurent comme si elles étaient blessées, celle-ci n'éprouve aucune crainte entre les mains des bourreaux et elle ne bouge pas. Tout le monde pleure, elle n'a pas une larme, la plupart s'étonnent de lui voir si facilement répandre une vie à laquelle elle n'avait pas encore goûté, et la donner comme si elle en avait atteint le terme. Tous sont stu­péfaits de ce qu'elle se montre témoin de la divinité alors qu'en raison de son âge, elle ne pouvait encore décider elle-même. Ce qui est au-delà de la nature vient du Créateur de la nature."

Et comme nous le disions dans la première prière : "Dieu éternel, Tu choisis les créatures les plus faibles pour confondre les puissances du monde et pour manifester à ces créatures et au monde ta pro­pre puissance." Dans l'évangile, nous avons entendu ces deux paroles qui n'en forment d'ailleurs qu'une seule : "Celui qui veut Me suivre doit prendre sa croix et accepter de perdre sa vie !"

Je crois qu'un grand pas, dans la vie chré­tienne c'est-à-dire dans la sainteté de Dieu, nous le faisons ou nous le ferons lorsque nous aurons accepté de bon cœur notre fragilité, lorsque nous aurons ac­cepté de bon cœur de perdre notre vie, c'est-à-dire de ne pas avoir la vie que nous aurions aimé avoir, de ne pas avoir la force que nous aimerions avoir pour être vainqueur de nos difficultés ou de nos fragilités, pour avoir la lucidité de nous regarder tels que nous som­mes et non pas tels que nous voulons paraître pour être vus. Perdre sa vie, c'est accepter que notre vie ne soit pas totalement ce que nous aurions souhaité de nous-mêmes, de nos réussites, de notre santé physique ou morale, de notre force, de notre succès. Prendre sa croix, c'est cela. C'est prendre ce qu'il y a en nous de plus fragile car la croix est le symbole de l'extrême fragilité, celle à laquelle rien ne résiste, car c'est ainsi seulement, seulement, que la Résurrection c'est-à-dire la puissance de la sainteté peut se manifester en nous. L'avenir de notre sainteté n'est pas dans nos vertus, l'avenir de notre perfection chrétienne n'est pas dans notre force, mais là où nous sommes obligés de tout abandonner de nous-mêmes, de ce que nous avons construit ou aurions aimé construire, de ce que nous sommes ou de ce que nous aurions aimé être. Nous ne sommes pas assez "satisfaits" de ce que nous sommes, au sens spirituel du mot.

Alors, par la prière de Sainte Agnès, demandons que se manifeste en nous cette divinité là même où nous ne pouvons plus rien déci­der, comme le dit saint Ambroise. "Elle n'avait pas l'âge de décider d'elle-même" et pourtant elle a mani­festé l'absolue sainteté de Dieu dans le don de sa vie. Que cette sainteté de Dieu, qui nous est donnée dans l'eucharistie, nous fasse découvrir humblement, sim­plement, lucidement, nos propres misères, notre han­dicap physique ou moral ou psychologique, qu'elle nous fasse découvrir où est la croix dans notre vie, d'abord pour que nous n'ayons pas la tentation d'aller la chercher à l'extérieur de notre vie ce qui serait une injure à la croix du Christ qui est présente en nous par notre fragilité, par notre pauvreté, par nos misères, par nos souffrances et un jour, par notre mort. Que nous ayons donc la lucidité de trouver la croix dans notre vie et, une fois que nous l'avons trouvée, de la laisser à Dieu c'est-à-dire la laisser être portée par la grâce de Dieu en nous, car, c'est vrai que nous ne pourrons pas porter cette croix si le Christ Lui-même n'y est cloué. Il faut accepter que le Christ meure encore sur nos croix intérieures pour, qu'avec Lui, nous ressuscitions. Comme je vous le disais tout à l'heure, c'est une source de sainteté, d'avance dans la vie spirituelle, c'est une source de paix, pas de coexistence pacifique avec soi-même mais de paix c'est-à-dire la paix que Dieu donne au terme du combat, au terme de la croix, au terme de l'abandon final.

Que sainte Agnès nous aide à vivre ce que nous sommes pour que le Christ Lui-même nous transforme par la croix en ce qu'Il est.

 

 

AMEN

 

 
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